Domanova

Blog du Journal de l'Alliance

28 novembre 2012

PASTORALE PETRINIENNE

Classé dans : ACTES PETRINIENS — domanova @ 15 h 56 min

 

PASTORALE PETRINIENNE dans ACTES PETRINIENS consistoire
ARCHIVES DU CONSISTOIRE DE FÉVRIER 2012

 

LE NOUVEAU CONSISTOIRE

Pierre-Charles Aubrit St Pol

 

Le terme « cardinal » signifie point d’appui universel. Un cardinal s’engage, de manière exemplaire, à soutenir et défendre l’autorité du Pape, du Vicaire du Christ jusqu’au don de sa vie. Une dignité qui prophétise la permanence du don de soi jusqu’au sacrifice suprême. Il ne s’agit pas d’une dignité nouvelle, honorifique, une sorte de maréchalat, ce qui en soit n’aurait aucun sens ; elle est intimement liée au témoignage de la Vérité et à la fidélité inconditionnelle au successeur de Pierre. Il ne s’agit pas d’une autorité plus grande, mais d’une mission plus haute.

La singularité de ce nouveau consistoire est que les six nouveaux cardinaux ne sont ni italiens, ni européens. Benoît XVI a voulu mettre l’accent sur l’universalité de l’Eglise et montrer qu’elle ne se réduisait pas à l’Occident.

En même temps, le Saint Père rappelle que la souffrance de l’Eglise à telle endroit est portée par toute l’Eglise ; il n’y a pas une église africaine, française, allemande ; il y a l’Eglise en Allemagne, en France, en Afrique… C’est la même et unique Eglise : « autour des Apôtres fleurissent les communautés chrétiennes, mais elles sont l’Eglise, qui, à Jérusalem, à Antioche ou à Rome, est toujours la même, une et universelle. Et quand les Apôtres parlent d’Eglise, ils ne parlent pas d’une communauté particulière, ils parlent de l’Église du Christ, et ils insistent sur cette identité unique, universelle et totale de la « catholica », qui se réalise dans chaque Eglise locale. » ( extrait du discours au consistoire du 24 novembre20112.)

Il appartient à chaque cardinal de rappeler à ses frères évêques et au peuple de Dieu la nécessité de l’unité autour du Vicaire du Christ ; unité voulue par le Christ lui-même. Le cardinal n’est pas là pour faire beau ; il est là pour rappeler la royauté du Christ, royauté d’un royaume qui a sa source dans la Croix et de laquelle toute dignité découle et il n’y en a pas d’autre.

Il n’est plus acceptable de voir flotter les décorations des Etats blasphémateurs en place de la Croix. Les boutonnières messieurs les cardinaux, évêques et prêtres et laïcs doivent être vierges[1] ; il n’est plus admissible d’afficher des signes qui sont en contradiction avec la Croix du Christ. Il ne peut plus y avoir de compromission, le message évangélique doit être clair.

Ecoutons encore notre Pape qui conclut son discours aux cardinaux en ces termes : « A vous, chers et vénérés frères Cardinaux, est confiée cette lourde responsabilité : rendre témoignage au règne de Dieu, à la vérité. Cela signifie faire émerger toujours la priorité de Dieu et de sa volonté face aux intérêts du monde et à ses puissances. Soyez les imitateurs  de Jésus, qui, devant Pilate, dans la situation humiliante décrite par l’Evangile, a manifesté sa gloire : celle d’aimer jusqu’au bout, en donnant sa propre vie pour les personnes qu’il aime. C’est la révélation du règne de Jésus. Et c’est pourquoi, d’un seul cœur et d’une seule âme, prions : adeniat regnum tuum, que ton règne vienne »[2].

