Domanova

Blog du Journal de l'Alliance

27 novembre 2012

LA TRIBUNE LITTERAIRE

Classé dans : LA TRIBUNE LITTERAIRE — domanova @ 21 h 46 min

« L’Eloge littéraire d’Anders Breivik »

de

RASTIGNAC

 

Je viens de lire, Eloge littéraire d’Anders Breivik ? de l’auteur Richard Millet. Ce pamphlet n’aurait jamais dû paraître ; certes l’auteur condamne l’horreur du geste, mais l’ambiguïté demeure.  Le titre, Eloge littéraire détonne. Le lecteur ne retient que le mot « Eloge ». L’éloge de quoi ? se demande le lecteur. Eloge de la littérature, éloge de ce criminel ?

 A-t-il voulu présenter ce meurtrier comme un homme désespéré et qui aurait atteint ainsi une grandeur inversée ce qui le ferait entrer dans la cohorte des « héros » maudits de la littérature ? Si tel était le cas, l’auteur aggraverait son cas.

Le  Mal écrit l’auteur a toujours à voir avec la littérature ; oui, bien sûr, mais en quoi son geste a-t-il une dimension littéraire ? Il pense peut-être au geste gratuit du personnage  Gide dans « Les caves du Vatican … » Si tel était le cas, ce serait une forme d’excuse à un geste inexcusable.  Par ailleurs, le style de l’auteur est abrupt, déplaisant ; c’est peut-être parce qu’il était très mal à l’aise dans son développement… 

L’auteur a cependant raison de rappeler que ceux qui condamnent à juste titre ce criminel odieux, ont les yeux de Chimène pour les terroristes de Gauche…

Je n’ai pas connu la guerre d’Algérie, mais parmi les intervenants de ce forum, certains étaient peut-être en âge de l’avoir connue et nombre d’entre eux ont, sans doute, cautionné, les attentas du FLN ; Rocard n’était-il pas un porteur de valises ?… 

Le pamphlet de Richard Millet aurait pu être pertinent s’il s’était contenté de montrer que l’Europe succombe sous les invasions afro-maghrébines et qu’Anders Brevik en est la victime, une « victime » condamnable, odieusement criminelle, mais une « victime ». Les vraies victimes, celles sur lesquelles il faut pleurer, sont évidemment les soixante-dix jeunes gens assassinés. Il aurait pu mettre en évidence d’une façon explicite les dangers de l’immigration et des sociétés multiculturelles toujours sources de violence ; faut-il donner des exemples ?

 D’ailleurs, Richard Millet a raison de dire que le « système » norvégien, le « politiquement correct » de chez nous, en  déclarant fou  Ander  Breivik, dissimule ainsi au peuple norvégien les dangers mortifères de l’islamisation de leur pays et de l’Europe. 

En conclusion, je dirai que ce livre est néfaste et je le rejette, car les formulations, les analyses, toutes plus ambiguës les unes que les autres, peuvent laisser supposer que Richard Millet soutient quelque peu ce criminel abject, même si, j’en suis persuadé, ce n’est pas le cas. Mais à force de se vouloir être un subtile analyste on finit par écrire un livre insensé et dangereux. Je rejoins tous ceux qui ont condamné ce livre.

 PS : Il est à noter que  Anders Breivik avait eu des appartenances avec la franc-maçonnerie ; la Presse a tout fait pour le dissimuler ; pourquoi ?…

PPS Sans aucun doute, c’est le titre qui aura choqué et révolté.

 

 

 LA TRIBUNE LITTERAIRE DE RASTIGNAC

« Soufi mon Amour » de Elif Shafah (edit.10/18)

Les musulmans soufis sont des personnes qui recherchent l’intériorisation, l’amour de Dieu, la contemplation, la sagesse. Le soufisme est organisation initiatique et ésotérique.

Souvent mis en opposition avec l’islam traditionnel par les Occidentaux et les musulmans, et bien qu’en réalité les anciennes « voies »  soufies aient fait l’intense promotion d’un enseignement très orthodoxe, le soufisme cultive volontiers le mystère, l’idée étant que Mahomet aurait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu’il aurait partagées qu’avec quelques-uns de ses compagnons.

Les chrétiens de l’Occident, en pleine errance religieuse, peuvent donc être attirés par cette approche de l’islam et ce d’autant plus qu’elle se présente comme élitiste avec un parfum de mystère ; le soufisme pour les Occidentaux serait aussi la version idéalisée de l’Islam, une religion de paix et d’amour…

A partir du roman, « Soufisme mon amour », je vais essayer de vous en dire un peu plus.

  Les chrétiens qui se sont convertis à l’islam sont passés par le soufisme ; j’invite les lecteurs à lire ce roman avec un sens critique en alerte.

Résonnances chrétiennes :

Page 159s :   Le Christ accueille avec amour le lépreux, tout comme le soufi.

Page 17 :    Le  Christ pardonne à la prostituée, le soufi aussi.

Page 177 : Ce qui est impur, c’est ce qui sort du cœur nous dit le Christ et non pas ce que l’on mange ; il n’y a donc pas d’aliments impurs ; le soufi dit la même chose.

 

Ibid. Dieu nous aime et nous pardonne lit-on dans Les Evangiles ; Dieu nous aime et nous pardonne, même si nous sommes incapables de le faire entre nous clame le soufi.

 Un chrétien naïf peut vite sauter le pas et s’imaginer en lisant les auteurs soufis que l’islam est une religion de paix également ; il pourra même la considérer comme supérieure au christianisme, car elle est la dernière des trois religions monothéistes donc la plus parfaite puis qu’elle contiendrait les ultimes révélations.

