Domanova

Blog du Journal de l'Alliance

27 novembre 2012

Le Goncourt 2012 et Bossuet

Classé dans : LA TRIBUNE LITTERAIRE — domanova @ 23 h 24 min

 

Le Goncourt 2012, un roman chrétien !?

 

Rastignac

 

C’est la première fois que je lis un Goncourt ;  sans aucun doute, ce roman méritait ce prix.

Est-ce  un roman chrétien ? à mon sens, il rejoint plutôt « L’Ancien Testament » et spécialement ‘l’Ecclésiaste’, « Vanité des vanités tout est vanité », mais les dernières pages résonneraient  plutôt  de l’Espérance chrétienne avec le discours pathétique de Saint Augustin.
Toutefois, à l’ombre de la mort, lorsque Saint Augustin  « se  tourne vers le Seigneur », ce n’est pas Lui qu’il voit, mais l’image de cette jeune paroissienne   qui avait  » levé vers lui ses yeux voilés de larmes » alors  qu’il évoquait l’Espérance avec  la joie du Christ pour  aider justement  ses paroissiens à se fortifier dans l’épreuve  devant tous ces mondes, toutes ces civilisations  en train de s’effondrer.

Comment interpréter ces pleurs ? la joie de l’Espérance ou la lucidité d’une jeune femme qui a perdu la foi dans le Christ ?

Le sermon sur la chute de Rome est-ce un roman chrétien  ou le roman de la fin de notre monde, de notre civilisation ?

 

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« Madame se meurt ! Madame est morte ! »

Rastignac

De Bossuet, je ne me souvenais que cette phrase célèbre ; il m’a été alors  conseillé de lire Le Carême du Louvre[1]. Je suis donc allé vers ce livre,  avec un peu d’hésitation, mais  je n’ai pas été déçu. Si vous aimez  la rigueur dans la démonstration, si vous ne dédaignez pas la réflexion théologique, si vous aimez  la poésie, lisez ce livre

 LA POLITIQUE :

« Le Sermon sur les devoir des Rois »  nous fait prendre conscience du gouffre dans lequel notre monde politique plonge, surtout avec notre président Normal 1er…

 « Ô monarques, respectez votre pourpre ; révérez votre propre autorité, qui est un rayon de celle de Dieu ; connaissez le grand mystère de Dieu en vos personnes ; les choses célestes sont à lui seul, il partage avec vous les inférieures ; soyez donc les sujets de Dieu comme vous en êtes les images.[2] »

Vous n’appréciez pas l’analyse politique ? tant pis ; mais si le style vous a enchanté, c’est l’essentiel.)

 LA THEOLOGIE :

 La méditation sur l’émouvante plainte du Christ  en croix, « Mon Dieu, mon  Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné[3]? » est,  à la fois, émouvante et pertinente :

« C’est un prodige inouï qu’un Dieu persécute un Dieu, qu’un Dieu abandonne un Dieu; qu’un Dieu délaissé se plaigne, et qu’un Dieu délaissant soit inexorable : c’est ce qui [se] voit sur la croix. La sainte âme de mon Sauveur est remplie de la sainte horreur d’un Dieu tonnant; et comme elle se veut rejeter entre les bras de ce Dieu pour y chercher son soutien, elle voit qu’il tourne la face, qu’il la délaisse, qu’il l’abandonne, qu’il la livre tout entière en proie aux fureurs de sa justice irritée. Où sera votre secours, ô Jésus? Poussé à bout par les hommes avec la dernière violence, vous vous jetez entre les bras de votre Père ; et vous vous sentez repoussé, et vous voyez que c’est lui-même qui vous persécute, lui-même qui vous délaisse, lui-même qui vous accable par le poids intolérable de ses vengeances ! Chrétiens, quel est ce mystère? Nous avons délaissé le Dieu vivant, et il est juste qu’il nous délaisse par un sentiment de dédain, par un sentiment de colère, par un sentiment de justice : de dédain, parce que nous l’avons méprisé ; de colère, parce que nous l’avons outragé ; de justice, parce que nous avons violé [ses] lois et offensé sa justice. Créature folle et fragile, pourras-tu supporter le dédain d’un Dieu, et la colère d’un mais il s’apaise sur nous. Pendant cette guerre ouverte qu’un Dieu vengeur faisait à son Fils, le mystère de notre paix s’achevait ; on avançait pas à pas la conclusion d’un si grand traité ; « et Dieu était en Christ, dit le saint Apôtre, se réconciliant le monde’».

« Comme on voit quelquefois un grand orage: le ciel semble s’éclater et fondre tout entier sur la terre; mais en même temps on voit qu’il se décharge peu à peu, jusqu’à ce qu’il reprenne enfin sa première sérénité, calmé et apaisé, si je puis parler de la sorte, par sa propre indignation; ainsi la justice divine, éclatant sur le Fils de Dieu de toute sa force, se passe peu à peu en se déchargeant; la nue crève et se dissipe; Dieu commence à ouvrir aux enfants d’Adam cette face bénigne et riante; et, par un retour admirable qui comprend tout le mystère de notre salut, pendant qu’il délaisse son Fils innocent pour l’amour des hommes coupables, il embrasse tendrement les hommes coupables pour l’amour de son Fils innocent Dieu, et la justice d’un Dieu? Ha! tu serais accablée sous ce poids terrible. Jésus se présente pour le porter: il porte le dédain d’un Dieu, parce qu’il crie et [que] son Père ne l’écoute pas; et la colère d’un Dieu, parce qu’il prie et que son Père  ne l’exauce pas; et la justice d’un Dieu, parce qu’il souffre et que son Père ne s’apaise pas. Il ne s’apaise pas sur son Fils. »

L’analyse théologique est toujours très rigoureuse :

 

« Quoique le péché soit le plus grand mal, la mort toutefois nous répugne plus, parce qu’elle est la peine forcée de notre dépravation volontaire. Car c’est, dit saint Augustin, un ordre immuable de la justice divine que le mal que nous choisissons soit puni par un mal que nous haïssons ; de sorte que ç’a été une loi très juste, qu’étant allés au péché par notre choix, la mort nous suivît contre notre gré, et que, notre âme ayant bien voulu abandonner Dieu, par une juste punition elle ait été contrainte d’abandonner son corps : Spiritus, quia volens deseruit Deum, deserat corpus invituss ». Ainsi, en consentant au péché, nous nous sommes assujettis à la mort: parce que nous avons choisi le premier pour notre roi, l’autre est devenue notre tyran. Je veux dire qu’ayant rendu au péché une obéissance volontaire, comme à un prince légitime, nous-nous sommes contraints de gémir sous les dures lois de la mort, comme d’un violent usurpateur[4]. »

La POESIE :

Mais, depuis les plus grandes jusqu’aux plus petites, sa providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux, qui l’invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs, dont la beauté est si tôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur être, que Salomon, dans toute sa gloire, n’a rien de comparable à cet ornement. Vous, hommes, qu’il a faits à son image, qu’il a éclairés de sa connaissance, qu’il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire qu’il vous oublie[5] (…) p.117

 En fait, tout est poésie chez Bossuet et d’abord et avant tout la beauté de la langue.

CONCLUSION :

Lisez ce livre, même si vous êtes un agnostique, un athée, car   c’est de la poésie à l’état pur; n’est-ce pas l’essentiel pour ceux qui aiment la littérature ?

Le Goncourt 2012 et  Bossuet dans LA TRIBUNE LITTERAIRE pub2


[1] Ed. Folio Classique

[2] Cf. p.237

[3] Cf. p. 258

[4] Cf. p.58

[5] Cf. p. 117

LA TRIBUNE LITTERAIRE

Classé dans : LA TRIBUNE LITTERAIRE — domanova @ 21 h 46 min

« L’Eloge littéraire d’Anders Breivik »

de

RASTIGNAC

 

Je viens de lire, Eloge littéraire d’Anders Breivik ? de l’auteur Richard Millet. Ce pamphlet n’aurait jamais dû paraître ; certes l’auteur condamne l’horreur du geste, mais l’ambiguïté demeure.  Le titre, Eloge littéraire détonne. Le lecteur ne retient que le mot « Eloge ». L’éloge de quoi ? se demande le lecteur. Eloge de la littérature, éloge de ce criminel ?

 A-t-il voulu présenter ce meurtrier comme un homme désespéré et qui aurait atteint ainsi une grandeur inversée ce qui le ferait entrer dans la cohorte des « héros » maudits de la littérature ? Si tel était le cas, l’auteur aggraverait son cas.

Le  Mal écrit l’auteur a toujours à voir avec la littérature ; oui, bien sûr, mais en quoi son geste a-t-il une dimension littéraire ? Il pense peut-être au geste gratuit du personnage  Gide dans « Les caves du Vatican … » Si tel était le cas, ce serait une forme d’excuse à un geste inexcusable.  Par ailleurs, le style de l’auteur est abrupt, déplaisant ; c’est peut-être parce qu’il était très mal à l’aise dans son développement… 

L’auteur a cependant raison de rappeler que ceux qui condamnent à juste titre ce criminel odieux, ont les yeux de Chimène pour les terroristes de Gauche…

Je n’ai pas connu la guerre d’Algérie, mais parmi les intervenants de ce forum, certains étaient peut-être en âge de l’avoir connue et nombre d’entre eux ont, sans doute, cautionné, les attentas du FLN ; Rocard n’était-il pas un porteur de valises ?… 

Le pamphlet de Richard Millet aurait pu être pertinent s’il s’était contenté de montrer que l’Europe succombe sous les invasions afro-maghrébines et qu’Anders Brevik en est la victime, une « victime » condamnable, odieusement criminelle, mais une « victime ». Les vraies victimes, celles sur lesquelles il faut pleurer, sont évidemment les soixante-dix jeunes gens assassinés. Il aurait pu mettre en évidence d’une façon explicite les dangers de l’immigration et des sociétés multiculturelles toujours sources de violence ; faut-il donner des exemples ?