 En ces temps troublés, enfermés dans des esprits confus, désordonnés, qui sont pour nous des temps de combat, de résistance, nous attendons de nos cardinaux et évêques qu’ils montrent l’exemple de la fidélité doctrinale et de la fidélité à Pierre. Nous avons toute légitimité d’attendre que notre hiérarchie cesse de se compromettre avec le pouvoir politique, avec toutes les formes de pouvoirs visibles ou occultes qui, de plus en plus, montre un visage dure et de rejet à l’Evangile et à l’Eglise du Christ. Votre honneur est aussi celui du plus pauvre d’entre nous, honneur qui ne peut être flétri par des calculs trop humains pour s’en serrer dans la dignité et l’honneur du Christ-Jésus.

 

 


[1] On rapporte que Mitterrand avait suggéré à Arletty de solliciter la légion d’honneur, elle lui aurait répondu : « J’aime les boutonnières vierges ».

[2] Les citations  sont tirées de Sandro Magister.

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Le Vicaire du Christ… Ch.1er

Pierre-Charles Aubrit St Pol

Le  Vicaire du Christ n’aura jamais été à ce point attaqué depuis le schisme protestant tant de l’intérieur de l’Eglise que du monde extérieur occidental. C’est une situation paradoxale ! Le pape, en tant que chef de l’Eglise, est aujourd’hui universellement et implicitement reconnu comme le signe et le sommet de la hiérarchie spirituelle et morale, (Cf. Mat. 16,13-20)

L’institution pontificale fait partie des normes universelles de la famille humaine même si certains pouvoirs inavouables voudraient la réduire au silence, voire la faire disparaître.

Cette institution  qui attire tout autant qu’on la redoute qu’elle est-elle ? Il est assurément singulier qu’une telle institution, dans un contexte hostile depuis le XVe siècle, soit parvenue jusqu’à nous. Le pape est le lien visible d’unité entre Adam qui fut le principe originel de l’unité de la création visible et Jésus-Christ en qui l’unité de la création et spirituelle se retrouve et s’accomplira à son retour : « […] il récapitule en lui toutes choses, des astres jusqu’aux plus petits animaux, [..]. Tout ceci s’harmonisait en l’homme, mais il brisa cette harmonie […]. » (A. C. Emmerich, Les Mystères de l’Ancienne Alliance) Le péché originel est la cause de la désunion de l’homme en lui-même, envers son prochain et envers Dieu.

Jésus-Christ est le Principe absolu de l’unité retrouvée mais elle ne se réalisera pleinement qu’à son retour et par la transfiguration de la création (de foi). L’appel que Pierre reçoit après sa profession de foi est la première institution pour la société humaine de l’Eglise après l’appel des apôtres ; elle suit celle du baptême et du pardon des péchés ainsi que le premier envoi en mission.

Pierre répond le premier à cette annonce du Christ « une fois élevé de terre, J’attirerai tous les hommes à Moi », mais à cette parole s’ajoute à l’intention de Pierre cette autre promesse «Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux: tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.» (Mat. 16, 18-19) Aucune force dans ce monde ni dans celui des ténèbres ne pourra détruire physiquement et spirituellement l’institution de Pierre en tant qu’il est le Chef de l’Eglise militante, elle perdurera jusqu’au retour du Messie, ce « Fils d’Homme venant sur la nuée. » Le pape sera présent pour la grande épreuve, quand bien même serait-il chassé de Rome. L’Eglise militante avec son Chef vaincra, car la victoire est déjà actée « Ne craignaient pas, J’ai vaincu le prince de ce monde. » (à suivre)

 

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 Une obsession !

 

Le Second Saint Concile du Vatican

 Pierre-Charles Aubrit st Pol

Au sujet du possible et souhaitable retour à la pleine communion des ultra-catholiques[1] issus du schisme de Mgr Marcel Lefebvre, il y a beaucoup de murmures et de probables informations et désinformations… C’est étonnant ce que l’on peut savoir sur ce qui est l’objet de tant de discrétion !

Aussi intéressant que puisse être le sujet, prions pour que ces frères nous reviennent dans une plénière charité… La prière étant la seule arme absolue ! 