Rien de profondément original dans le soufisme :

Ne nous laissons pas impressionner par sentences soufis, car on les retrouve dans notre culture et ce, avec plus de force :

Quelle chose bizarre à dire, lui répondit Ella, à une femme qui a toujours trop pensé au passé et encore plus à l’avenir, mais qui en fin de compte, n’a jamais vraiment pris conscience de l’instant présent ! Nous dit le soufi. (p.219)

 Comparez avec cette pensée de  Pascal :

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul  qui subsiste.C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse.  Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.

 Dans cette vie, gardez-vous de tous les extrêmes (p.208) sermonne le soufi ; les Grecs, avec force et dans une langue très poétique, nous avaient mis en garde contre la démesure. Ils  nous invitaient à la tempérance et à  la modération. Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime.

  A mon sens, Les Caractères de La Bruyère  ou Les fables de La Fontaine apportent beaucoup plus que les pensées soufies qui traversent le livre.

Un dernier exemple :

  Shams, le soufi, rappelle simplement que Dieu nous a donné la musique ; Nietzsche, avec finesse et poésie, ce que l’on ne trouve pas chez le soufi, avait écrit, Sans musique la vie serait une erreur.
Crépuscule des idolesMaximes et pointes, § 33.

Mais pourquoi ai-je aimé ce roman ?

  On pourrait me poser cette question après ce que je viens d’écrire.

  J’ai aimé ce roman parce l’histoire est captivante et parfaitement racontée et aussi parce que j’ai pu explorer la poésie persane de Rümi, un très grand poète soufi :

 Ecoute le roseau et l’histoire qu’il raconte,

 Comment il chante la séparation :

 Depuis qu’ils m’ont coupé de mon lit de roseaux,

 Mes gémissements font pleurer hommes et femmes.

 Ou encore :

 Belle épousée, ne pleure pas

 Dis au revoir à ta maman, à ton papa,

 Tu entendras les oiseaux chanter demain

 Mais plus rien ne sera jamais pareil…

 J’ai aimé ce roman parce que c’est un hymne à l’amour :

Une vie sans amour ne compte pas. Ne vous demandez pas quel genre d’amour vous devriez rechercher, spirituel ou matériel, divin ou terrestre, oriental ou occidental… Les divisions ne conduisent qu’à plus de divisions. L’amour n’a pas d’étiquettes, pas de définitions. Il est ce qu’il est, pur et simple.

« L’amour est l’eau de la vie. Et un être aimé est une âme de feu !

« L’univers tourne différemment quand le feu aime l’eau. »

 J’ai aimé ce roman pour sa poésie :

 L’univers tourne, constamment, sans relâche, ainsi que la terre et la lune, mais ce n’est rien d’autre qu’un secret enraciné en nous, êtres humains, qui fait tout bouger. Le sachant, nous, les derviches, nous danserons, à travers notre vie d’amour et de cœur brisé, même si l’on ne comprend pas ce que nous faisons. Nous danserons de la même manière au milieu d’une rixe ou d’une guerre majeure. Nous danserons dans la douleur et le deuil, avec joie et exaltation, seuls ou ensemble, aussi lents et rapides que le cours de l’eau.

Comme  on le voit, on peut aimer un roman tout en dénonçant ses idées.

Mais ne vous faites pas avoir ! Le soufisme, c’est l’islam !

Certes, il y a des récurrences chrétiennes dans le soufisme, comme nous l’avons montré, mais il y a aussi des divergences et des incompatibilités :

- La personne, selon le soufisme, se dilue dans un grand Tout, alors que le christianisme magnifie la Personne.

- Le christianisme est respectable affirme les soufis, mais Le Coran, invite à tuer les polythéistes,  donc les chrétiens ! Les belles paroles ne peuvent effacer ce qui est écrit dans Le Coran, car c’est ce qui est écrit dans Le Coran qui fait autorité, même chez les soufis.

En effet, si le soufisme rejette le sens littéral du Coran, il respecte  aussi la littéralité du Coran (Cf. la conclusion en bas de page)  

Le jihad doit être compris dans son sens symbolique, la lutte contre nos mauvais penchants, nous expliquent les soufis, mais cela reste l’apanage des milieux soufi uniquement (Cf. la conclusion en bas de page), car  nombre de soufis ont servi militairement dans les monastères –forteresses qu’on nommait des ribâts.

 Conclusion :

Je vous laisse lire un extrait du petit lexique de Dominique et Marie –Thérèse Urvoy qui font autorité pour ce qui touche à l’islam : (Entrée soufisme)

« Aujourd’hui, le soufisme jouit d’un grand prestige auprès des non-musulmans qui croient voir en lui une religion purement spirituelle, débarrassée du légalisme. Aussi la majeure partie des conversions d’Occidentaux à l’islam se fait-elle par l’intermédiaire du soufisme qui donne l’illusion de pouvoir se tailler une religion à sa convenance. Mais un soufi est avant tout un Musulman : théologiquement les soufis sont le plus souvent littéralistes ; leur rôle et même leur devoir n’est pas de discuter sur Dieu, mais d’en vivre par la méditation du Coran, l’ascèse, et les états mystiques. Chez lui les strates d’interprétation symboliques se juxtaposent à la strate des obligations légales sans l’abolir. Ceux qui ont cru pouvoir se dispenser de cette dernière ont été rappelés à l’ordre et éventuellement traités en infidèles, y compris par la majorité des autres soufis. Aussi ne saurait-on admettre la formule en vogue actuellement selon laquelle « le soufisme est ‘antidote de l’islamisme ». En réalité il lui sert plutôt de cheval de Troie. (C’est moi qui souligne).

