Domanova

Blog du Journal de l'Alliance

4 décembre 2012

NORBERT TANNHOF

Classé dans : LA TRIBUNE LITTERAIRE — domanova @ 16 h 30 min

Chers Amis,

La recension que vous allez découvrir de mon ami Alain Poret confirme ce que tous les sages, selon l’esprit, nous enseignent : « Le mal fait beaucoup de bruit ; le bien n’en fait guère » ; car souvent, le bien se découvre aux confins des angoisses, dans la brisure du désespoir. Le bien cette ascension de l’espérance. 

Le rédacteur, P. C. A. St P

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ALAIN BANDELIER

DE L’ADMIRATION A L’ADORATION

CONVERSATION AVEC NORBERT TANNHOF 

 

 NORBERT TANNHOF dans LA TRIBUNE LITTERAIRE tanhof-livre

Alain Poret

Qu’elle ne fut pas mon agréable surprise de lire enfin un ouvrage élogieux sur Norbert Tannhof, mon professeur de philosophie qui, à l’époque, je crois en 1968, enseignait au collège Saint-Aspais à Melun ! Ce sont les professeurs qui, habituellement, décernent des notes à leurs élèves. Eh bien, à la suite du Père Bandelier, c’est en tant que bachelier que je voudrais rendre un hommage personnel à Norbert, cet intellectuel chrétien, qui a enseigné à des générations de « potaches » comme moi. Evidemment, nous l’appelions Monsieur Tannhof.

Ce pédagogue hors pair, qui pensait tout haut sans aucun papier sur le bureau, commençait le premier cours de philosophie auquel j’assistais par ces mots : « Au niveau de l’identification oppositionnelle, deux choses s’opposent non pas seulement d’une opposition des contradictoires, mais aussi d’une opposition des relatifs, si bien qu’à la limite ils s’identifient en tant que différentielle asymptotique« . « Poret, avez-vous noté ? » Oui, monsieur Tannhof… Quarante ans après !

Il est vrai que Norbert Tannhof avait inventé les trois niveaux suivants, afin de ne pas « univociser » (ou « univeauciser »), à savoir l’identification oppositionnelle ; la concentration unitaire ; et l’intégration.

Même aujourd’hui, à plus de soixante ans, je m’en rappelle comme si c’était hier : « un passé toujours en passe de devenir un passage du souvenir à l’avenir » disait-il. Je me souviens encore de ses chiasmes antithétiques du genre : « La raison d’Etat ne fait pas toujours état de sa raison » ou mieux encore « L’amour propre n’est pas le propre de l’amour ». Et quel humour au sujet de l’existentialiste Simone de Beauvoir : « Elle a écrit la grande sartreuse », (jeux de mots formé à propos du titre du livre « La Grande Chartreuse » de Stendhal). Inutile de préciser que Tannhof était plutôt essentialiste. Je me souviens de cette phrase interrogatrice sur la métaphysique de la temporalité: « Est-ce nous qui partons et le temps qui reste ou le temps qui demeure lorsque nous partons ?« .

Bref, Norbert Tannhof était le chef de file des néo-thomistes, sémanticien aux jeux de mots mémorables, enseignant de façon certes ludique, mais avec quelle efficacité durable pour nos « petites têtes de linottes ». Sa particularité était d’avoir enrichi sa philosophie chrétienne de feuillets personnels sur la psychologie, dont l’un de ses amis était d’ailleurs Alfred Tomatis, l’auteur de « L’oreille et du langage ». En effet, au programme à lire, il y avait non seulement « La somme théologique » de saint Thomas d’Aquin, mais aussi par exemple « L’homme à la découverte de son âme » de Carl-Gustav Jung. Il est vrai que Tannhof avait une telle culture qu’il pouvait disserter sur des sujets aussi divers que la neurobiologie, l’astronomie etc. Comme les cours étaient mixtes, il savait également s’adresser aux filles, leur enseignant par exemple qu’un bébé dans le ventre de sa mère ressent tout. Et celles-ci, futures mères,  de tout noter soigneusement.