Le Salon Beige retransmet un article de Jean Mercier publié dans le quotidien La Vie. Ce quotidien est connu pour ses positions très anti-romaines, très progressistes, aussi il convient de rester circonspect précisément sur le sujet. Voici l’extrait de l’article :

 

 « Cet échange de textes montre que, de part et d’autres, on prend les choses très au sérieux. Et que l’on se donne des choses [chances] de réussir... [...] Il est peu probable que Rome arrête les transactions alors que Benoît XVI a déjà été si loin dans sa générosité. Le pape pourrait, soit reformuler encore le protocole d’accord, soit accéder aux demandes des intégristes, s’il estime que la volonté de ses interlocuteurs d’être en communion avec lui et l’Église est bien réelle. [...] Pour cette raison, il pourrait décider qu’il ne faut pas faire de l’adhésion au Concile une obsession. »

  

Qui veut la peau de « Rabbi Jacob ?»

J’ignore ce qu’il y a de vrai dans ce passage, mais il serait singulier que le Siège Apostolique fasse l’impasse sur le Second Saint Concile du Vatican parce que le retour à la communion plénière serait plus important que le concile…

Prendrions-nous le Saint Esprit pour un esprit simplet ?

Quelles qu’aient pu être les dérives post-conciliaires, on ne peut nier l’importance considérable que le concile a joué dans ces soixante dernières années.

Ce n’est pas le concile en lui-même qui est la cause de la crise qui existait bien avant lui et se poursuit sous différentes formes. Il ne fut qu’abusivement le prétexte d’une formidable confrontation entre ultras-catholiques et progressistes. Cette crise a mis à jour des dérives qui datent depuis l’hérésie d’Occam jusqu’aux confrontations idéologiques des XIXe et XXe siècles, véritables titans génocidaires. Le concile a eu le mérite de mettre tout ce qui se passait sous la couverture à la pleine lumière[2], c’est peut-être ce qu’on lui reproche le plus.

Il y a eu, dans l’attitude des ultras et des progressistes un rejet pathologique du seul rendez-vous qui importait vraiment et qui importe toujours : être autour du successeur de Pierre avec Marie au pied de la Croix sur le Calvaire. Ce rendez-vous fut rejeté, ignoré pour des considérations bien trop humaines. Ces courants me font penser à ceux qui dominaient au Temple, du temps de Jésus, et c’est le petit courant religieux qui sut reconnaître le Messie, celui que l’on méprisait et dont étaient issus Jean le Baptiste, saint Joseph, saints Jean et André…

C’est bien de déplorer les souffrances de l’Eglise – on peut d’ailleurs s’en inspirer pour interpréter « les demoiselles de Longbec de Fernand Raynaud » ou « Les Précieuse ridicules de Molière » – mais c’eut été sans doute mieux si tous les catholiques s’étaient retrouvés sur le Golgotha, serrés au tour du successeur de Pierre, surtout en ces temps d’apostasie. Le triomphe de l’Eglise passe inexorablement par là où est passé son Fondateur et son Epoux.

Je comprends bien toute l’importance de tout faire pour que chacun de nos frères retrouve la pleine communion, mais s’il vous plait, pas au rabais. Ne renouvelons pas la même hâte malsaine qui prévalue lors du premier retour à la communion d’une partie des « lefebvristes » – la Fraternité Saint Pierre – à l’occasion de l’ordination des évêques[3].

Nous aurions tort de croire que la position des ultras-catholiques se résume à une dispute de liturgistes… C’est en fait tout une conception de l’homme et de l’Eglise qui s’affrontaient les ultras contre les progressistes. Il s’agissait bien de doctrine, de culture et de politique. Il s’agissait malheureusement d’idéologies.

Il est fort dommage que le pape Paul VI n’ait pas eu le don de meneur d’hommes comme son prédécesseur Pie XI.

C’est en fait deux conceptions eschatologiques hétérodoxes sur l’avenir et le rôle de l’Eglise qui s’affrontaient et continuent de s’affronter sur la question suivante : quelle doit être la forme et la nature du triomphe de l’Eglise ?