 D’ailleurs, Richard Millet a raison de dire que le « système » norvégien, le « politiquement correct » de chez nous, en  déclarant fou  Ander  Breivik, dissimule ainsi au peuple norvégien les dangers mortifères de l’islamisation de leur pays et de l’Europe. 

En conclusion, je dirai que ce livre est néfaste et je le rejette, car les formulations, les analyses, toutes plus ambiguës les unes que les autres, peuvent laisser supposer que Richard Millet soutient quelque peu ce criminel abject, même si, j’en suis persuadé, ce n’est pas le cas. Mais à force de se vouloir être un subtile analyste on finit par écrire un livre insensé et dangereux. Je rejoins tous ceux qui ont condamné ce livre.

 PS : Il est à noter que  Anders Breivik avait eu des appartenances avec la franc-maçonnerie ; la Presse a tout fait pour le dissimuler ; pourquoi ?…

PPS Sans aucun doute, c’est le titre qui aura choqué et révolté.

 

 

 LA TRIBUNE LITTERAIRE DE RASTIGNAC

« Soufi mon Amour » de Elif Shafah (edit.10/18)

Les musulmans soufis sont des personnes qui recherchent l’intériorisation, l’amour de Dieu, la contemplation, la sagesse. Le soufisme est organisation initiatique et ésotérique.

Souvent mis en opposition avec l’islam traditionnel par les Occidentaux et les musulmans, et bien qu’en réalité les anciennes « voies »  soufies aient fait l’intense promotion d’un enseignement très orthodoxe, le soufisme cultive volontiers le mystère, l’idée étant que Mahomet aurait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu’il aurait partagées qu’avec quelques-uns de ses compagnons.

Les chrétiens de l’Occident, en pleine errance religieuse, peuvent donc être attirés par cette approche de l’islam et ce d’autant plus qu’elle se présente comme élitiste avec un parfum de mystère ; le soufisme pour les Occidentaux serait aussi la version idéalisée de l’Islam, une religion de paix et d’amour…

A partir du roman, « Soufisme mon amour », je vais essayer de vous en dire un peu plus.

  Les chrétiens qui se sont convertis à l’islam sont passés par le soufisme ; j’invite les lecteurs à lire ce roman avec un sens critique en alerte.

Résonnances chrétiennes :

Page 159s :   Le Christ accueille avec amour le lépreux, tout comme le soufi.

Page 17 :    Le  Christ pardonne à la prostituée, le soufi aussi.

Page 177 : Ce qui est impur, c’est ce qui sort du cœur nous dit le Christ et non pas ce que l’on mange ; il n’y a donc pas d’aliments impurs ; le soufi dit la même chose.

 

Ibid. Dieu nous aime et nous pardonne lit-on dans Les Evangiles ; Dieu nous aime et nous pardonne, même si nous sommes incapables de le faire entre nous clame le soufi.

 Un chrétien naïf peut vite sauter le pas et s’imaginer en lisant les auteurs soufis que l’islam est une religion de paix également ; il pourra même la considérer comme supérieure au christianisme, car elle est la dernière des trois religions monothéistes donc la plus parfaite puis qu’elle contiendrait les ultimes révélations.

Rien de profondément original dans le soufisme :

Ne nous laissons pas impressionner par sentences soufis, car on les retrouve dans notre culture et ce, avec plus de force :

Quelle chose bizarre à dire, lui répondit Ella, à une femme qui a toujours trop pensé au passé et encore plus à l’avenir, mais qui en fin de compte, n’a jamais vraiment pris conscience de l’instant présent ! Nous dit le soufi. (p.219)

 Comparez avec cette pensée de  Pascal :

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul  qui subsiste.C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse.  Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.

 Dans cette vie, gardez-vous de tous les extrêmes (p.208) sermonne le soufi ; les Grecs, avec force et dans une langue très poétique, nous avaient mis en garde contre la démesure. Ils  nous invitaient à la tempérance et à  la modération. Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime.

  A mon sens, Les Caractères de La Bruyère  ou Les fables de La Fontaine apportent beaucoup plus que les pensées soufies qui traversent le livre.

Un dernier exemple :

  Shams, le soufi, rappelle simplement que Dieu nous a donné la musique ; Nietzsche, avec finesse et poésie, ce que l’on ne trouve pas chez le soufi, avait écrit, Sans musique la vie serait une erreur.
Crépuscule des idolesMaximes et pointes, § 33.

Mais pourquoi ai-je aimé ce roman ?

  On pourrait me poser cette question après ce que je viens d’écrire.

  J’ai aimé ce roman parce l’histoire est captivante et parfaitement racontée et aussi parce que j’ai pu explorer la poésie persane de Rümi, un très grand poète soufi :

 Ecoute le roseau et l’histoire qu’il raconte,

 Comment il chante la séparation :

 Depuis qu’ils m’ont coupé de mon lit de roseaux,

 Mes gémissements font pleurer hommes et femmes.

 Ou encore :

 Belle épousée, ne pleure pas

 Dis au revoir à ta maman, à ton papa,

 Tu entendras les oiseaux chanter demain

 Mais plus rien ne sera jamais pareil…

 J’ai aimé ce roman parce que c’est un hymne à l’amour :

Une vie sans amour ne compte pas. Ne vous demandez pas quel genre d’amour vous devriez rechercher, spirituel ou matériel, divin ou terrestre, oriental ou occidental… Les divisions ne conduisent qu’à plus de divisions. L’amour n’a pas d’étiquettes, pas de définitions. Il est ce qu’il est, pur et simple.

« L’amour est l’eau de la vie. Et un être aimé est une âme de feu !

« L’univers tourne différemment quand le feu aime l’eau. »

 J’ai aimé ce roman pour sa poésie :

 L’univers tourne, constamment, sans relâche, ainsi que la terre et la lune, mais ce n’est rien d’autre qu’un secret enraciné en nous, êtres humains, qui fait tout bouger. Le sachant, nous, les derviches, nous danserons, à travers notre vie d’amour et de cœur brisé, même si l’on ne comprend pas ce que nous faisons. Nous danserons de la même manière au milieu d’une rixe ou d’une guerre majeure. Nous danserons dans la douleur et le deuil, avec joie et exaltation, seuls ou ensemble, aussi lents et rapides que le cours de l’eau.

Comme  on le voit, on peut aimer un roman tout en dénonçant ses idées.

Mais ne vous faites pas avoir ! Le soufisme, c’est l’islam !

Certes, il y a des récurrences chrétiennes dans le soufisme, comme nous l’avons montré, mais il y a aussi des divergences et des incompatibilités :

- La personne, selon le soufisme, se dilue dans un grand Tout, alors que le christianisme magnifie la Personne.

- Le christianisme est respectable affirme les soufis, mais Le Coran, invite à tuer les polythéistes,  donc les chrétiens ! Les belles paroles ne peuvent effacer ce qui est écrit dans Le Coran, car c’est ce qui est écrit dans Le Coran qui fait autorité, même chez les soufis.

En effet, si le soufisme rejette le sens littéral du Coran, il respecte  aussi la littéralité du Coran (Cf. la conclusion en bas de page)  

Le jihad doit être compris dans son sens symbolique, la lutte contre nos mauvais penchants, nous expliquent les soufis, mais cela reste l’apanage des milieux soufi uniquement (Cf. la conclusion en bas de page), car  nombre de soufis ont servi militairement dans les monastères –forteresses qu’on nommait des ribâts.

 Conclusion :

Je vous laisse lire un extrait du petit lexique de Dominique et Marie –Thérèse Urvoy qui font autorité pour ce qui touche à l’islam : (Entrée soufisme)

« Aujourd’hui, le soufisme jouit d’un grand prestige auprès des non-musulmans qui croient voir en lui une religion purement spirituelle, débarrassée du légalisme. Aussi la majeure partie des conversions d’Occidentaux à l’islam se fait-elle par l’intermédiaire du soufisme qui donne l’illusion de pouvoir se tailler une religion à sa convenance. Mais un soufi est avant tout un Musulman : théologiquement les soufis sont le plus souvent littéralistes ; leur rôle et même leur devoir n’est pas de discuter sur Dieu, mais d’en vivre par la méditation du Coran, l’ascèse, et les états mystiques. Chez lui les strates d’interprétation symboliques se juxtaposent à la strate des obligations légales sans l’abolir. Ceux qui ont cru pouvoir se dispenser de cette dernière ont été rappelés à l’ordre et éventuellement traités en infidèles, y compris par la majorité des autres soufis. Aussi ne saurait-on admettre la formule en vogue actuellement selon laquelle « le soufisme est ‘antidote de l’islamisme ». En réalité il lui sert plutôt de cheval de Troie. (C’est moi qui souligne).

 Les mots de l’islam, Dominique et Marie (Thérèse Urvoy (Presses universitaires du Mirail).