En cours, il y avait le fils d’une sommité scientifique,  le professeur de biologie, Henri Laborit, athée, je crois ; lorsque qu’il vint voir Norbert Tannhof au sujet de son fils à Saint-Aspais, il resta plusieurs heures dans le bureau de Tannhof. Laborit, sortant du cet entretien, appela son fils et lui dit : « Quand tu as la chance d’avoir un professeur de philosophie tel que Monsieur Tannhof : tu te tais, tu apprends et tu écoutes« . Mon père, qui avait également rencontré Tannhof, m’avait dit : « Monsieur Tannhof est trop bien pour vous ».

Bref, Tannhof, ressuscité grâce au Père Alain Bandelier, a du certainement marquer des générations de collégiens. Et dire que, sales gosses, nous nous moquions de sa claudication et de son accent allemand, lui qui aurait pu retraduire Kant par exemple. Mais nous ne savions pas que cette grande âme avait été éprouvée par le nazisme et le communisme de l’époque.

Des résistants allemands, vous en connaissez  beaucoup ? Chapeau bas! Cela, je viens de l’apprendre seulement du Père Bandelier, dont la lecture de son livre m’a fait un immense plaisir. J’y ai d’ailleurs appris, fait rare et probablement exceptionnel, que Norbert et sa femme Myriam avaient déjeuné en compagnie du futur pape, le nonce apostolique Monseigneur Roncalli, devenu Jean XXIII ; et que « le Nonce est venu bénir dans la chambre de Norbert ses livres de saint Thomas d’Aquin et la thèse qu’il avait commencée à rédiger« . De même Norbert Tannhof eut aussi la chance de pouvoir s’entretenir à l’époque avec le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, qui l’a beaucoup encouragé.

Norbert. Merci encore de m’avoir appris que tout peut être indéfiniment approfondi, analogique dans une spirale d’amour qui a tant de ressort… Et aussi un grand merci à Alain Bandelier d’avoir su montrer la générosité de cet homme chrétien, tellement bon derrière sa sévérité professorale d’intellectuel rigoureux dans sa démarche philosophique, et finalement dont la mission aura été d’enseigner à tant de générations d’élèves.

Du fait de sa modestie intellectuelle et de l’humilité de ses qualités de cœur, (conjonction devenue rare à notre époque) il n’a rien écrit sur lui ni même publié quoi que ce soit. Mais comme il le disait, malgré la guerre et ses souffrances non seulement morales mais physiques, il devait tout devoir à la Providence qui l’avait épargné et « sauvé ». Bergson aurait pu dire à propos de Norbert : « Il pense en homme d’action et agit en homme de pensée ». Et non seulement avec lui la raison parle, mais aussi l’amour chante. Ainsi, il est encore temps d’en parler à la suite du Père Bandelier dont je partage le titre de l’ouvrage remarquable. Lisez-le : c’est passionnant. Et quelle vie que celle de Tannhof qui a aussi connu l’Hiver sur le front russe. A lire, à relire et à relier.

Alain Poret devenu « philosophe en herbe » grâce à Norbert Tannhof.

« de l’admiration à l’adoration – Conversation avec Norbert Tannhof» d’Alain Bandelier Edit : Editions Bénédictines – isbn 978-2-84863-082-3 / www.editionsbenedictines.com

12 réponses à “NORBERT TANNHOF”

  1. domanova dit :

    de Ghamina
    Un magnifique article lu et relu avec attention sur Monsieur Norbert TANNHOF

    qui incite à acheter le livre du Père Bandelier

    Merci

  2. Philippe Lobau dit :

    Je l’ai eu comme prof de philo dans les années 70. Par la suite, étudiant à Paris VI et surveillant d’internat à Saint Aspais, j’ai eu avec lui de longues conversations , notamment au sujet de la pensée de Nietzsche et de Heidegger. Je n’avais pas la foi, comme l’on dit, ce qui donnait à nos échanges une grande intensité et un grand intérêt, en tout cas pour moi. Son thomisme actualisé me rebutait un peu, mais il le défendait magnifiquement. Il avait un sens du discours et du dialogue peu commun, et un humour parfois très corrosif. Il reste pour moi un penseur singulier, parfois brillant, et un interlocuteur privilégié. Je suis très heureux qu’un livre, enfin, en témoigne.