Certains la veulent dominatrice, autoritaire avec le « gros bonbon » ; d’autres la veulent informe, confondue avec un humanisme relativiste et de bon aloi, rassurant, ce confondant avec l’esprit du monde et ceux des princes qui nous gouvernent.

S’il devait  se produire ce que de sinistres et faux augures prophétisent, les catholiques qui ont persévéré dans leur présence sur le Golgotha, qui ont défendu et témoigné de la primauté de Pierre, souvent dans une situation de grandes souffrances et de confusions, auraient le sentiment, à juste titre, d’être déconsidérés, comptés pour quantité négligeable.

Ce n’est pas tant le concile en soi qui est obsession, mais c’est tout ce qu’il a dévoilé d’errance, de lâcheté, d’orgueil, de manque vertigineux de charité surtout envers les personnes qui demandaient un peu de respect et d’humanité face à tous ces changements. Il faudra bien un jour faire toute la lumière sur ces souffrances.

C’est aussi l’interrogation sur le fait que l’Eglise en Occident n’ait pas su se défendre des esprits de ce monde, des pollutions idéologiques. De grands pans de la hiérarchie de l’Eglise compromirent, de libre propos, le message évangélique, corrompirent la Révélation et rendirent inintelligible la foi par une pastorale avachie et parfois moins digne qu’une prostituée et préparant de fait la grande apostasie à venir. Elle a en bien des points la responsabilité de l’effondrement de la loi morale. Elle a parfois devancé les princes de ce monde dans le relativisme moral tant intra-muros extra-muros.

Qu’il y ait de la discrétion quant aux tractations entre le saint Siège et les ultras-catholiques, c’est compréhensible, mais il faudra que cet accord, s’il y a accord, soit accompagné d’un texte clair, que la droiture d’intention soit explicitement établie. On ne peut tenir pour rien les membres du Corps Mystique du Christ qui, contre vent et marrée, sont demeurés fidèles, avec une fidélité souvent héroïque à la communion au successeur de Pierre et à l’obéissance au Magistère, sujet de fond de la crise actuelle. Il faut relire le discours du cardinal Vingt-Trois après la visite apostolique de Benoît XVI pour se convaincre de la pérennité de cette crise et de la proximité d’une hiérarchie avec la culture de l’apostasie et ses résonnances psychologiques que l’on peut déjà entendre.

On ne peut que souhaiter le retour à la pleine communion des ultras, mais pas à n’importe quel prix et surtout pas aux dépends du Second Saint Concile du Vatican. Si ce concile est tenu pour quantité négligeable au bénéfice d’un accord avec la Fraternité Saint Pie X, ce retour n’aurait aucun fruit positif, il s’ensuivrait un drame plus grave.

C’est la Fraternité Saint Pie X qui, in fine, décida avec son chef de rompre avec Rome et c’est-elle qui souhaite revenir à la pleine communion, qu’a-t-elle donc à exiger. Sa sincérité aura pour mesure son authentique humilité…

La question qui se pose à elle est celle-ci : l’intérêt du salut de l’humanité doit-il passer après elle ou avant elle ? Il y a une seconde question : est-ce l’idée qu’elle a de l’Eglise qui importe le plus ou plutôt de comprendre et de correspondre au mieux au projet réel que Jésus a de son l’Eglise ? Ces deux questions valent également pour les progressistes.

Parallèlement à ce retour possible et souhaitable, il faudra bien commencer d’établir solidement et en pleine vérité l’histoire de cette crise qui, dans sa phase la plus active, a commencé il y a cent ans. Nous avons besoin de ces travaux pour la fortification de notre foi. Les Eglises nationales ont besoin de passer par cet examen de conscience qu’elles n’ont jamais entrepris à ce jour. Si nous ne nous pressons pas d’entreprendre cet examen, nous avons à craindre de manquer de forces pour affronter l’inexorable épreuve de l’apostasie universelle. N’en doutons pas, l’Eglise universelle sera convoquée sur le socle de sa charité intra-muros et extra-muros… Toute son humanité sera passée au crible de la colère divine.