 

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RASTIGNAC

« La Carte et le Terroir de Michel Houellebecq » 

Il s’agit d’un roman étrange et captivant. L’auteur sait raconter une histoire ; il excelle dans la narration policière et dans l’horreur. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait écrit un livre sur « Lovecraft » :

« La tête de la victime était intacte, tranchée net, posée sur un des fauteuils devant la cheminée, une petite flaque de sang s’était formée sur le velours vert-sombre ; lui faisant face sur le canapé, la tête d’un chien noir de grande taille avait elle aussi tranchée net […] Au milieu des lambeaux de viandes humaine et canine mêlées. »

Toutefois, je ne conseillerai à personne de le lire, c’est uniquement parce qu’il est désespérant ; les recherches d’avant-garde de Jed Martin, un peintre talentueux finissent par la non représentation du réel, comme un refus de la Création et de la vie :

«   L’œuvre qui occupa les dernières années de la vie de Jed Martin peut ainsi être vue — c’est l’interprétation la plus immédiate — comme une méditation nostalgique sur la fin de l’âge industriel en Europe, et plus généralement sur le caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine. Cette interprétation est cependant insuffisante à rendre compte du malaise qui nous saisit à voir ces pathétiques petites figurines de type Playmobil, perdues au milieu d’une cité futuriste abstraite et immense, cité qui elle-même s’effrite et se dissocie, puis semble peu à peu s’éparpiller dans l’immensité végétale qui s’étend à l’infini. Ce sentiment de désolation, aussi, qui s’empare de nous à mesure que les représentations des êtres humains qui avaient accompagné Jed Martin au cours de sa vie terrestre se délitent sous l’effet des intempéries, puis se décomposent et partent en lambeaux, semblant dans les dernières vidéos se faire le symbole de l’anéantissement généralisé de l’espèce humaine. Elles s’enfoncent, semblent un instant se débattre avant d’être étouffées par les couches superposées de plantes. Puis tout se calme, il n’y a plus que des herbes agitées par le vent. Le triomphe de la végétation est total. » (p.428)

Mais l’auteur qui se met en scène lui-même, c’est une des grandes étrangetés de ce roman, a certainement écrit ce livre pour tuer son double négatif, le déprimé, le désespéré ; il le dit presque explicitement dans un de ses entretiens télévisés.

Nous pouvons donc espérer qu’avec ce roman, il sera libéré de ses fantômes.

Il est à noter que le Houellebecq a tenu à faire baptiser son double négatif, celui justement qui sera tué dans d’atroces conditions.

Que doit-on en conclure ?

Houellebecq, l’auteur de La Carte et le Territoire, a-t-il voulu ainsi rejeter à jamais, ce qu’il considérerait comme faiblesse ou, au contraire, d’une façon indirecte, a-t-il voulu rappeler la nostalgie d’un sacrement qu’il ne recevra jamais ?

« Et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant.» Pascal

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A PROPOS DU FILM

« Hors-la-loi »

Rastignac

Chers amis lecteurs du Journal de l’Alliance,

    Mon ami, le Directeur du Journal de l’Alliance, m’avait proposé de rédiger un papier sur le film, Hors- la -loi. J’étais partant, mais après avoir pris connaissance de l’article paru dans le journal Présent   du vendredi 1er octobre 2010 : « Trois questions à Jean Monneret sur son livre La désinformation autour du film Hors -la –loi », il m’a semblé qu’il serait bon de passer la main à quelqu’un qui saurait mieux dire que moi.

Trois questions à Jean Monneret sur son livre La désinformation autour du film Hors -la –loi :

    Le professeur Jean Monneret, docteur en histoire, a publié de nombreux livres et de multiples articles sur la guerre d’Algérie. Il vient de sortir « La désinformation autour du film « Hors-la-loi » » à l’Atelier Fol’fer[1].

      L’auteur démontre dans cet opuscule la liberté que le scénario du film prend avec l’Histoire.

     Cette désinformation rejoint la propagande du FLN, mouvement au pouvoir en Algérie depuis l’indépendance, pour culpabiliser les Français sur leur passé. Brûlant d’actualité. – C-R.

Présent :- La première partie du film s’ouvre par l’insurrection du 8 mai 1945 à Sétif. En quoi cet épisode fait-il l’objet dans le film Hors-la-loi d’une série de falsifications ?

J. Monneret :  Le  film Hors-la-loi montre l’Armée française se livrant, à l’intérieur de la ville de Sétif, le 8 mai 1945, à un massacre aveugle contre la population musulmane. Ceci à la suite d’un défilé nationaliste faussement présenté comme pacifique. On voit même nos soldats aligner des suspects contre un mur et les fusiller dans le dos. D’autres militaires entrent dans des maisons et y tuent des civils.

     Ni les archives, ni les témoignages nombreux à cet endroit ne valident une telle vision des choses. Il ne s’est rien passé de semblable. Il y a eu d’abord des échanges de coups de feu entre la police française locale et des manifestants nationalistes armés. Ultérieurement, un petit peloton de gendarmes est intervenu aussi. A Sétif, le total des morts du côté des civils musulmans est dur à établir, mais il se compte par dizaines et non par milliers comme on l’a affirmé dans certains journaux.

     Lorsque les troupes françaises sont apparues, le calme est aussitôt revenu. Ces soldats avaient l’ordre d’intervenir « à la crosse » et de ne pas tirer sauf en légitime défense. Il s’agissait de tirailleurs algériens, musulmans à plus de 80 %. Ils n’auraient pas accepté de se livrer à un massacre contre leurs coreligionnaires. Ils ne l’ont pas fait et n’en ont jamais reçu l’ordre.

      Le film « oublie » en outre de montrer que la matinée avait débuté par l’assassinat par armes blanches et armes à feu de plusieurs Européens, avant même, on le sait aujourd’hui, le début du défilé.

Présent : — Quel est l’objectif des autorités françaises qui acceptent ce lavage de cerveau ?

J. Monneret : - Un ministre français vient de nous dire qu’il fallait cultiver la fierté d’être Français. Très bien. Pourquoi alors des institutions françaises culturelles, administratives, médiatiques et politiques ont-elles financé à hauteur de 60 % ce film hostile ?

La seule explication possible est que nos responsables acceptent de faire repentance à propos du 8 mai 1945, comme le réclame le FLN algérien. Ils évitent simplement d’utiliser le mot.

J’ai vu des panneaux publicitaires concernant Hors-la-loi sur beaucoup d’autobus parisiens. La pub est au maximum. En comparaison, le film Katyn de Wajda, dont la qualité et l’importance étaient bien supérieures, n’a eu droit qu’à une diffusion confidentielle. Il y a une volonté délibérée de donner un retentissement énorme à Hors-la-loi.

Il s’agit de culpabiliser le peuple français, de lui faire honte de son Histoire, d’éradiquer le sentiment national. Ceci est à rapprocher de la construction d’une Europe apatride et sans identité. La France est particulièrement visée, car elle est la clef de voûte de l’Europe, la nation la plus ancienne, une superpuissance culturelle.

Présent : – Quel effet peut. avoir un tel film dans nos banlieues « sensibles » ?

J. Monneret :- Il est arrivé plusieurs fois que les « jeunes » de banlieue sifflent la Marseillaise. La situation dans les banlieues « sensibles -» est celle d’une islamisation croissante. Un tel film ne peut qu’exciter le ressentiment contre le pays d’accueil et ses habitants d’origine auxquels on veut faire porter, de façon insensée, je ne sais quelle responsabilité historique et collective. Inutile de dire que l’assimilation ou la simple intégration des immigrés n’en seront guère facilitées, chose qui pourrait bien coûter un jour son poids de sang et de larmes. (Propos recueillis par Catherine Robinson)

    Je vous conseille de vous procurer le petit ouvrage de J. Monneret : «La désinformation autour du film Hors -la –loi » et de le faire connaître ; car il convient de ne pas sous-estimer le pouvoir de ce film sur les esprits.

     Gramsci l’a magistralement démontré : « Dans les sociétés développées, il n’y a pas de prise du pouvoir politique sans prise préalable du pouvoir culturel : « La prise du pouvoir ne s’effectue pas seulement par une insurrection politique qui prend en main l’Etat, mais par un long travail idéologique dans la société civile qui permet de préparer le terrain. » (Hélène Védrine, Les philosophes de l’histoire. Payot 1975)

      En conséquence, la conquête de la France par les immigrés ne passera pas par un affrontement direct, mais bien par la subversion des esprits ; ce film est donc une étape de la marche conquérante des immigrés.

       Le vrai message de « Hors-la-Loi » est dans les tirades du leader FLN qui ne s’appelle pas par hasard Abdelkader dans le film, comme symbole de la résistance à la colonisation Française : « peuple des cités, vous êtes ici chez vous. C’est votre loi qui doit être appliquée, et pas celle de la France. Avec l’aide de Dieu et la veulerie des Français, nous serons vainqueurs ! »

        Faut-il un commentaire supplétif ?

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« C’est une chose étrange à la fin que le monde »

 de

Jean d’Ormesson (Ed. Laffon)

 Rastignac

D’Ormesson est agnostique ; il espère toutefois que Dieu existe, mais semble indifférent au message de L’Évangile. Je pense toutefois qu’il est d’abord, et surtout, attaché, comme un païen, à l’enchantement de la vie terrestre.