 Les mots de l’islam, Dominique et Marie (Thérèse Urvoy (Presses universitaires du Mirail).

 

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RASTIGNAC

« La Carte et le Terroir de Michel Houellebecq » 

Il s’agit d’un roman étrange et captivant. L’auteur sait raconter une histoire ; il excelle dans la narration policière et dans l’horreur. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait écrit un livre sur « Lovecraft » :

« La tête de la victime était intacte, tranchée net, posée sur un des fauteuils devant la cheminée, une petite flaque de sang s’était formée sur le velours vert-sombre ; lui faisant face sur le canapé, la tête d’un chien noir de grande taille avait elle aussi tranchée net […] Au milieu des lambeaux de viandes humaine et canine mêlées. »

Toutefois, je ne conseillerai à personne de le lire, c’est uniquement parce qu’il est désespérant ; les recherches d’avant-garde de Jed Martin, un peintre talentueux finissent par la non représentation du réel, comme un refus de la Création et de la vie :

«   L’œuvre qui occupa les dernières années de la vie de Jed Martin peut ainsi être vue — c’est l’interprétation la plus immédiate — comme une méditation nostalgique sur la fin de l’âge industriel en Europe, et plus généralement sur le caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine. Cette interprétation est cependant insuffisante à rendre compte du malaise qui nous saisit à voir ces pathétiques petites figurines de type Playmobil, perdues au milieu d’une cité futuriste abstraite et immense, cité qui elle-même s’effrite et se dissocie, puis semble peu à peu s’éparpiller dans l’immensité végétale qui s’étend à l’infini. Ce sentiment de désolation, aussi, qui s’empare de nous à mesure que les représentations des êtres humains qui avaient accompagné Jed Martin au cours de sa vie terrestre se délitent sous l’effet des intempéries, puis se décomposent et partent en lambeaux, semblant dans les dernières vidéos se faire le symbole de l’anéantissement généralisé de l’espèce humaine. Elles s’enfoncent, semblent un instant se débattre avant d’être étouffées par les couches superposées de plantes. Puis tout se calme, il n’y a plus que des herbes agitées par le vent. Le triomphe de la végétation est total. » (p.428)

Mais l’auteur qui se met en scène lui-même, c’est une des grandes étrangetés de ce roman, a certainement écrit ce livre pour tuer son double négatif, le déprimé, le désespéré ; il le dit presque explicitement dans un de ses entretiens télévisés.

Nous pouvons donc espérer qu’avec ce roman, il sera libéré de ses fantômes.

Il est à noter que le Houellebecq a tenu à faire baptiser son double négatif, celui justement qui sera tué dans d’atroces conditions.

Que doit-on en conclure ?

Houellebecq, l’auteur de La Carte et le Territoire, a-t-il voulu ainsi rejeter à jamais, ce qu’il considérerait comme faiblesse ou, au contraire, d’une façon indirecte, a-t-il voulu rappeler la nostalgie d’un sacrement qu’il ne recevra jamais ?

« Et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant.» Pascal

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A PROPOS DU FILM

« Hors-la-loi »

Rastignac

Chers amis lecteurs du Journal de l’Alliance,

    Mon ami, le Directeur du Journal de l’Alliance, m’avait proposé de rédiger un papier sur le film, Hors- la -loi. J’étais partant, mais après avoir pris connaissance de l’article paru dans le journal Présent   du vendredi 1er octobre 2010 : « Trois questions à Jean Monneret sur son livre La désinformation autour du film Hors -la –loi », il m’a semblé qu’il serait bon de passer la main à quelqu’un qui saurait mieux dire que moi.

Trois questions à Jean Monneret sur son livre La désinformation autour du film Hors -la –loi :

    Le professeur Jean Monneret, docteur en histoire, a publié de nombreux livres et de multiples articles sur la guerre d’Algérie. Il vient de sortir « La désinformation autour du film « Hors-la-loi » » à l’Atelier Fol’fer[1].

      L’auteur démontre dans cet opuscule la liberté que le scénario du film prend avec l’Histoire.

     Cette désinformation rejoint la propagande du FLN, mouvement au pouvoir en Algérie depuis l’indépendance, pour culpabiliser les Français sur leur passé. Brûlant d’actualité. – C-R.

Présent :- La première partie du film s’ouvre par l’insurrection du 8 mai 1945 à Sétif. En quoi cet épisode fait-il l’objet dans le film Hors-la-loi d’une série de falsifications ?

J. Monneret :  Le  film Hors-la-loi montre l’Armée française se livrant, à l’intérieur de la ville de Sétif, le 8 mai 1945, à un massacre aveugle contre la population musulmane. Ceci à la suite d’un défilé nationaliste faussement présenté comme pacifique. On voit même nos soldats aligner des suspects contre un mur et les fusiller dans le dos. D’autres militaires entrent dans des maisons et y tuent des civils.

     Ni les archives, ni les témoignages nombreux à cet endroit ne valident une telle vision des choses. Il ne s’est rien passé de semblable. Il y a eu d’abord des échanges de coups de feu entre la police française locale et des manifestants nationalistes armés. Ultérieurement, un petit peloton de gendarmes est intervenu aussi. A Sétif, le total des morts du côté des civils musulmans est dur à établir, mais il se compte par dizaines et non par milliers comme on l’a affirmé dans certains journaux.