Finirons-nous par comprendre que Dieu ne nous a pas aimés pour rire, qu’Il n’est pas un « rigolo ! »

Il va de soi, qu’il faut prier pour le retour de nos frères ultras-catholiques[4] à la pleine communion. Ne doutons pas que si elle doit se faire ce ne sera pas dans l’abaissement du concile, le pape est Pierre, ce n’est pas un bateleur.  

Le retour à l’unité de tous nos frères séparés demande de la sainteté « soyez saints comme votre Père des Cieux ». Veillons à ce que tout notre être y tende dans l’ordinaire de notre vie et dans une seule constance, la joie, la vraie joie des enfants de Dieu. Jésus n’a-t-il pas déjà vaincu le monde ! Gardez-vous de vous laisser abuser par ceux qui vous chantent les merveilles des esprits de ce monde, ne vous laissez pas éloigner du successeur de Pierre, il est la pierre d’achoppement de notre foi en ces temps-ci…

Priez, priez, priez…

 


[1] Le terme « intégriste » au sujet des ultras catholiques a pour origine l’islam, il ne leur convient pas ; car ce qu’ils remettent en cause ce sont certaines évolutions pastorales et un renouveau théologique ; ils ne remettent pas en cause les fondements de la foi.

[2] Nous savons que telle fut l’une des causes de la convocation du concile pour Jean XXIII. Son séjour en France en tant que nonce l’avait convaincu de cette nécessité urgente. Il faut souligner, que lors des apparitions de la Sainte Vierge à Amsterdam, apparitions reconnues, Elle avait demandé la convocation d’un concile. C’est ce qui fait la singularité de ces apparitions, car il n’y a pas de précédents de ce type dans l’histoire de la mariophanie.

[3] Nous connûmes le principal instigateur de ce retour à la communion, nous connûmes les fondateurs de la Fraternité St Pierre, leurs intentions étaient loin d’être dans la lumière évangélique. Et ne doutons pas que leur retour à la communion fut pour beaucoup d’entre eux accompagné d’un sentiment de triomphe pour ce qu’ils considèrent toujours comme un juste combat….

[4] Le terme d’ultra-catholique est historiquement et sociologiquement parfaitement approprié, car l’action de ces courants n’est en rien comparable aux ultramontains, il ne s’agit pas d’œuvrer à une extension du pouvoir papal sur le monde, mais à une sorte de fondamentalisme psycho-socio-politico-religieux. Et quant au qualificatif d’intégrisme, il ne convient pas ; c’est là une surenchère dérivant de l’intégrisme musulman. Il est à souligner que ces courants développent une configuration psychologique proche de celle des protestants de la Réforme, comme d’ailleurs pour les progressistes. On observe dans ces deux courants, un langage identique et imprégné d’idéologies… Et tous les deux semblent avoir perdu tout ou partie de la grâce d’Espérance.

 

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BENOIT XVI

 » DE LA FOI ET DE LA RAISON « 

Catéchèse de l’Audience Générale

(La controverse entre saint Bernard de Clairvaux et Abélard)

« Commentaire de P.C. A. St. P. » 

 

« Chers frères et sœurs,

Dans la dernière catéchèse, j’ai présenté les caractéristiques principales de la théologie monastique et de la théologie scolastique du XIIe siècle, que nous pourrions appeler, d’une certaine manière, respectivement « théologie du cœur » et « théologie de la raison ». Entre les représentants de chacun de ces courants théologiques s’est développé un vaste débat, parfois animé, représenté symboliquement par la controverse entre saint Bernard de Clairvaux et Abélard.