On pourrait, bien sûr, reprocher à notre fringant académicien d’avoir magnifié le roman de la vie en enfilant, comme des perles, tous les mystères et toutes les merveilles de la science ; en effet, pour un homme brillant comme lui, c’était chose facile. Je le préfère aussi lorsqu’il cite des écrivains et surtout lorsqu’il se fait lui-même poète : 

« La vie est très gaie. Elle est brève, mais longue. Il lui arrive d’être enchanteresse (…) J’aime les mots, l’ironie, le ski au printemps, le courage, les côtes couvertes d’oliviers et de pins qui descendent vers la mer, l’admiration, l’insolence, les bistrots dans les îles, les contradictions de l’existence, travailler et ne rien faire, la vitesse et l’espérance. » (p. 17)

Les citations qu’il choisit sont toujours très belles : 

« La jeunesse est une chose charmante : elle part au commencement de la vie, couronnée de fleurs comme la flotte athénienne pour aller conquérir la Sicile et les délicieuses campagnes d’Enna (…) (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe) 

Et voici le magnifique poème d’Aragon dont le premier alexandrin sert de titre au roman de Jean d’Ormesson :

C’est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit

Ces moments de bonheur ces midis d’incendie

La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit

D’autres viennent Ils ont le cœur que j’ai moi-même

Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime

Et rêver dans le soir où s’éteignent les voix

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre

Cette peur de mourir que les gens ont chez eux

Comme si ce n’était pas assez merveilleux

Que le ciel un moment nous ait paru si tendre…

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle

Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici

N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Louis Aragon, (1897-1982)

A la fin de son livre, l’auteur se demande si son roman aura changé si peu que ce soit, ses lecteurs. Je pense que oui ; il aura rendu sensible à ses lecteurs la beauté et la poésie du monde en les encourageant à aimer encore plus cet extraordinaire roman qu’est la vie.  

PS : Bien sûr, notre académicien reste politiquement correct. Il insiste ; la vie est née en Afrique. Il semblerait croire en l’évolutionnisme, au Darwinisme (ce conte de fées pour adultes selon Jean Rostand).

Rien pourtant ne peut produire quelque chose et la thèse des caractères acquis est une affirmation sans preuve. Dans le nord de la Grèce, le professeur français Louis de Bonis a découvert un crâne directement ancêtre de l’homme, âgé de dix millions d’années, c’est-à-dire, trois fois l’âge de Lucie.

* Il serait souhaitable que le Rédacteur en chef de la publication donnât son avis sur mon affirmation quant au paganisme qui magnifierait   la vie ; le christianisme magnifie-t-il la vie lui aussi ? Je me pose la question…

Réponse du Rédacteur en chef à ce questionnement :

Mon ami Rastignac pose en fait la question de la grâce d’immensité, sans laquelle assurément, l’humanité n’eût pas survécue après la faute originelle[1].

« Tout homme vivant est la gloire de Dieu » a écrit saint Irénée ; nous le savons, il est dans la nature de l’homme de chercher à transcender sa vie, de lui trouver un sens et une fois trouvé de le réaliser en soi. Le païen n’échappe pas à cet appel…

Le païen peut évidemment magnifier la vie ; il le fait en continuant de la transmettre. Il le fait par son travail, il le fait par l’art, il le fait en priant une idole. Il ne s’agit pas ici, au sujet de l’art, de parler de beauté, ni de raffinement, ces deux concepts répondent à une phase supérieure dans un temps donné, dans le processus de la civilisation, de la culture d’une société.

Il ne s’agit pour le païen que d’exprimer son ressenti brut de coffrage… A l’exemple de la Vénus du paléolithique qui exprime son interrogation sur la vie, en honorant la fertilité qui n’est pas séparée de celui de la maternité. Le citoyen du paléolithique ne sépare pas la fertilité de la terre nourricière, de la maternité de sa compagne, pour lui c’est un même mystère, un même concept celui de la vie. Cet exemple d’art premier est d’abord l’expression d’une relation établie par la rencontre avec la création, puis la maternité de la femelle et ce souffle divin qui, s’en se rendre visible n’en est pas moins ressenti au sommet d’une conscience qui est à l’aube de son intelligence. C’est la signature des temps premiers de l’homo-sapiens.

Il est bien évident qu’il ne s’agit pas ici de beauté qui est un concept difficile à manier ; les arts premiers n’expriment pas une recherche du beau, ils témoignent de la présence mystérieuse non identifiée et qui se dissimule dans les relations empiriques de l’homme au cœur de la création.  Et toujours, il s’agit de transmettre par cet art un savoir, aussi l’objet artistique était-il chargé de magie, de génie. Ainsi, de la Vénus du paléolithique, de la Dame de Lascaux, de la Vénus de Milos, il y a la même intention à ceci près que la Vénus de Milos exprime une recherche de la beauté.

Il faudra attendre les foyers de civilisation mésopotamiens pour que s’élabore, aussi brusquement que l’art gothique, une recherche plus esthétique dans l’art qui demeure chargé de magie et de génies.

Mais c’est à l’évidence dans le sommet de la culture hellénistique que s’impose résolument la recherche du beau, recherche qui devient une alliée à l’élaboration de la philosophie, elle en est comme un autre livre…

Puis vient l’âge de la Révélation chrétienne, qui révolutionne le souffle de l’humanité. En effet, voici que le divin descend jusqu’à nous, non pour s’imposer, mais pour se proposer. La grâce vient alléger la charge de la matière, nous entrons dans l’âge de la qualité. L’art n’est plus seulement transmission des concepts, mais véritablement recherche de la beauté entant que signifiant de la grâce qui habite l’humanité sauvée.

Au risque de passer pour un fondamentaliste, j’affirme que la beauté est alors investie par la grâce de la Révélation chrétienne, et devient l’un des phares qui attirent les hommes au Christ Sauveur. La beauté est chargée d’une grâce qui rappelle que la création est ordonnée par la qualité et pour elle, que le concept de quantité (massivité) est son opposé, sa destruction impuissante…

Ce mystère qui investit l’art chrétien et toute sa culture est sa trame ; c’est le lien qui part de l’Annonciation, passe par la Transfiguration pour éclore dans la Résurrection. C’est le même lien qui part des fresques des catacombes romaines, passe par celles de Giotto, illumine la Naissance de Vénus de Botticelli, transfigure les fresques de Fra Angelico, s’impose impérial dans celle de Michelangelo di Lodovico Simoni ; c’est toujours le même qui pénètre dans la Mise en croix du Gréco. 

Il me semble donc qu’à tous les âges de l’humanité, l’homme, travaillé par l’inquiétude métaphysique, dans tous les actes bons et justes, même si ses objets d’intention étaient faux, a magnifié la vie dont il sait depuis toujours qu’il en est le dépositaire, et depuis la Révélation, qu’il en est le collaborateur actif et libre.

Mais aujourd’hui la société ne porte plus à magnifier la vie puisqu’elle s’autorise à l’éteindre dès ses premiers instants dans le sein d’une mère qui, toujours et pour l’éternité, est l’icône de la fertilité, l’icône du don de soi.

Oui, M. d’Ormesson « La chose étrange à la fin que le monde », c’est que voyez-vous, le monde qui est la manifestation la plus grossière de la vie, repose sur des absolus. Il n’y a rien de relatif dans ses fondations ; car, le relatif que vous nommez avec légèreté le « libéralisme » c’est ce qui s’efface dans le temps, la durée… Mais Monsieur, la vie repose sur l’éternité, c’est un absolu…

Ne craignez-vous qu’à votre mort, on ne soit tenté d’écrire en épitaphe : Jean d’Ormesson, l’écrivain qui rassura si bien, tant il aima se rassurer lui-même !

 (Pierre-Charles Aubrit Saint Pol)


[1] Tout être vivant est dans la pensée de Dieu ; que Dieu cesse de penser un être et à l’instant il disparaît.

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Honoré de Balzac

Rastignac 

Notre ami Rastignac nous propose trois œuvres peu connues du plus prolifique auteur de l’ère romantique française : Honoré de Balzac. S’il avait été moins pressé par la fortune, notre auteur eût marqué davantage encore son temps, car il eût œuvré à resserrer son œuvre, la rendant moins répétitive et se faisant, il serait parvenu à s’approcher de plus près de l’être de ses caractères. On retrouve chez Bernanos et chez Mauriac un peu de lui, mais avec cette notable différence qu’ils ont traversé le voile des affects pour affleurer le nœud de l’être…

Honoré de Balzac demeure toutefois, et à bien des égards, un de nos plus grands écrivains modernes ; on peut le mettre dans la filiation d’un Molière à cause de sa manière de dépeindre ses personnages.

Les œuvres retenues par Rastignac sont : « Un début dans la vie », « Une ténébreuse affaire » et « La Femme de trente ans ». La rédaction. 

Un début dans la vie 

  C’est un roman attachant ; s’il n’est pas connu, c’est dû à sa facture un peu ancienne ; en effet, « Le début » du roman peut rebuter le lecteur contemporain qui a l’habitude d’être tout de suite plongé dans l’action.

Par ailleurs,  les développements sur les moyens de transport de l’époque  sont un peu longs.

Autre obstacle, ce roman est composé de développements parcellaires, même si tout s’unifie à la fin du livre ; de plus, l’on se perd un peu dans les méandres de la chicane et du judiciaire.

Il s’agit  d’un roman  d’apprentissage, mais c’est  l’apprentissage passif  d’un garçon qui se laisse porter par la vie ; on est loin du héros volontaire, flamboyant et traînant tous les cœurs derrière soi comme l’était Eugène de Rastignac. Dans un roman, ce qui est intéressant c’est le combat lorsque la vie commence et non la vie, après le combat… or si le  « héros », d’un Début dans la vie a réussi dans la vie c’est un peu malgré lui, tout simplement parce qu’il a été  porté par des hasards heureux. On est au loin du héros combatif du Père Goriot et de sa célèbre apostrophe A nous deux maintenant, apostrophe qui annonce la comédie humaine avec ses joies, ses souffrances, ses passions ; une existence pathétique plutôt que la tranquillité, n’est-ce pas là la vraie vie ? Un début dans la vie, n’est, en définitive, que l’annonce d’une vie bourgeoise et fade ; ce n’est pas cela la vraie vie…, la vraie vie ne doit – elle rimer avec passion et combat ?