     Lorsque les troupes françaises sont apparues, le calme est aussitôt revenu. Ces soldats avaient l’ordre d’intervenir « à la crosse » et de ne pas tirer sauf en légitime défense. Il s’agissait de tirailleurs algériens, musulmans à plus de 80 %. Ils n’auraient pas accepté de se livrer à un massacre contre leurs coreligionnaires. Ils ne l’ont pas fait et n’en ont jamais reçu l’ordre.

      Le film « oublie » en outre de montrer que la matinée avait débuté par l’assassinat par armes blanches et armes à feu de plusieurs Européens, avant même, on le sait aujourd’hui, le début du défilé.

Présent : — Quel est l’objectif des autorités françaises qui acceptent ce lavage de cerveau ?

J. Monneret : - Un ministre français vient de nous dire qu’il fallait cultiver la fierté d’être Français. Très bien. Pourquoi alors des institutions françaises culturelles, administratives, médiatiques et politiques ont-elles financé à hauteur de 60 % ce film hostile ?

La seule explication possible est que nos responsables acceptent de faire repentance à propos du 8 mai 1945, comme le réclame le FLN algérien. Ils évitent simplement d’utiliser le mot.

J’ai vu des panneaux publicitaires concernant Hors-la-loi sur beaucoup d’autobus parisiens. La pub est au maximum. En comparaison, le film Katyn de Wajda, dont la qualité et l’importance étaient bien supérieures, n’a eu droit qu’à une diffusion confidentielle. Il y a une volonté délibérée de donner un retentissement énorme à Hors-la-loi.

Il s’agit de culpabiliser le peuple français, de lui faire honte de son Histoire, d’éradiquer le sentiment national. Ceci est à rapprocher de la construction d’une Europe apatride et sans identité. La France est particulièrement visée, car elle est la clef de voûte de l’Europe, la nation la plus ancienne, une superpuissance culturelle.

Présent : – Quel effet peut. avoir un tel film dans nos banlieues « sensibles » ?

J. Monneret :- Il est arrivé plusieurs fois que les « jeunes » de banlieue sifflent la Marseillaise. La situation dans les banlieues « sensibles -» est celle d’une islamisation croissante. Un tel film ne peut qu’exciter le ressentiment contre le pays d’accueil et ses habitants d’origine auxquels on veut faire porter, de façon insensée, je ne sais quelle responsabilité historique et collective. Inutile de dire que l’assimilation ou la simple intégration des immigrés n’en seront guère facilitées, chose qui pourrait bien coûter un jour son poids de sang et de larmes. (Propos recueillis par Catherine Robinson)

    Je vous conseille de vous procurer le petit ouvrage de J. Monneret : «La désinformation autour du film Hors -la –loi » et de le faire connaître ; car il convient de ne pas sous-estimer le pouvoir de ce film sur les esprits.

     Gramsci l’a magistralement démontré : « Dans les sociétés développées, il n’y a pas de prise du pouvoir politique sans prise préalable du pouvoir culturel : « La prise du pouvoir ne s’effectue pas seulement par une insurrection politique qui prend en main l’Etat, mais par un long travail idéologique dans la société civile qui permet de préparer le terrain. » (Hélène Védrine, Les philosophes de l’histoire. Payot 1975)

      En conséquence, la conquête de la France par les immigrés ne passera pas par un affrontement direct, mais bien par la subversion des esprits ; ce film est donc une étape de la marche conquérante des immigrés.

       Le vrai message de « Hors-la-Loi » est dans les tirades du leader FLN qui ne s’appelle pas par hasard Abdelkader dans le film, comme symbole de la résistance à la colonisation Française : « peuple des cités, vous êtes ici chez vous. C’est votre loi qui doit être appliquée, et pas celle de la France. Avec l’aide de Dieu et la veulerie des Français, nous serons vainqueurs ! »

        Faut-il un commentaire supplétif ?

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« C’est une chose étrange à la fin que le monde »

 de

Jean d’Ormesson (Ed. Laffon)

 Rastignac

D’Ormesson est agnostique ; il espère toutefois que Dieu existe, mais semble indifférent au message de L’Évangile. Je pense toutefois qu’il est d’abord, et surtout, attaché, comme un païen, à l’enchantement de la vie terrestre.

On pourrait, bien sûr, reprocher à notre fringant académicien d’avoir magnifié le roman de la vie en enfilant, comme des perles, tous les mystères et toutes les merveilles de la science ; en effet, pour un homme brillant comme lui, c’était chose facile. Je le préfère aussi lorsqu’il cite des écrivains et surtout lorsqu’il se fait lui-même poète : 

« La vie est très gaie. Elle est brève, mais longue. Il lui arrive d’être enchanteresse (…) J’aime les mots, l’ironie, le ski au printemps, le courage, les côtes couvertes d’oliviers et de pins qui descendent vers la mer, l’admiration, l’insolence, les bistrots dans les îles, les contradictions de l’existence, travailler et ne rien faire, la vitesse et l’espérance. » (p. 17)

Les citations qu’il choisit sont toujours très belles : 

« La jeunesse est une chose charmante : elle part au commencement de la vie, couronnée de fleurs comme la flotte athénienne pour aller conquérir la Sicile et les délicieuses campagnes d’Enna (…) (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe) 

Et voici le magnifique poème d’Aragon dont le premier alexandrin sert de titre au roman de Jean d’Ormesson :

C’est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit

Ces moments de bonheur ces midis d’incendie

La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit

D’autres viennent Ils ont le cœur que j’ai moi-même

Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime

Et rêver dans le soir où s’éteignent les voix

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre

Cette peur de mourir que les gens ont chez eux

Comme si ce n’était pas assez merveilleux

Que le ciel un moment nous ait paru si tendre…

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle

Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici

N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Louis Aragon, (1897-1982)

A la fin de son livre, l’auteur se demande si son roman aura changé si peu que ce soit, ses lecteurs. Je pense que oui ; il aura rendu sensible à ses lecteurs la beauté et la poésie du monde en les encourageant à aimer encore plus cet extraordinaire roman qu’est la vie.  