Pour comprendre cette confrontation entre les deux grands maîtres, il est bon de rappeler que la théologie est la recherche d’une compréhension rationnelle, dans la mesure du possible, des mystères de la Révélation chrétienne, auxquels on croit dans la foi : fides quaerens intellectum - la foi cherche l’intelligibilité – pour reprendre une définition traditionnelle, concise et efficace. Or, tandis que saint Bernard, typique représentant de la théologie monastique, met l’accent sur la première partie de la définition, c’est-à-dire sur la fides - la foi, Abélard, qui est un scolastique, insiste sur la deuxième partie, c’est-à-dire sur l’intellectus, sur la compréhension au moyen de la raison. Pour Bernard, la foi elle-même est dotée d’une intime certitude, fondée sur le témoignage de l’Ecriture et sur l’enseignement des Pères de l’Eglise. En outre, la foi est renforcée par le témoignage des saints et par l’inspiration de l’Esprit Saint dans l’âme des croyants. Dans les cas de doute et d’ambiguïté, la foi est protégée et illuminée par l’exercice du Magistère ecclésial. Ainsi, Bernard a du mal à être d’accord avec Abélard, et plus généralement avec ceux qui soumettaient les vérités de la foi à l’examen critique de la raison ; un examen qui comportait, à son avis, un grave danger, celui de l’intellectualisme, la relativisation de la vérité, la remise en question des vérités mêmes de la foi. Dans cette façon de procéder, Bernard voyait un élan audacieux poussé jusqu’à l’absence de scrupules, fruit de l’orgueil de l’intelligence humaine, qui prétend « capturer » le mystère de Dieu. Dans l’une de ses lettres, empli de douleur, il écrit : « L’esprit humain s’empare de tout, et ne laisse plus rien à la foi. Il affronte ce qui est au-delà de lui, il scrute ce qui lui est supérieur, fait irruption dans le monde de Dieu, altère les mystères de la foi, au lieu de les illuminer ; il n’ouvre pas ce qui est fermé et scellé, mais le déracine, et ce qu’il considère impossible à parcourir par lui-même, il le considère comme nul et refuse d’y croire » (Epistola CLXXXVIII, 1 ; PL 182, I, 353). […]

Il peut sembler bien téméraire de commenter les enseignements du pape, dont le discours est habité par un grand souci pédagogique ; toutefois, il n’est pas inutile d’essayer de relayer son effort afin que ceux-ci rejoignent les bonnes volontés qui ont besoin davantage d’attention. Car un chrétien doit toujours aller vers le plus pauvre.

La controverse dont il est ici question porte sur l’autorité de la foi que saint Bernard oppose à l’autorité de la raison, de l’intelligence qui veut comprendre. Le postulat de Bernard souffre en lui-même d’une controverse : n’utilise-t-il pas sa propre intelligence pour expliquer sa position, pour démontrer la primauté de la foi selon lui ?

Non sans raison justifiée, il fait appel au principe d’autorité du Magistère en cas de doute, mais ce principe ne s’élabore que par la dispute, la recherche et donc utilement et nécessairement par la raison, par l’intelligence.

Abélard lui oppose la nécessité et le droit moral de soumettre les vérités de la foi, mais plus généralement la connaissance de Dieu, à l’examen critique de la raison. Il donne une place privilégiée à l’usage de l’intelligence. Mais pour lui aussi son postulat porte sa propre controverse. Dieu, en se révélant, demande d’abord un acte de foi. Bien certainement sa compréhension fait appel à l’intelligence, mais c’est par la foi que l’on se laisse rejoindre par Dieu.

« Ainsi, Bernard a du mal à être d’accord avec Abélard, et plus généralement avec ceux qui soumettaient les vérités de la foi à l’examen critique de la raison ; un examen qui comportait, à son avis, un grave danger, celui de l’intellectualisme, la relativisation de la vérité, la remise en question des vérités mêmes de la foi. »

Bernard était donc habité par une inquiétude qui ne se justifiait en partie que du seul point de vue humain ; sa connaissance de l’homme lui faisait avoir une approche pessimiste de la condition humaine, même si par la suite les erreurs d’Abélard lui donnent raison. Mais il n’a raison que du seul point de vue de l’accident, de l’erreur, il ne l’a pas sur le fond.

Il est certain que, si nous observons la grave crise qui blesse l’Eglise depuis celle du modernisme à nos jours, nous sommes portés à lui donner raison sur le fond. Est-ce pour autant l’usage de la raison qui est à l’origine de ces crises ? J’aurai tendance à répondre non.