Une ténébreuse affaire 

C’est l’avis du philosophe Alain ; il s’agit d’un roman difficile, mais d’un grand roman.

Ce roman est difficile, car les  péripéties sont intiment liées à l’histoire révolutionnaire et il faut donc une solide culture historique pour l’apprécier pleinement.
J’ai donc buté sur ce roman, mais je l’ai aimé, car il souligne « la force injuste de la loi », et la puissance terrible  de ceux qui nous gouvernent, quels qu’ils soient  et qui peuvent nous écraser, voire nous ôter la vie.

Napoléon  Ier domine le roman indirectement ; même l’héroïne royaliste qui avait pourtant rêvé de le tuer  est fascinée par cette figure mythique lorsqu’elle le rencontrera.

 Je ne pense pas qu’il existe  un roman qui donne, en si peu de lignes, une image aussi fascinante de l’Empereur. L’héroïne de ce roman, commande au destin ; elle est de la trempe de Rastignac.

  Si ces deux romans sont ignorés du grand public, les  lecteurs l’auront compris, c’est parce que Balzac se réfère avec trop d’érudition à l’histoire révolutionnaire et à la chicane ; en définitive, ces deux romans ne pourraient être pleinement appréciés que par des historiens et des …notaires !

 Mais chers lecteurs, essayez de les lire  tout de même, car l’histoire vous captivera, car somme toute, les grands romans peuvent être appréciés à plusieurs niveaux.

La femme de trente ans

Voici un roman d’amour mélodramatique, bien étrange et énigmatique qui ne manquera pas de vous captiver.

La souffrance des femmes en amour est-elle plus grande que chez les hommes ? Je le pense, car elles sont éprises d’absolu ; jeunes filles, elles ont toujours rêvé au prince charmant… Les hommes, eux, sont beaucoup plus prosaïques… Rêvent-ils à libérer une jolie princesse enfermée en haut d’une tour ?…

On ne saura jamais quel était le secret d’Hélène et les linguistes s’interrogeront sur l’arrivée brutale et fugitive d’un narrateur mystérieux qui dira – JE – pour commenter le bonheur d’un couple observé derrière un orme ; est-ce Balzac ?

Au lycée, nos professeurs, férus des nouvelles méthodes d’analyse, aimaient à nous demander, lors de l’étude d’un roman, ‘Qui parle ? qui raconte’ ? (cf : «Caché par le gros orme J’admirais cette scène délicieuse et J’ en aurais sans doute respecté les mystères si JE n’avais surpris sur le visage de la petite fille rêveuse et taciturne les traces d’une pensée plus profonde que ne le comportait son âge.»(IV ‘Le doigt de Dieu’)

Il y a du mélodrame qui court à travers « La femme de trente ans » ; cette noyade dans la rivière mythique de Paris, la Bièvre, aujourd’hui dissimulée par du béton, cette petite fille mal aimée qui sera à l’origine involontaire de la noyade et qui deviendra une princesse de la mer à côté du corsaire qui, naguère, l’avait enlevée à l’amour de son père et à une mère qui, elle, n’avait jamais su l’aimer.

Contrairement à ce qui se dit, Balzac écrit bien et ses descriptions sont souvent très belles.

Voici  la réponse apportée par une spécialiste de Balzac :

    « – Le silence d’Hélène n’est pas dû à une négligence de l’auteur, mais au respect du code mélodramatique qu’il utilise à ce moment-là : il faut bien un secret terrible – et indicible- pour justifier la fuite d’Hélène et son refus d’explication quand elle retrouve son père par hasard (« Ce secret ne m’appartient pas [...] J’aurais le droit de vous l’apprendre, peut-être ne vous le dirais-je pas encore »). Elle ne sera pas plus explicite avec sa mère, elle n’a pas besoin de l’être, car le lecteur sait parfaitement pourquoi elle s’en va (rancœur vis-à-vis de sa mère et de Vandenesse, jalousie meurtrière, remords, expiation. Le mécanisme mélodramatique et les motivations psychiques (voire psychanalytiques) sont suffisamment clairs pour que l’aveu ne soit pas nécessaire. 

- La question du narrateur à la première personne qui apparaît dans la quatrième partie, « Le Doigt de Dieu », est en revanche à relier à la genèse des 6 parties du roman. Il s’agit d’un récit composé de 6 textes écrits à des moments différents et unifiés par la suite. On a dans cette page le reliquat d’un récit à la première personne alors que tous les autres sont à la troisième personne.  

La critique s’est beaucoup intéressée à cette question :

Première hypothèse, la plus facile: Balzac a relu trop vite, et, tout à son souci d’unifier le personnage de Julie (qui avait des identités différentes selon les parties), il ne s’est pas attaché à cette bizarrerie de focalisation et de voix.
Deuxième hypothèse, plus intéressante: si Balzac, relecteur perspicace dans l’ensemble, a laissé passer ce détail, c’est qu’il ne le voyait pas, parce qu’il correspondait à une scène fantasmatique (il note : « Je contemplais… je rêvais, lorsque .. » ?) Ce narrateur, voyeur, qui assiste au meurtre de l’enfant de l’amour par l’enfant du devoir, a trop à voir avec les pulsions inconscientes de l’écrivain pour que ce dernier renonce à l’émergence de ce « Je » insolite et unique. »

 

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Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

  Rastignac

   Après avoir lu Thérèse Desqueyroux , vous pourrez peut-être répondre à ces questions souvent posées par les critiques . cette femme est-elle un monstre, une nouvelle incarnation de Mme  Bovary ou une femme pervertie par un  féminisme d’avant –garde qui ne peut supporter ce qu’elle croit être la domination de l’homme ?à moins qu’elle n’ait tout simplement imaginé que pour rencontrer l’amour… l’amour avec un  grand A… l’amour  des contes de fées, il fallait oser passe sur le cadavre d’un homme ?

 François Mauriac aurait peut-être aimé que l’on appliquât à son héroïne ce mot de Jésus sur la pécheresse, Il lui sera beaucoup pardonné car elle a beaucoup aimé.

  Ce roman renvoie le lecteur à Madame Bovary, mais il  n’y retrouvera  pas la  volupté et le chatoiement  du style de Flaubert. Toutefois, l’analyse psychologique est excellente et l’histoire, assez captivante. La facture est moderne avec ces trois voix qui  s’entrelacent pour raconter le destin malheureux de Thérèse ;  celle de l’auteur, de Thérèse et  une voix off. Il y a une suite à ce roman ; je crois qu’il est bon de la  lire, car cette Thérèse  intrigue le lecteur.

   J’ai donc  lu les  suites de Thérèse   Desqueyroux : deux nouvelles, « Thérèse chez le docteur », Thérèse à l’hôtel » et un court roman « La fin de la nuit ».  « Thérèse chez le docteur. » Ce  docteur est un psychiatre, plus précisément un psychiatre psychanalyste. La psychanalyse est mise à mal ; la psychanalyse ne peut pas guérir puisque les  psychiatres, les psychanalystes, plus précisément, ne croient pas en « l’existence de l’âme  ».  Psychiatre, ça signifie médecin de l’âme et vous ne croyez pas en l’âme  s’écrie Thérèse. La psychanalyste serait matérialiste et elle ne proposerait que l’assouvissement de la sexualité, alors que Thérèse aspire à  l’infini. Thérèse  à  l’hôtel .  C’est  du grand Mauriac. Je me sens réconcilié avec cet auteur que je considérais comme un auteur de sacristie.
Les analyses sonnent justes  et parfois sont aussi très émouvantes lorsqu’elles se rapportent à l’adolescence :

Pendant le   déjeuner, j’observais le garçon qui mangeait distraitement, le regard dans le  vide. Il  n’est rien de si gracieux que cette perpétuelle absence de certains jeunes  gens, l’air d’être ailleurs, toujours obsédé par on ne sait quelle chimère. Thérèse finira-elle enfin son chemin de croix pour trouver  la sérénité et enfin l’amour auquel elle aura toujours rêvé ? La réponse sera donnée… avec  » La fin de la nuit. »

   La fin de la nuit. Il s’agit d’un court roman toujours centré sur Thérèse et sa fille enfin retrouvée. L’amour rêvé  sera-t-il au rendez-vous pour elle et sa fille ? : II faudrait que la vie avec la créature que nous aimons fût une longue sieste au soleil, un repos sans fin, une quiétude animale…cette certitude qu’un être est là, à portée de notre main, accordé, soumis, comblé ; et que pas plus que nous-mêmes il ne saurait désirer d’être ailleurs. Il faudrait à l’entour une telle torpeur que la pensée fût engourdie, afin de rendre impossible même en esprit toute trahison… »      

Thérèse Desqueyroux , Thérèse chez le docteurThérèse à l’hôtelLa fin de la nuit sont proposés au lecteur dans un seul volume ; c’est là  une excellente initiative  de l’éditeur, car  le seul Thérèse Desqueyroux   ne serait qu’un roman comme tant d’autres  alors que les deux nouvelles et le petit roman qui suit donnent une plus grande envergure à la vie de l’héroïne. Je suis d’ailleurs surpris que les critiques aient dédaigné ces œuvres.

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 LA TRIBUNE LITTÉRAIRE DE RASTIGNAC

LOUIS XVI, LE ROI BIENFAISANT 

‘Editions du Rocher’

Jean de Viguerie

L’histoire rejoint parfois l’actualité comme vous-vous en rendrez compte en lisant le livre référencé ci-dessus. 