PS : Bien sûr, notre académicien reste politiquement correct. Il insiste ; la vie est née en Afrique. Il semblerait croire en l’évolutionnisme, au Darwinisme (ce conte de fées pour adultes selon Jean Rostand).

Rien pourtant ne peut produire quelque chose et la thèse des caractères acquis est une affirmation sans preuve. Dans le nord de la Grèce, le professeur français Louis de Bonis a découvert un crâne directement ancêtre de l’homme, âgé de dix millions d’années, c’est-à-dire, trois fois l’âge de Lucie.

* Il serait souhaitable que le Rédacteur en chef de la publication donnât son avis sur mon affirmation quant au paganisme qui magnifierait   la vie ; le christianisme magnifie-t-il la vie lui aussi ? Je me pose la question…

Réponse du Rédacteur en chef à ce questionnement :

Mon ami Rastignac pose en fait la question de la grâce d’immensité, sans laquelle assurément, l’humanité n’eût pas survécue après la faute originelle[1].

« Tout homme vivant est la gloire de Dieu » a écrit saint Irénée ; nous le savons, il est dans la nature de l’homme de chercher à transcender sa vie, de lui trouver un sens et une fois trouvé de le réaliser en soi. Le païen n’échappe pas à cet appel…

Le païen peut évidemment magnifier la vie ; il le fait en continuant de la transmettre. Il le fait par son travail, il le fait par l’art, il le fait en priant une idole. Il ne s’agit pas ici, au sujet de l’art, de parler de beauté, ni de raffinement, ces deux concepts répondent à une phase supérieure dans un temps donné, dans le processus de la civilisation, de la culture d’une société.

Il ne s’agit pour le païen que d’exprimer son ressenti brut de coffrage… A l’exemple de la Vénus du paléolithique qui exprime son interrogation sur la vie, en honorant la fertilité qui n’est pas séparée de celui de la maternité. Le citoyen du paléolithique ne sépare pas la fertilité de la terre nourricière, de la maternité de sa compagne, pour lui c’est un même mystère, un même concept celui de la vie. Cet exemple d’art premier est d’abord l’expression d’une relation établie par la rencontre avec la création, puis la maternité de la femelle et ce souffle divin qui, s’en se rendre visible n’en est pas moins ressenti au sommet d’une conscience qui est à l’aube de son intelligence. C’est la signature des temps premiers de l’homo-sapiens.

Il est bien évident qu’il ne s’agit pas ici de beauté qui est un concept difficile à manier ; les arts premiers n’expriment pas une recherche du beau, ils témoignent de la présence mystérieuse non identifiée et qui se dissimule dans les relations empiriques de l’homme au cœur de la création.  Et toujours, il s’agit de transmettre par cet art un savoir, aussi l’objet artistique était-il chargé de magie, de génie. Ainsi, de la Vénus du paléolithique, de la Dame de Lascaux, de la Vénus de Milos, il y a la même intention à ceci près que la Vénus de Milos exprime une recherche de la beauté.

Il faudra attendre les foyers de civilisation mésopotamiens pour que s’élabore, aussi brusquement que l’art gothique, une recherche plus esthétique dans l’art qui demeure chargé de magie et de génies.

Mais c’est à l’évidence dans le sommet de la culture hellénistique que s’impose résolument la recherche du beau, recherche qui devient une alliée à l’élaboration de la philosophie, elle en est comme un autre livre…

Puis vient l’âge de la Révélation chrétienne, qui révolutionne le souffle de l’humanité. En effet, voici que le divin descend jusqu’à nous, non pour s’imposer, mais pour se proposer. La grâce vient alléger la charge de la matière, nous entrons dans l’âge de la qualité. L’art n’est plus seulement transmission des concepts, mais véritablement recherche de la beauté entant que signifiant de la grâce qui habite l’humanité sauvée.

Au risque de passer pour un fondamentaliste, j’affirme que la beauté est alors investie par la grâce de la Révélation chrétienne, et devient l’un des phares qui attirent les hommes au Christ Sauveur. La beauté est chargée d’une grâce qui rappelle que la création est ordonnée par la qualité et pour elle, que le concept de quantité (massivité) est son opposé, sa destruction impuissante…

Ce mystère qui investit l’art chrétien et toute sa culture est sa trame ; c’est le lien qui part de l’Annonciation, passe par la Transfiguration pour éclore dans la Résurrection. C’est le même lien qui part des fresques des catacombes romaines, passe par celles de Giotto, illumine la Naissance de Vénus de Botticelli, transfigure les fresques de Fra Angelico, s’impose impérial dans celle de Michelangelo di Lodovico Simoni ; c’est toujours le même qui pénètre dans la Mise en croix du Gréco. 

Il me semble donc qu’à tous les âges de l’humanité, l’homme, travaillé par l’inquiétude métaphysique, dans tous les actes bons et justes, même si ses objets d’intention étaient faux, a magnifié la vie dont il sait depuis toujours qu’il en est le dépositaire, et depuis la Révélation, qu’il en est le collaborateur actif et libre.

Mais aujourd’hui la société ne porte plus à magnifier la vie puisqu’elle s’autorise à l’éteindre dès ses premiers instants dans le sein d’une mère qui, toujours et pour l’éternité, est l’icône de la fertilité, l’icône du don de soi.