  3. Philippe Lobau dit :

    Il a été mon prof de philo dans les années 70. Par la suite, étudiant à Paris VI et surveillant d’internat à Saint Aspais, j’ai eu avec lui de longues conversations au sujet de la pensée de Nietzsche et de Heidegger. Je n’avais pas la foi, comme l’on dit, ce qui donnait à nos échanges une grande intensité et un grand intérêt, en tout cas pour moi. Son thomisme actualisé me rebutait un peu, mais je devais admettre qu’il le défendait magnifiquement. Il avait un sens du discours et du dialogue remarquable, et un humour des plus corrosifs. Il reste pour moi un penseur singulier, parfois brillant, et un interlocuteur privilégié. Je suis heureux qu’un livre, enfin, en témoigne.

  4. alain menguy dit :

    Cher autre Alain, le troisième niveau était: la pose dans le nombre et nous étions ensemble en philo en 1967 à St Aspais…

    Amitiés.

  5. Bernard Lecomte dit :

    Je viens de découvrir le livre d’Alain Bandelier (qui a célébré mon mariage avec l’abbé Bezine). Je l’ai aussitôt commandé. Je me souviens de Norbert Tannhof qui a été mon professeur de philosophie en terminale scientifique à Saint Aspais en 1966 – 1968 (oui, j’ai redoublé ma terminale). Pas facile de discuter avec lui qui se situait à un autre niveau que moi, mais il m’a appris à faire de temps en temps un peu de « saine philosophie » comme il disait. Je me rappelle de certaines de ses expressions : « je vous ferai avoir votre bac malgré vous », « au bac il ne faut pas prendre le sujet bateau car tout le monde le prend et le bateau coule », « la reproduction c’est poser hors de soi, autre que soi, qui soit soi ! ». Ou plus drôle à propos « des anciens combattants qui se retranchent dans leurs tranchées ». Un très bon souvenir malgré la terreur des interrogations écrite : « vous n’avez pas de question ? C’est moi qui vais vous en poser, prenez une feuille ! »

    • domanova dit :

      Cher Monsieur,
      J’ai pris connaissance attentivement de votre commentaire, vous le décrivez tel que mon ami Alain Poret me l’a décrit; nous aurions bien besoin d’homme de cette trempe.
      Vous pouvez nous suivre sur: surleroc.org
      Bonnes Fêtes de Pâques

  6. laurens dit :

    Bonjour,

    J’ai suvi les cours de N Tannhof à Saint Aspect dans les années 70 et il m’ a poussé à faire des études de philo, en réaction à son enseignement dont je ne mesurais alors pas toute la portée.

    Pourriez-vous me faire suivre une de ses photos, que je visualise à nouveau son visage ?

    Merci d’avance.

    DL

  7. laurens dit :

    Saint-Aspais, pardon.

  8. jean-marc DELAUNAY dit :

    bon, ça rappelle de vieux souvenirs aspasiens !
    j’ai connu Tannhof, Bezine, Bandelier et Poret à St-As en 1965-1967. Toujours déconneur, j’ai pas vraiment réussi avec Tannhoff et Bézine mais ai gardé bon souvenirs d’eux avant d’être viré à la veille du bac 1967.

  9. jean-marc DELAUNAY dit :

    bon, ça rappelle de vieux souvenirs aspasiens !
    j’ai connu Tannhof, Bezine, Bandelier et Poret à St-As en 1965-1967. Toujours déconneur, j’ai pas vraiment réussi avec Tannhoff et Bézine mais ai gardé bon souvenirs d’eux avant d’être viré à la veille du bac 1967. Ensuite, carrière banale. Saluts et fraternité à tous sans savoir si ce message arrivera qque part.
    JM DELAUNAY Professeur émérite d’Histoire contemporaine à la Sorbonne Nouvelle (U. Paris 3)

    • domanova dit :

      Monsieur J’ai informé Alain Poret de votre commentaire, je crois lui avoir donné votre adresse courriel fautive, voici la sienne :poret.alain@wanadoo.fr, il souhaite vous contacter
      Bonne Journée

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