Si le roi Louis XVI a choisi Turgot, c’est parce que l’opinion publique en disait le plus grand  bien, mais en fait cette opinion publique était celle de la secte philosophique, une secte qui vouait pourtant une haine mortelle à la monarchie, mais les Français d’aujourd’hui,  ceux qui votent  à Droite, pour certains tout au moins, ne s’apprêtaient-ils pas à élire DSK, porté également par l’opinion publique, alors que cette opinion publique, celle de  la secte des mondialistes, se situe à l’opposé de leurs choix ?  

Le parallélisme dans les comportements d’hier et d’aujourd’hui est frappant. 

En 1774, Lous XVI rappelle les anciens membres du Parlement dissous en 1771 pour rébellion. Il réinstalle donc des opposants, voire des  rebelles dans la direction de l’Etat ; le président Sarkozy n’a-t-il pas fait appel pour former son gouvernement à des opposants, à des rebelles ? 

Bien sûr, d’autres ressemblances, encore plus évidentes avec notre époque, sautent aux yeux ; la dissolution des mœurs, la crise du mariage, le matérialisme  etc.

Aujourd’hui, comme sous l’Ancien régime, la France manque de grands caractères. Louis XVI voulait n’être qu’un roi bienfaisant, ce fut-là  son erreur. En effet, la politique ne se réduit pas à la bienfaisance parce que la politique est un art qui doit se soumette à la morale, mais n’est pas la morale. 

Quant à l’utopie qui a pour un temps  séduit Louis XVI, elle est dangereuse, car elle détruit ce qui est pour affirmer ce qui n’est pas. Elle détruit donc les fondements naturels de la société et aboutit au goulag. 

Louis XVI, selon moi, aurait dû être béatifié ; mais il m’a été fait remarquer que s’il était mort en vrai chrétien, il avait hélas sanctionné la Constitution civile du Clergé qui séparait Rome de l’Eglise de France ; sa béatification ne serait donc pas justifiée1.

   En conclusion, je tiens à citer un texte  du professeur Debray-Ritzen, médecin psychiatre réputé, (Ce que je crois  chez Grasset) : 

« - La nation française, alors furieusement championne en liberté comme en égalité (ose-t-on ajouter en fraternité ?), ayant déclaré la paix au monde, accordant son secours à tous les hommes épris d’émancipation, déclencha vingt-trois ans de guerre en Europe, au nom de cette Révolution qui, « sans guillotine, écrivent les Goncourt, serait burlesque, sans le sang serait niaise ». Au lieu d’unifier l’Europe, ces guerres attisèrent les nationalités. Cent ans de conflits aboutirent aux deux conflits mondiaux qui cassèrent définitivement les reins au continent de la civilisation et accouchèrent des régimes monstrueux que l’on sait.

(L’orgue à logos a toutefois récupéré, de l’aventure, un lyrisme qui sert quotidiennement à nos politiques d’à peu près tous les poils.) » 

Historien et grand connaisseur de l’Ancien Régime, le professeur  Jean de Viguerie   est notamment l’auteur du Dictionnaire du temps des Lumières (Robert Laffont ,coll. Bouquins)

La collection  « Le Présent de l’Histoire » dans laquelle paraît « Louis XVI, le roi bienfaisant », dirigée par François Bluche, propose des ouvrages sérieux et agréables, conciliant Nouvelle histoire et Histoire de toujours. N’hésitez pas aussi à mettre ce livre dans votre valise pour le lire, cet été, à l’ombre d’un parasol.  

1La béatification de Louis XVI n’est en rien objectée par le fait que le roi ait signé la déclaration civile du clergé ; il sévère que cette béatification demeure pour le moment inopportune, mais qu’il n’y a en dehors de cela aucun empêchement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26 novembre 2012

LA FOI JUIVE – LES PROPHETES D’ISRAEL

Classé dans : Pré-Messianisme — domanova @ 17 h 08 min

 

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LA FOI JUIVE

LES PROPHETES D’ISRAEL

(PRE-MESSIANISME)

Alain Poret

 ( Vous trouverez l’ensemble des articles sur le pré-messianisme à la suite de celui qui traite des Penseurs Grecs)

Le judaïsme naît à partir de l’exil des Judéens (-586). Le mot juif fait référence aux habitants du royaume de Juda, territoire qui est appelé la Judée[1]. Les Juifs, au sens religieux du terme, remplacent les Israélites. L’Ancien Testament nous dit qu’il y eut deux royaumes : celui d’Israël, au nord, et, celui de Juda, au sud[2]. Le peuple juif se distingua des autres peuples par la croyance progressive en un Dieu unique, Yahvé, que l’on pouvait ni représenter, ni nommer. Le Tétragramme sacré de la Bible en hébreu « YHVH »  (vocalisé Yahvé) est traduit par l’Eternel[3].

Il faut signaler que le calendrier juif, qui part de la création de l’homme est fixé au 7 octobre 3761 av. J.-C[4].

Ainsi le Dieu de la Bible, Yahvé, serait devenu le Dieu exclusif du peuple hébreu[5], après la destruction du temple de Jérusalem par les Babyloniens.

Il semble que le peuple d’Israël ait eu connaissance de la monolâtrie d’Aton, en Egypte, et du zoroastrisme en Perse, même si les experts trouvent qu’on a exagéré les ressemblances entre l’Avesta et la Thora. Et si l’on assimile la figure du pharaon à celle de Moïse, le Psaume 104 de la Bible serait-il une traduction du « Grand Hymne » d’Akhenaton[6] ? En tout cas, c’est sur les rivages du Nil qu’était apparue l’idée d’immortalité de l’âme qui fut définitivement adoptée par le judaïsme.

Les Prophètes d’Israël (Isaïe, Jérémie, Daniel et Ezéchiel) parlaient au Nom de Dieu, Yahvé ; par exemple, Isaïe (740-700), dont le livre est le seul à avoir été trouvé dans son intégralité à Qumram, annonce 124 ans auparavant le retour en Israël et la reconstruction du Temple ; Jérémie (620 av. J.-C.), dont le livre est placé après celui d’Isaïe, prédit l’invasion de l’Egypte par Nabuchodonosor ; Ezéchiel (590 av. J.-C.), qui transmet ses visions de la nouvelle Jérusalem, prédit les 72 ans[7] de la captivité à Babylone, 150 ans auparavant; et Daniel (date inconnue), dont le livre se présente comme l’œuvre d’un prophète contemporain de la captivité de Babylone, annonce la venue du Messie. Enfin l’exégète Pierre Gilbert, dans le journal « La Croix », précise que « le prophète Elie, au IXè siècle, est appelé à devenir dans le judaïsme tardif et dans le Nouveau Testament, le symbole du prophétisme« . Comme l’implorera l’apôtre Paul aux Thessaloniciens (1Th, 5, 20): « Ne méprisez pas les Prophètes« . Enfin comme cela a été déjà dit : « Prêtres, Prophètes et Rois sont les trois figures inséparables de l’élection d’Israël« .

Les textes de la pensée juive le Talmud et le Zohar sont des commentaires sur l’ensemble des livres du canon juif. On considère aujourd’hui que le Code de l’Alliance et le Décalogue, qui constituent la loi d’Israël, ont été conservés tels qu’ils avaient été promulgués. Les textes de la Bible hébraïque ont d’abord été écrits en hébreu, avec quelques passages en araméen qui est la langue vernaculaire du Moyen Orient, à partir du VIè siècle av. J.-C. Et on a enseigné que Moïse était l’auteur de la Thora en hébreu. Il faut rappeler qu’en ayant découvert la Babylonie où ils partirent, les Juifs rapportent l’angéologie, la démonologie avant de retourner dans le pays d’Abraham, l’ancienne Chaldée.

Enfin, originaire d’Ur, dans le sud de la Mésopotamie (entre le Tigre et l’Euphrate, actuel Irak), Abraham (entre 1900 et 1700 av. J.-C.), est le Père du peuple hébreu, dont la vocation est universelle, deviendra l’ancêtre commun dans la foi des Juifs et des chrétiens, pour les musulmans Abraham n’a pas la consistance que lui donnent les Juifs et les Chrétiens ; c’est à ce point qu’ils écrivent son nom de telle manière qu’ils lui enlèvent toute réalité historique. La foi musulmane n’a que peu à voir avec celles des Juifs et celles des Chrétiens.

Dans le récit biblique, c’est à Hébron, en Judée, que le Patriarche prend souche dans le pays de Canaan. La cité d’Hébron en a conservé des traces, dont la plus importante est le tombeau des Patriarches. D’après cette sainte visionnaire qu’est Catherine Emmerich, lorsque Melchisédech donna sa bénédiction à Abraham, lors de l’offrande du pain et du vin, il l’institua prêtre.

 Il en reste d’ailleurs quelques citations et fragments. Enfin la France, « fille aînée de l’Eglise » par le baptême de Clovis, est l’héritière d’Israël. L’archevêque de Reims y emploie d’ailleurs « l’huile sainte », dont furent oints les rois et les prophètes, et, dont Samuel se servit pour consacrer David. Le Christ est appelé lui-même « Lion de la tribu de Juda ». Celle-ci était la figure anticipée du royaume de France. C’est pourquoi on a pu écrire: « Saint Rémy et le baptême de Reims sont pour la France ce que Moïse et le Sinaï furent pour le peuple juif« . De même l’ange protecteur d’Israël, Mickaël, sera plus tard le protecteur du royaume de France, à la faveur de la guerre de Cent-Ans.