Oui, M. d’Ormesson « La chose étrange à la fin que le monde », c’est que voyez-vous, le monde qui est la manifestation la plus grossière de la vie, repose sur des absolus. Il n’y a rien de relatif dans ses fondations ; car, le relatif que vous nommez avec légèreté le « libéralisme » c’est ce qui s’efface dans le temps, la durée… Mais Monsieur, la vie repose sur l’éternité, c’est un absolu…

Ne craignez-vous qu’à votre mort, on ne soit tenté d’écrire en épitaphe : Jean d’Ormesson, l’écrivain qui rassura si bien, tant il aima se rassurer lui-même !

 (Pierre-Charles Aubrit Saint Pol)


[1] Tout être vivant est dans la pensée de Dieu ; que Dieu cesse de penser un être et à l’instant il disparaît.

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Honoré de Balzac

Rastignac 

Notre ami Rastignac nous propose trois œuvres peu connues du plus prolifique auteur de l’ère romantique française : Honoré de Balzac. S’il avait été moins pressé par la fortune, notre auteur eût marqué davantage encore son temps, car il eût œuvré à resserrer son œuvre, la rendant moins répétitive et se faisant, il serait parvenu à s’approcher de plus près de l’être de ses caractères. On retrouve chez Bernanos et chez Mauriac un peu de lui, mais avec cette notable différence qu’ils ont traversé le voile des affects pour affleurer le nœud de l’être…

Honoré de Balzac demeure toutefois, et à bien des égards, un de nos plus grands écrivains modernes ; on peut le mettre dans la filiation d’un Molière à cause de sa manière de dépeindre ses personnages.

Les œuvres retenues par Rastignac sont : « Un début dans la vie », « Une ténébreuse affaire » et « La Femme de trente ans ». La rédaction. 

Un début dans la vie 

  C’est un roman attachant ; s’il n’est pas connu, c’est dû à sa facture un peu ancienne ; en effet, « Le début » du roman peut rebuter le lecteur contemporain qui a l’habitude d’être tout de suite plongé dans l’action.

Par ailleurs,  les développements sur les moyens de transport de l’époque  sont un peu longs.

Autre obstacle, ce roman est composé de développements parcellaires, même si tout s’unifie à la fin du livre ; de plus, l’on se perd un peu dans les méandres de la chicane et du judiciaire.

Il s’agit  d’un roman  d’apprentissage, mais c’est  l’apprentissage passif  d’un garçon qui se laisse porter par la vie ; on est loin du héros volontaire, flamboyant et traînant tous les cœurs derrière soi comme l’était Eugène de Rastignac. Dans un roman, ce qui est intéressant c’est le combat lorsque la vie commence et non la vie, après le combat… or si le  « héros », d’un Début dans la vie a réussi dans la vie c’est un peu malgré lui, tout simplement parce qu’il a été  porté par des hasards heureux. On est au loin du héros combatif du Père Goriot et de sa célèbre apostrophe A nous deux maintenant, apostrophe qui annonce la comédie humaine avec ses joies, ses souffrances, ses passions ; une existence pathétique plutôt que la tranquillité, n’est-ce pas là la vraie vie ? Un début dans la vie, n’est, en définitive, que l’annonce d’une vie bourgeoise et fade ; ce n’est pas cela la vraie vie…, la vraie vie ne doit – elle rimer avec passion et combat ?

Une ténébreuse affaire 

C’est l’avis du philosophe Alain ; il s’agit d’un roman difficile, mais d’un grand roman.

Ce roman est difficile, car les  péripéties sont intiment liées à l’histoire révolutionnaire et il faut donc une solide culture historique pour l’apprécier pleinement.
J’ai donc buté sur ce roman, mais je l’ai aimé, car il souligne « la force injuste de la loi », et la puissance terrible  de ceux qui nous gouvernent, quels qu’ils soient  et qui peuvent nous écraser, voire nous ôter la vie.

Napoléon  Ier domine le roman indirectement ; même l’héroïne royaliste qui avait pourtant rêvé de le tuer  est fascinée par cette figure mythique lorsqu’elle le rencontrera.

 Je ne pense pas qu’il existe  un roman qui donne, en si peu de lignes, une image aussi fascinante de l’Empereur. L’héroïne de ce roman, commande au destin ; elle est de la trempe de Rastignac.

  Si ces deux romans sont ignorés du grand public, les  lecteurs l’auront compris, c’est parce que Balzac se réfère avec trop d’érudition à l’histoire révolutionnaire et à la chicane ; en définitive, ces deux romans ne pourraient être pleinement appréciés que par des historiens et des …notaires !

 Mais chers lecteurs, essayez de les lire  tout de même, car l’histoire vous captivera, car somme toute, les grands romans peuvent être appréciés à plusieurs niveaux.

La femme de trente ans

Voici un roman d’amour mélodramatique, bien étrange et énigmatique qui ne manquera pas de vous captiver.

La souffrance des femmes en amour est-elle plus grande que chez les hommes ? Je le pense, car elles sont éprises d’absolu ; jeunes filles, elles ont toujours rêvé au prince charmant… Les hommes, eux, sont beaucoup plus prosaïques… Rêvent-ils à libérer une jolie princesse enfermée en haut d’une tour ?…

On ne saura jamais quel était le secret d’Hélène et les linguistes s’interrogeront sur l’arrivée brutale et fugitive d’un narrateur mystérieux qui dira – JE – pour commenter le bonheur d’un couple observé derrière un orme ; est-ce Balzac ?