Je pense que c’est l’intention que l’on met dans l’usage que l’on fait de notre intelligence qui détermine l’orientation de celle-ci. Et que si l’orgueil est à l’origine de ces déviances quant à l’usage de l’intelligence, on peut en dire de même pour la foi qui, utilisée arbitrairement, est toujours le produit de l’orgueil.

« L’esprit humain s’empare de tout, et ne laisse plus rien à la foi. Il affronte ce qui est au-delà de lui, il scrute ce qui lui est supérieur, fait irruption dans le monde de Dieu, altère les mystères de la foi, au lieu de les illuminer ; il n’ouvre pas ce qui est fermé et scellé, mais le déracine, et ce qu’il considère impossible à parcourir par lui-même, il le considère comme nul et refuse d’y croire » (Epistola CLXXXVIII, 1 ; PL 182, I, 353). […]

 

Chez Bernard, la foi est le seul moyen d’entrer légitimement et exclusivement dans l’intelligence des mystères de Dieu ; il projette sur l’usage de la raison une culpabilité si excessive qu’elle encourage à basculer vers l’excès inverse. Il est vrai que ce n’est qu’au cœur de la foi que nous pouvons entrer dans le mystère de Dieu, mais pour autant, il n’est pas interdit d’user de notre intelligence pour mieux le comprendre et l’expliquer. Il n’est que de lire sainte Thérèse d’Avila pour le comprendre ou sainte Thérèse de Lisieux.    

« Pour Bernard, la théologie a un unique but : celui de promouvoir l’expérience vivante et intime de Dieu. La théologie est alors une aide pour aimer toujours plus et toujours mieux le Seigneur, comme le dit le titre du traité sur le Devoir d’aimer Dieu (De diligendo Deo). Sur ce chemin, il existe différentes étapes, que Bernard décrit de façon approfondie, jusqu’au bout, lorsque l’âme du croyant s’enivre aux sommets de l’amour. L’âme humaine peut atteindre déjà sur terre cette union mystique avec le Verbe divin, union que le Doctor Mellifluus décrit comme « noces spirituelles ». Le Verbe divin la visite, élimine ses dernières résistances, l’illumine, l’enflamme et la transforme. Dans une telle union mystique, elle jouit d’une grande sérénité et douceur, et chante à son Epoux un hymne de joie. Comme je l’ai rappelé dans la catéchèse consacrée à la vie et à la doctrine de saint Bernard, la théologie pour lui ne peut que se nourrir de la prière contemplative, en d’autres termes de l’union affective du cœur et de l’esprit avec Dieu. »

Selon Benoit XVI, saint Bernard considère très important, primordial de tendre à la vie d’union ; il met ce but au-dessus de tout. Il dit que cette recherche est supérieure à l’activité intellectuelle. On ne peut lui donner tort. Pour autant, là où il se trompe, c’est dans ce qu’il convient d’appeler son mépris pour l’activité intellectuelle. Il se trompe, car la recherche de la vie d’union n’est en rien contradictoire avec l’activité intellectuelle, avec la nécessité de comprendre, d’appréhender les mystères. Il est clair que la vie d’union fait passer le sujet dans une phase de suspension de la vie intellectuelle, mais cet état n’induit pas qu’il faille négliger l’usage de la raisons.

Mais il est vrai qu’une activité intellectuelle qui négligerait de rechercher la vie d’union peut rapidement devenir une puissance perverse, il en est de même pour la foi aveugle, dite du charbonnier. Cette foi-là dissimule le plus souvent soit un déni volontaire de la vie intellectuelle ou une incapacitéet elle peut pousser son sujet à des comportements dangereux.

Le débat entre l’autorité de la foi et l’usage de la raison reste d’actualité, car de par sa nature, il rejoint un débat bien plus ancien qui caractérise la nature humaine, à savoir : celui sur l’usage de la conscience, du libre arbitre.

