Domanova

Blog du Journal de l'Alliance

27 novembre 2012

Le Goncourt 2012 et Bossuet

Classé dans : LA TRIBUNE LITTERAIRE — domanova @ 23 h 24 min

 

Le Goncourt 2012, un roman chrétien !?

 

Rastignac

 

C’est la première fois que je lis un Goncourt ;  sans aucun doute, ce roman méritait ce prix.

Est-ce  un roman chrétien ? à mon sens, il rejoint plutôt « L’Ancien Testament » et spécialement ‘l’Ecclésiaste’, « Vanité des vanités tout est vanité », mais les dernières pages résonneraient  plutôt  de l’Espérance chrétienne avec le discours pathétique de Saint Augustin.
Toutefois, à l’ombre de la mort, lorsque Saint Augustin  « se  tourne vers le Seigneur », ce n’est pas Lui qu’il voit, mais l’image de cette jeune paroissienne   qui avait  » levé vers lui ses yeux voilés de larmes » alors  qu’il évoquait l’Espérance avec  la joie du Christ pour  aider justement  ses paroissiens à se fortifier dans l’épreuve  devant tous ces mondes, toutes ces civilisations  en train de s’effondrer.

Comment interpréter ces pleurs ? la joie de l’Espérance ou la lucidité d’une jeune femme qui a perdu la foi dans le Christ ?

Le sermon sur la chute de Rome est-ce un roman chrétien  ou le roman de la fin de notre monde, de notre civilisation ?

 

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« Madame se meurt ! Madame est morte ! »

Rastignac

De Bossuet, je ne me souvenais que cette phrase célèbre ; il m’a été alors  conseillé de lire Le Carême du Louvre[1]. Je suis donc allé vers ce livre,  avec un peu d’hésitation, mais  je n’ai pas été déçu. Si vous aimez  la rigueur dans la démonstration, si vous ne dédaignez pas la réflexion théologique, si vous aimez  la poésie, lisez ce livre

 LA POLITIQUE :

« Le Sermon sur les devoir des Rois »  nous fait prendre conscience du gouffre dans lequel notre monde politique plonge, surtout avec notre président Normal 1er…

 « Ô monarques, respectez votre pourpre ; révérez votre propre autorité, qui est un rayon de celle de Dieu ; connaissez le grand mystère de Dieu en vos personnes ; les choses célestes sont à lui seul, il partage avec vous les inférieures ; soyez donc les sujets de Dieu comme vous en êtes les images.[2] »

Vous n’appréciez pas l’analyse politique ? tant pis ; mais si le style vous a enchanté, c’est l’essentiel.)

 LA THEOLOGIE :

 La méditation sur l’émouvante plainte du Christ  en croix, « Mon Dieu, mon  Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné[3]? » est,  à la fois, émouvante et pertinente :

« C’est un prodige inouï qu’un Dieu persécute un Dieu, qu’un Dieu abandonne un Dieu; qu’un Dieu délaissé se plaigne, et qu’un Dieu délaissant soit inexorable : c’est ce qui [se] voit sur la croix. La sainte âme de mon Sauveur est remplie de la sainte horreur d’un Dieu tonnant; et comme elle se veut rejeter entre les bras de ce Dieu pour y chercher son soutien, elle voit qu’il tourne la face, qu’il la délaisse, qu’il l’abandonne, qu’il la livre tout entière en proie aux fureurs de sa justice irritée. Où sera votre secours, ô Jésus? Poussé à bout par les hommes avec la dernière violence, vous vous jetez entre les bras de votre Père ; et vous vous sentez repoussé, et vous voyez que c’est lui-même qui vous persécute, lui-même qui vous délaisse, lui-même qui vous accable par le poids intolérable de ses vengeances ! Chrétiens, quel est ce mystère? Nous avons délaissé le Dieu vivant, et il est juste qu’il nous délaisse par un sentiment de dédain, par un sentiment de colère, par un sentiment de justice : de dédain, parce que nous l’avons méprisé ; de colère, parce que nous l’avons outragé ; de justice, parce que nous avons violé [ses] lois et offensé sa justice. Créature folle et fragile, pourras-tu supporter le dédain d’un Dieu, et la colère d’un mais il s’apaise sur nous. Pendant cette guerre ouverte qu’un Dieu vengeur faisait à son Fils, le mystère de notre paix s’achevait ; on avançait pas à pas la conclusion d’un si grand traité ; « et Dieu était en Christ, dit le saint Apôtre, se réconciliant le monde’».

« Comme on voit quelquefois un grand orage: le ciel semble s’éclater et fondre tout entier sur la terre; mais en même temps on voit qu’il se décharge peu à peu, jusqu’à ce qu’il reprenne enfin sa première sérénité, calmé et apaisé, si je puis parler de la sorte, par sa propre indignation; ainsi la justice divine, éclatant sur le Fils de Dieu de toute sa force, se passe peu à peu en se déchargeant; la nue crève et se dissipe; Dieu commence à ouvrir aux enfants d’Adam cette face bénigne et riante; et, par un retour admirable qui comprend tout le mystère de notre salut, pendant qu’il délaisse son Fils innocent pour l’amour des hommes coupables, il embrasse tendrement les hommes coupables pour l’amour de son Fils innocent Dieu, et la justice d’un Dieu? Ha! tu serais accablée sous ce poids terrible. Jésus se présente pour le porter: il porte le dédain d’un Dieu, parce qu’il crie et [que] son Père ne l’écoute pas; et la colère d’un Dieu, parce qu’il prie et que son Père  ne l’exauce pas; et la justice d’un Dieu, parce qu’il souffre et que son Père ne s’apaise pas. Il ne s’apaise pas sur son Fils. »

L’analyse théologique est toujours très rigoureuse :

 

« Quoique le péché soit le plus grand mal, la mort toutefois nous répugne plus, parce qu’elle est la peine forcée de notre dépravation volontaire. Car c’est, dit saint Augustin, un ordre immuable de la justice divine que le mal que nous choisissons soit puni par un mal que nous haïssons ; de sorte que ç’a été une loi très juste, qu’étant allés au péché par notre choix, la mort nous suivît contre notre gré, et que, notre âme ayant bien voulu abandonner Dieu, par une juste punition elle ait été contrainte d’abandonner son corps : Spiritus, quia volens deseruit Deum, deserat corpus invituss ». Ainsi, en consentant au péché, nous nous sommes assujettis à la mort: parce que nous avons choisi le premier pour notre roi, l’autre est devenue notre tyran. Je veux dire qu’ayant rendu au péché une obéissance volontaire, comme à un prince légitime, nous-nous sommes contraints de gémir sous les dures lois de la mort, comme d’un violent usurpateur[4]. »

La POESIE :

Mais, depuis les plus grandes jusqu’aux plus petites, sa providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux, qui l’invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs, dont la beauté est si tôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur être, que Salomon, dans toute sa gloire, n’a rien de comparable à cet ornement. Vous, hommes, qu’il a faits à son image, qu’il a éclairés de sa connaissance, qu’il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire qu’il vous oublie[5] (…) p.117

 En fait, tout est poésie chez Bossuet et d’abord et avant tout la beauté de la langue.

CONCLUSION :

Lisez ce livre, même si vous êtes un agnostique, un athée, car   c’est de la poésie à l’état pur; n’est-ce pas l’essentiel pour ceux qui aiment la littérature ?

Le Goncourt 2012 et  Bossuet dans LA TRIBUNE LITTERAIRE pub2


[1] Ed. Folio Classique

[2] Cf. p.237

[3] Cf. p. 258

[4] Cf. p.58

[5] Cf. p. 117

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