Au lycée, nos professeurs, férus des nouvelles méthodes d’analyse, aimaient à nous demander, lors de l’étude d’un roman, ‘Qui parle ? qui raconte’ ? (cf : «Caché par le gros orme J’admirais cette scène délicieuse et J’ en aurais sans doute respecté les mystères si JE n’avais surpris sur le visage de la petite fille rêveuse et taciturne les traces d’une pensée plus profonde que ne le comportait son âge.»(IV ‘Le doigt de Dieu’)

Il y a du mélodrame qui court à travers « La femme de trente ans » ; cette noyade dans la rivière mythique de Paris, la Bièvre, aujourd’hui dissimulée par du béton, cette petite fille mal aimée qui sera à l’origine involontaire de la noyade et qui deviendra une princesse de la mer à côté du corsaire qui, naguère, l’avait enlevée à l’amour de son père et à une mère qui, elle, n’avait jamais su l’aimer.

Contrairement à ce qui se dit, Balzac écrit bien et ses descriptions sont souvent très belles.

Voici  la réponse apportée par une spécialiste de Balzac :

    « – Le silence d’Hélène n’est pas dû à une négligence de l’auteur, mais au respect du code mélodramatique qu’il utilise à ce moment-là : il faut bien un secret terrible – et indicible- pour justifier la fuite d’Hélène et son refus d’explication quand elle retrouve son père par hasard (« Ce secret ne m’appartient pas [...] J’aurais le droit de vous l’apprendre, peut-être ne vous le dirais-je pas encore »). Elle ne sera pas plus explicite avec sa mère, elle n’a pas besoin de l’être, car le lecteur sait parfaitement pourquoi elle s’en va (rancœur vis-à-vis de sa mère et de Vandenesse, jalousie meurtrière, remords, expiation. Le mécanisme mélodramatique et les motivations psychiques (voire psychanalytiques) sont suffisamment clairs pour que l’aveu ne soit pas nécessaire. 

- La question du narrateur à la première personne qui apparaît dans la quatrième partie, « Le Doigt de Dieu », est en revanche à relier à la genèse des 6 parties du roman. Il s’agit d’un récit composé de 6 textes écrits à des moments différents et unifiés par la suite. On a dans cette page le reliquat d’un récit à la première personne alors que tous les autres sont à la troisième personne.  

La critique s’est beaucoup intéressée à cette question :

Première hypothèse, la plus facile: Balzac a relu trop vite, et, tout à son souci d’unifier le personnage de Julie (qui avait des identités différentes selon les parties), il ne s’est pas attaché à cette bizarrerie de focalisation et de voix.
Deuxième hypothèse, plus intéressante: si Balzac, relecteur perspicace dans l’ensemble, a laissé passer ce détail, c’est qu’il ne le voyait pas, parce qu’il correspondait à une scène fantasmatique (il note : « Je contemplais… je rêvais, lorsque .. » ?) Ce narrateur, voyeur, qui assiste au meurtre de l’enfant de l’amour par l’enfant du devoir, a trop à voir avec les pulsions inconscientes de l’écrivain pour que ce dernier renonce à l’émergence de ce « Je » insolite et unique. »

 

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Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

  Rastignac

   Après avoir lu Thérèse Desqueyroux , vous pourrez peut-être répondre à ces questions souvent posées par les critiques . cette femme est-elle un monstre, une nouvelle incarnation de Mme  Bovary ou une femme pervertie par un  féminisme d’avant –garde qui ne peut supporter ce qu’elle croit être la domination de l’homme ?à moins qu’elle n’ait tout simplement imaginé que pour rencontrer l’amour… l’amour avec un  grand A… l’amour  des contes de fées, il fallait oser passe sur le cadavre d’un homme ?

 François Mauriac aurait peut-être aimé que l’on appliquât à son héroïne ce mot de Jésus sur la pécheresse, Il lui sera beaucoup pardonné car elle a beaucoup aimé.

  Ce roman renvoie le lecteur à Madame Bovary, mais il  n’y retrouvera  pas la  volupté et le chatoiement  du style de Flaubert. Toutefois, l’analyse psychologique est excellente et l’histoire, assez captivante. La facture est moderne avec ces trois voix qui  s’entrelacent pour raconter le destin malheureux de Thérèse ;  celle de l’auteur, de Thérèse et  une voix off. Il y a une suite à ce roman ; je crois qu’il est bon de la  lire, car cette Thérèse  intrigue le lecteur.

   J’ai donc  lu les  suites de Thérèse   Desqueyroux : deux nouvelles, « Thérèse chez le docteur », Thérèse à l’hôtel » et un court roman « La fin de la nuit ».  « Thérèse chez le docteur. » Ce  docteur est un psychiatre, plus précisément un psychiatre psychanalyste. La psychanalyse est mise à mal ; la psychanalyse ne peut pas guérir puisque les  psychiatres, les psychanalystes, plus précisément, ne croient pas en « l’existence de l’âme  ».  Psychiatre, ça signifie médecin de l’âme et vous ne croyez pas en l’âme  s’écrie Thérèse. La psychanalyste serait matérialiste et elle ne proposerait que l’assouvissement de la sexualité, alors que Thérèse aspire à  l’infini. Thérèse  à  l’hôtel .  C’est  du grand Mauriac. Je me sens réconcilié avec cet auteur que je considérais comme un auteur de sacristie.
Les analyses sonnent justes  et parfois sont aussi très émouvantes lorsqu’elles se rapportent à l’adolescence :