Thora : les cinq premiers livres de la Bible dans le judaïsme qui contiennent l’essentiel de la loi mosaïque et l’ensemble de la loi juive. En grec, c’est le Pentateuque (« les cinq premiers livres »).

Talmud : mot hébreu qui signifie « enseignement ». Le Talmud désigne le recueil des traditions orales du judaïsme complété entre le VIè et le Vè siècle. On distingue le Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone, le plus complet et le plus récent. Et le Talmud est le complément de la Thora écrite[8].

Zohar: ou « Livre de la splendeur » est l’ouvrage fondamental de la littérature kabbalistique juive opérative, pratique dangereuse contraire à la Haute Tradition hébraïque.

Samuel (1040 à 1010 av. J.-C.) est présenté comme le premier prophète.

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[1] Territoire donné par Moïse au moment d’entrer en Terre Promise, c’est-à-dire, en Terre de la Promesse.

[2] Schisme dû à la succession du Roi Davis qui désigna Salomon comme héritier. Le partage en deux royaumes entraîna de graves déviances religieuses pour le royaume du Nord, car les rois du Nord ordonnèrent la construction d’un autre temple, ce qui était interdit.

[3] YHVH, sans être fausse la traduction est très imprécise ; en fait ce tétragramme signifie littéralement : « Je suis le Créateur, Je suis le Sanctificateur, Je suis le Rédempteur »  L’apport des voyelles postérieur à l’exil de Babylone est une source de confusion.

[4] L’âge de l’humanité ne dépasse pas 10 000 ans, c’est une certitude.

[5] De la foi d’Abraham à l’exil à Babylone, la foi en un Dieu unique, malgré la Révélation mosaïque, les Hébreux balancèrent toujours entre les dieux païens et le Dieu de la foi d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; il aura fallu la déportation en Babylonie pour qu’ils intègrent totalement le Dieu de l’Horeb…

[6] Cette proposition procède d’un principat idéologique issu de la théorie de l’évolution ; il semble que la foi en un Dieu unique des Hébreux est attirée l’attention des Egyptiens et qu’Akhenaton s’en soit inspiré non pas tant pour imposer un dieu unique que pour tenter d’affaiblir le pouvoir exorbitant des prêtres. Il est certain que la foi en l’immortalité soit préalablement un apport égyptien via la Tradition Adamique.

[7] Âge que donne la Tradition chrétienne donne à la Sainte Vierge Marie lors de sa dormition et de son Assomption.

[8] Seule la cabala de Babylone, qui constitue avec les deux autres, dont la dernière fut rédigée au Moyen âge, est conforme à l’enseignement de la Révélation pre-messianique ; les deux autres sont des commentaires faits pour empêcher la conversion des Juifs au Christ et constituent la base de l’antichristianisme. Ce sont les membres de la synagogue ébionite qui les rédigèrent, une secte juive très malfaisante tant pour les Chrétiens que pour les Juifs eux-mêmes.

24 novembre 2012

Les Chevaliers de l’Aube – « La main du pauvre »

Classé dans : Nos Publications — domanova @ 18 h 13 min

Les Chevaliers de l'Aube - Editeur: resitance21

vous pouvez trouver le roman dans le réseau Chapitre (ancienne Librairie Privat)

 

 

 

 

 

 

 

LES PENSEURS GRECS de Alain Poret

Classé dans : Pré-Messianisme — domanova @ 17 h 46 min

      Les penseurs grecs, abordent toujours les questions spirituelles du seul point de vue conceptuel ; d’où l’abstraction philosophique inévitable[1]. C’est en tenant compte de cette donnée que rédige cet article.

      Pythagore[2] est l’inventeur du mot « philosophie », dont l’étymologie signifie « l’amour de la sagesse ». Il établira la mystique des nombres ; il introduira le concept de la chute des âmes par l’effet du péché dans sa doctrine orphico-pythagoricienne. Les Pères de l’Eglise feront référence à son autorité ; ils reconnaîtront l’importance de sa mystique des nombres dans le dessein de Dieu.

     La cosmogonie orphique renouvellera la connaissance de la création de la vie de la même manière qu’Hésiode[3] : « Au commencement, il n’y avait que les eaux, et le limon, et de ce limon sortit le serpent« . C’est sensiblement la même explication qui se retrouve dans la Bible.

    Dans sa théogonie, Hésiode fait du Chaos, la première entité divine ; viennent ensuite Gaïa, la Terre, et Ouranos, le Ciel. C’est la construction du monde du Chaos au Cosmos[4].

    Suivant les termes de la philosophie grecque, le Jésus-Christ de Jean est caractérisé en tant que principe (arché) et verbe (logos). Les premiers engendrent les archétypes platoniciens ; le deuxième, héraclitéen, est à l’origine de la pensée humaine. Il y a une évidence pour ceux qui recherchent la Vérité d’un cœur droit, même dans l’ordre naturel, ils rejoignent la Révélation, car 800 ans plus tard, le Christ-Jésus s’affirmera comme le Principe de toute chose et leur conclusion « Je suis alpha et l’oméga… »

   Au sujet de la philosophie, (sagesse s’écrit sophia en grec), la parèdre[5] du Christos. C’est la Grèce qui développe la mantiké, c’est-à-dire la connaissance de la pensée divine[6]. Le regard grec voit le monde comme divin et le divin comme le monde.

L’athéisme[7] affiché est rare, sinon inexistant chez les Grecs d’après l’herméneutique (du grec hermeneuein, expliquer). Le terme même d’herméneutique est en théologie chrétienne, la science de la critique et de l’interprétation des textes bibliques.

    En philosophie grecque, Socrate[8] est « notre père à tous » qui enseignait sa « docte ignorance », terme, plus tard, inventé par le cardinal Nicolas de Cues. D’où la maxime socratique : « Je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien ». Socrate, par la découverte de son ignorance, révèle l’aphorisme delphique : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux« . Henri Bergson[9], philosophe juif aurait voulu se convertir au catholicisme, dira de lui : « Si raisonnable et rationnel qu’ait été Socrate, il fut ainsi un être inspiré« .

    C’est Platon[10], disciple de Socrate, qui, employa le premier le terme  de théologie. Pour le philosophe de la spiritualité grecque, la philosophie est un « acte d’amour ». D’ailleurs chez les Hellènes, il existe trois formes d’amour: Eros, la passion physique[11] ; Philae, l’amitié ; et Agapé, la charité. En effet, les vertus recommandées par les penseurs grecs (sages de l’Académie et du Portique), à savoir la force, la tempérance et la prudence sont incorporées la doctrine chrétienne en tant que vertus cardinales ; la foi, l’espérance et la charité enseignées au monde par Jésus-Christ sont les vertus théologales. C’est ainsi que « la bonne nouvelle » grecque prophétise la Révélation chrétienne, confirmant le contenu pré-messianique des traditions religieuses et philosophiques païennes.

    Le mythe de la « caverne » de Platon est comparable aux paraboles de l’Evangile. Et ce qu’on appelait le « syncrétisme platonicien » est déjà l’idée soutenue par saint Augustin d’une révélation primordiale de Dieu aux hommes[12].

    Du « tombeau de l’âme » avec Platon, l’homme est devenu le « temple de l’esprit » avec saint Paul. Et l’« Anima Mundi » (Ame du Monde) de Platon a un air de famille avec la Psyché de saint Paul. Dans la mythologie grecque Psyché est la personnification de l’âme humaine. En grec, l’âme pneuma désigne le souffle vital. Enfin pour Platon, la mort Thanatos est présentée comme le frère jumeau du sommeil Hypnos. C’est Origène[13] qui tenta d’unir la philosophie platonicienne à la religion chrétienne. Enfin, pour Aristote[14], Dieu transcendant est envisagé comme raison suprême.

    Tous les dogmes chrétiens ont été formulés en grec, dans des conciles grecs. On officia en grec, jusqu’à la fin du cinquième siècle. Et les premiers Pères de l’Eglise étaient grecs. Le monogramme du Xrist est composé de deux lettres grecques: Khi et . De son passé grec, la liturgie catholique a conservé les trois Kyrie Eleison et les trois Kriste Eleison du début de la messe[15]. L’Evangile de Jean insiste d’ailleurs sur le Logos. Rappelons que Jean l’évangéliste devint le premier évêque d’Ephèse, principal centre d’Ionie, foyer spirituel de la Grèce. N’est-ce pas enfin Henri Bergson qui écrivait: « Le christianisme est chargé de philosophie grecque« . Et qui connaît aujourd’hui l’abbé Lacuria, surnommé le « Pythagore français » ?

LES STOICIENS LATINS

    Le stoïcisme, originaire d’Athènes, atteindra sa maturité dans la Rome impériale avec Sénèque[16], Epictète[17] et Marc Aurèle[18], aux deux premiers siècles de notre ère. A la suite de l’hellénisme philosophique, le monde reste divin pour les stoïciens. Ce sont eux qui donnent au corps divin, le nom de pneuma. Le stoïcisme est d’ailleurs une philosophie panthéiste et le monde un être vivant qui est en même temps divin.

    La vertu du sage stoïcien est d’accepter son destin d’homme: « Mon Dieu, donnez-moi le courage de changer ce qui doit l’être, la sérénité d’accepter aussi ce qui doit l’être et la sagesse de distinguer l’un de l’autre » (Marc Aurèle). C’est ainsi vivre son destin en conformité avec la nature et l’ordre du monde. Avant les chrétiens, l’école stoïque croyait à l’enfer, au paradis, au purgatoire et à la résurrection des corps. Les règles de vie stoïciennes gréco-latines ont souvent été adaptées au monachisme chrétien. Il y eut même de nombreuses adaptations chrétiennes du Manuel d’Epictète. Et Sénèque reste une référence pour les cisterciens. Ainsi les stoïciens parlaient de la « philosophie théologique », à propos des réflexions sur la divinité : ce sont eux qui sont les « champions de l’allégorie ».