L’humanité ne pourrait survivre à la dictature de la foi, elle ne le pourrait pas davantage à celle de la seule raison. Le chrétien ne peut tourner le dos à ce débat, car sa rencontre avec Dieu fait homme, est une rencontre à laquelle il doit librement consentir. On ne peut librement consentir à Dieu ou à tout autre, sans discerner l’intention. Le discernement induit la compréhension, la compréhension induit l’étude et l’étude induit l’usage de la raison, de l’intelligence, le tout étant soumis à l’acte de foi qui est un agissement rendu possible par la vertu théologale de la foi que procure seul le baptême.

Saint Bernard et Abélard ont tous les deux fondamentalement raison, sans qu’on aità les renvoyer dos à dos. La radicalité de leur position n’est pas insurmontable. La foi préside essentiellement à la vie d’un chrétien, mais elle a urgemment besoin de l’intelligence afin d’user de la raison. Notre époque exige l’union des deux en vue de mieux servir la Charité. La foi et la raison ne sont pas opposables, elles sont alliées, car toutes les deux sont ordonnées à la Charité avec cette différence essentielle : la foi est une des trois vertus théologales, elle a donc un principe d’autorité intangible sur toutes les puissances de l’homme, donc sur la vie intellectuelle. Mais encore une fois opposer l’une à l’autre est une sottise tout à la fois enfantine et dangereuse. Notons que le Saint Père ne dit rien d’autre.

 

DES COMMUNAUTES NOUVELLES

 

A l’occasion de l’assemblée Générale des Evêques de l’Eglise de France, on a appris la position de certains d’entre eux au sujet des communautés nouvelles. Il est clair que ceux-ci sont opposés à l’accueil de ces communautés qui, pour l’Eglise, sont une chance.

Il faut se demander si ces intervenants ne souffrent pas d’une ignorance quant à l’Histoire de l’Eglise ou si leur prise de position, à ce sujet, ne procède pas de choix idéologiques.

L’histoire nous enseigne qu’il y a toujours eu, dans les années qui suivirent l’application pastorale des conciles, un renouveau dont l’une des caractéristiques est justement la floraison d’ordres religieux nouveaux ou de communautés nouvelles.

Il est tout à fait contraire à l’esprit du Saint Concile Vatican II que les pasteurs refusent d’accueillir ces communautés sous prétexte de convenances personnelles. Il y a à cela plusieurs raisons :

1er : Il est dans la logique des années qui suivent un concile que ce phénomène se produise.

2eme : Qui peut par avance préjuger de l’action de l’Esprit Saint ? Si une communauté est de Dieu, alors laissons la faire et le temps nous dira si elle est vraiment inspirée de l’Esprit Saint.

3eme : Que les fondateurs se trompent ou trompent volontairement, faut-il les laissés pour autant sur l’extérieur de l’Eglise et prendre le risque qu’ils s’en écartent et éloignent dans leur égarement d’autres âmes ? La charité la plus élémentaire n’est-elle pas de leur faire bon accueil pour mieux discerner et les aider à surmonter la sentence du temps et de l’épreuve ?

Les pasteurs qui les accueillent ne font que prioritairement maintenir ces chrétiens dans l’unité de l’Eglise, c’est-à-dire dans la Charité. Pourquoi alors les critiquer ? Aucun d’entre eux ne se trompe, en manifestant une paternelle et bienveillance sollicitude. Leur attitude est conforme à la Charité.

On observe que les évêques qui les critiquent n’avancent aucune argumentation, ils se contentent de critiquer, mais ne donnent aucune raison à leur position. Ce n’est donc ni une attitude rigoureuse, ni conforme à la charité que les pasteurs se doivent entre eux. Par ailleurs, on est en droit de se demander, si mettre cette question dans les termes posés sur la place publique est bien sage et bien prudent. Faut-il, une fois de plus, exprimer des divisions de cet ordre, alors que le sujet est conforme, sur le fond, à la vie de l’Eglise ? Peut-on espérer une attitude plus réfléchie de certains de nos évêques ?

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