Pendant le   déjeuner, j’observais le garçon qui mangeait distraitement, le regard dans le  vide. Il  n’est rien de si gracieux que cette perpétuelle absence de certains jeunes  gens, l’air d’être ailleurs, toujours obsédé par on ne sait quelle chimère. Thérèse finira-elle enfin son chemin de croix pour trouver  la sérénité et enfin l’amour auquel elle aura toujours rêvé ? La réponse sera donnée… avec  » La fin de la nuit. »

   La fin de la nuit. Il s’agit d’un court roman toujours centré sur Thérèse et sa fille enfin retrouvée. L’amour rêvé  sera-t-il au rendez-vous pour elle et sa fille ? : II faudrait que la vie avec la créature que nous aimons fût une longue sieste au soleil, un repos sans fin, une quiétude animale…cette certitude qu’un être est là, à portée de notre main, accordé, soumis, comblé ; et que pas plus que nous-mêmes il ne saurait désirer d’être ailleurs. Il faudrait à l’entour une telle torpeur que la pensée fût engourdie, afin de rendre impossible même en esprit toute trahison… »      

Thérèse Desqueyroux , Thérèse chez le docteurThérèse à l’hôtelLa fin de la nuit sont proposés au lecteur dans un seul volume ; c’est là  une excellente initiative  de l’éditeur, car  le seul Thérèse Desqueyroux   ne serait qu’un roman comme tant d’autres  alors que les deux nouvelles et le petit roman qui suit donnent une plus grande envergure à la vie de l’héroïne. Je suis d’ailleurs surpris que les critiques aient dédaigné ces œuvres.

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 LA TRIBUNE LITTÉRAIRE DE RASTIGNAC

LOUIS XVI, LE ROI BIENFAISANT 

‘Editions du Rocher’

Jean de Viguerie

L’histoire rejoint parfois l’actualité comme vous-vous en rendrez compte en lisant le livre référencé ci-dessus. 

Si le roi Louis XVI a choisi Turgot, c’est parce que l’opinion publique en disait le plus grand  bien, mais en fait cette opinion publique était celle de la secte philosophique, une secte qui vouait pourtant une haine mortelle à la monarchie, mais les Français d’aujourd’hui,  ceux qui votent  à Droite, pour certains tout au moins, ne s’apprêtaient-ils pas à élire DSK, porté également par l’opinion publique, alors que cette opinion publique, celle de  la secte des mondialistes, se situe à l’opposé de leurs choix ?  

Le parallélisme dans les comportements d’hier et d’aujourd’hui est frappant. 

En 1774, Lous XVI rappelle les anciens membres du Parlement dissous en 1771 pour rébellion. Il réinstalle donc des opposants, voire des  rebelles dans la direction de l’Etat ; le président Sarkozy n’a-t-il pas fait appel pour former son gouvernement à des opposants, à des rebelles ? 

Bien sûr, d’autres ressemblances, encore plus évidentes avec notre époque, sautent aux yeux ; la dissolution des mœurs, la crise du mariage, le matérialisme  etc.

Aujourd’hui, comme sous l’Ancien régime, la France manque de grands caractères. Louis XVI voulait n’être qu’un roi bienfaisant, ce fut-là  son erreur. En effet, la politique ne se réduit pas à la bienfaisance parce que la politique est un art qui doit se soumette à la morale, mais n’est pas la morale. 

Quant à l’utopie qui a pour un temps  séduit Louis XVI, elle est dangereuse, car elle détruit ce qui est pour affirmer ce qui n’est pas. Elle détruit donc les fondements naturels de la société et aboutit au goulag. 

Louis XVI, selon moi, aurait dû être béatifié ; mais il m’a été fait remarquer que s’il était mort en vrai chrétien, il avait hélas sanctionné la Constitution civile du Clergé qui séparait Rome de l’Eglise de France ; sa béatification ne serait donc pas justifiée1.

   En conclusion, je tiens à citer un texte  du professeur Debray-Ritzen, médecin psychiatre réputé, (Ce que je crois  chez Grasset) : 

« - La nation française, alors furieusement championne en liberté comme en égalité (ose-t-on ajouter en fraternité ?), ayant déclaré la paix au monde, accordant son secours à tous les hommes épris d’émancipation, déclencha vingt-trois ans de guerre en Europe, au nom de cette Révolution qui, « sans guillotine, écrivent les Goncourt, serait burlesque, sans le sang serait niaise ». Au lieu d’unifier l’Europe, ces guerres attisèrent les nationalités. Cent ans de conflits aboutirent aux deux conflits mondiaux qui cassèrent définitivement les reins au continent de la civilisation et accouchèrent des régimes monstrueux que l’on sait.

(L’orgue à logos a toutefois récupéré, de l’aventure, un lyrisme qui sert quotidiennement à nos politiques d’à peu près tous les poils.) » 

Historien et grand connaisseur de l’Ancien Régime, le professeur  Jean de Viguerie   est notamment l’auteur du Dictionnaire du temps des Lumières (Robert Laffont ,coll. Bouquins)

La collection  « Le Présent de l’Histoire » dans laquelle paraît « Louis XVI, le roi bienfaisant », dirigée par François Bluche, propose des ouvrages sérieux et agréables, conciliant Nouvelle histoire et Histoire de toujours. N’hésitez pas aussi à mettre ce livre dans votre valise pour le lire, cet été, à l’ombre d’un parasol.  

1La béatification de Louis XVI n’est en rien objectée par le fait que le roi ait signé la déclaration civile du clergé ; il sévère que cette béatification demeure pour le moment inopportune, mais qu’il n’y a en dehors de cela aucun empêchement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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