    C’est le stoïcisme qui jeta les bases conceptuelles de la Personne chez l’homme et la femme ; concept que les théologiens incorporeront dans leur développement. Cette découverte est le bien le plus précieux que l’antiquité païenne nous ait légué ; c’est un engagement moral et spirituel que de le défendre contre toutes les atteintes dont l’homme est l’objet dans le domaine idéologique et religieux comme l’islam.

 


[1] Les Grecs n’avaient pas encore reçu la Révélation, mais pourtant, malgré l’imbroglio de leur panthéon, compliqué par les incroyables aventures des dieux et demi-dieux, certains comme Socrate, Platon, Aristote etc. pressentiront le Dieu Unique, Socrate est le seul qui lui donnera sa foi…

[2] A part son théorème, qui sert de base à la géométrie, sa philosophie demeure par sa science des « nombres sacrés ».  Il enseignait la mystique du nombre, à caractère métaphysique. Pythagore part du nombre, racine des proportions et de l’harmonie en important sans doute les mathématiques d’Egypte en Grèce qui ont leurs causes dans la civilisation mésopotamienne. Enfin, il enseignait également  la transmigration des âmes, selon Pythagore, cette croyance proviendrait de la doctrine de l’Egypte et de l’Inde. Et la destinée de l’âme est d’échapper à la « roue des naissances » (métempsychose) – théorie bouddhique reprise par les brahmanistes. Pythagore serait né en 568 et mort en 495 av. J.C. Il fut considéré aussi comme un thaumaturge. Plus tardivement, certains néo-pythagoriciens en feront une sorte de demi-dieu.

[3] Hésiode (VIIIè siècle av. J.-C.), poète grec, est l’auteur de la Théogonie, ainsi que des « Travaux et les Jours ». Il est né à Ascra en Béotie.

[4] Cette cosmogonie a beaucoup à voir avec la Tradition Adamique relatée dans le livre de la Genèse, Révélation hébraïque. Il y a là l’influence de la Mésopotamie via l’Egypte. On ne peut exclure que cette cosmogonie ne s’appuie sur la mythologie la plus ancienne de l’hellénisme. Dans cet ordre, sa théologie rejoint le livre de la Genèse, elle confirme que la matière a précédé la lumière, ce que vient de découvrir les chercheurs du CERN.

[5] A ceci près, que le Christ s’identifie à la Sagesse, il est la Sagesse : ce que les Grecs païens ne pouvaient concevoir.

[6] Quel émerveillement ! Dieu, l’Esprit Saint, était l’inspirateur de l’éveil à la philosophie chez nos pères grecs.

[7] Le courant athéiste, effectivement très rare, émerge dans les penseurs atomistes tels Leucippe et Démocrite.

[8]Socrate (470-399 av. J.-C.) n’a pas écrit une ligne ! On ne le connaît que par ses épigones. Fils d’une sage-femme ;  la méthode d’interrogation de Socrate place chacun en face de lui-même. Et sa maïeutique est « l’art d’accoucher les esprits » comme une sage-femme le fait avec des corps. C’est faire comprendre à autrui des connaissances dont il est « gros » et non de lui faire savoir ce qu’on sait. Citoyen exemplaire, Socrate se prétendait comme l’homme le moins savant et le moins sage. Il eut pour adversaires les sophistes d’Athènes, ceux qui croyaient non seulement tout savoir mais aussi croyaient au savoir. Enfin pour Socrate, on ne doit pas répondre à une injustice par une autre injustice.

[9] « Mes réflexions m’ont amené de plus en plus près du catholicisme où je vois l’achèvement complet du judaïsme. Je me serais converti si je n’avais vu se préparer depuis des années […] la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain des persécutés. Mais j’espère qu’un prêtre catholique voudra bien, si le Cardinal archevêque l’y autorise, venir dire des prières à mes obsèques. » Bergson, 1859-1941, philosophe français.

[10] Platon (v.427-348/347 av. J.-C.) se forma à l’art de la dialectique auprès de Socrate, ce « penseur des rues » devenu son maître. Platon fonda l’Académie à Athènes et forma entre autres Aristote. Il invente le mythe de la caverne, cette allégorie où les prisonniers enchaînés n’aperçoivent que des ombres projetées défilant sur le mur. C’est Platon qui a créé la théorie des contraires (ante-mortem, post-mortem) confirmée par celle de la réminiscence où « apprendre est se souvenir ». Puis avec sa théorie des Idées, les archétypes platoniciens seront repris par le psychiatre chrétien Carl-Gustav Jung. Enfin il laisse une trentaine de dialogues, « legs majeur de la philosophie occidentale ». Il eut une influence considérable pour l’introduction de la Révélation chrétienne dans la philosophie ; saint Justin de Naplouse, martyr sous Marc Aurèle en 168, fut le premier néo-platonicien chrétien, il rédigea un dialogue et deux apologies.

[11] Ils l’appelaient également « la petite mort… »

[12] Ce qui n’est plus discutable ; la révélation primordiale est intégrée à la plus Haute Tradition chrétienne. Mais le syncrétisme ici n’a rien avoir avec la conception laïciste de notre époque qui consiste à considérer toutes les religions équivalentes ce qui constitue en soi un blasphème.

[13] Origène 185-253, fut un théologien chrétien, palestinien, néo-platonicien, il mourut excommunié pour ses propositions sur la réincarnation.

[14] Aristote, philosophe majeur, 384-322 Av. J.C., il fut percepteur d’Alexandre le Grand ; il fut critique de son maître Platon et finit par fonder le Lycée en opposition à l’académie de Platon.

[15] Cette tradition est remise en question ; en effet, il semble que la langue vernaculaire qui servit à l’évangélisation et peut-être à la rédaction des premiers textes théologiques soit l’Araméen qui fut parlée et écrite jusqu’au 6e siècle après J.C., de Lisbonne jusqu’à Shanghai, selon les travaux de Pierre Perrier. Il semble que certains textes liturgiques en langue grecque aient été rédigés antérieurement en Araméen. Il en est de même pour tous les quatre Evangiles, ils furent écrits d’abord en araméen et en suite traduits en  grec. La langue arabe est à l’origine un dialecte dérivé de l’araméen et, aujourd’hui, la grande peur des islamistes est de voir les textes coraniques revisités à la lumière de cette langue dans laquelle ils furent originalement écrits ; car si les textes officiels du canon  musulman devaient être traduits selon la langue d’origine, l’imposture se révélerait au grand jour.

[16]Sénèque, (4 av. J.-C.- 65 apr. J.-C.) né à peu près avec l’ère chrétienne, ce citoyen du monde né à Cordoue, voyageur en Egypte, exilé en Corse, n’est pas de ceux qui ne connaissent que l’auxiliaire « avoir »; il dénonce le culte des choses, la course aux objets et le vertige de la possession. Pour lui, il faut se faire avant tout « apothicaire de l’âme ». La philosophie doit apprendre à vivre, titre d’un de ses ouvrages. « Enseigner à bien vivre, à bien mourir, à supporter courageusement l’inéluctable, c’est tout ce qui compte ». Il est l’auteur de « La Providence » et de « La brièveté  de la vie ».

[17]Epictète (v.50-v.125) philosophe grec, un de principaux représentants du stoïcisme latin. Ses « Entretiens » et son « Manuel » contribuent à la compréhension ultérieure du stoïcisme.

[18] Marc-Aurèle (121-180), empereur romain qui a laissé des Pensées en grec où s’exprime son adhésion au stoïcisme. Mais il combattit le christianisme en interdisant par exemple l’enseignement dans les écoles.

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 DU PRE-MESSIANISME 

Préface

de

Pierre-Charles Aubrit Saint Pol

 

Le sujet que mon ami Alain Poret aborde est particulièrement délicat en une époque où les dictatures des pensées sont diverses, accrochées à des troncs pourris qui toutes sont les rejetons polluant de l’errance occamienne avec ses avatars aussi néfastes que l’hérésie de la Réforme, le Siècle des Lumières et sa tragique « culture révolutionnaire générant le torrent des idéologies toutes dangereuses, génocidaires et singulièrement aliénantes pour l’homme».

A ce constat viennent s’accrocher, en métastases, les courants néo-gnostiques et autre New-Age. Le sujet concerne un aspect du monde religieux et spirituel peu connu et traité souvent avec beaucoup d’imprudence et rarement avec rigueur et c’est un sujet vendeur.

 

Le feu cardinal Daniélou, spécialiste des patristiques, avait eu l’intuition de ce qu’il appelait à tort « un pré-christianisme », terme mal approprié, car il s’inscrit dans la sémantique des idéologies évolutionnistes. Il présentait que dans les œuvres des auteurs de l’antiquité païenne, que dans les religions pré-chrétiennes, dans les cultures même orales se dissimulaient, outre les bribes de la Tradition Primordiale, des inspirations du Saint-Esprit préparant toutes les cultures à recevoir l’Annonce de l’Evangile et de la Rédemption. Nous avons donc, d’un commun accord, décidé d’user du terme suivant « pré-messianisme » qui est dépourvu et protégé de toute interférence idéologique.

Le lecteur doit abandonner toute aspiration à découvrir je ne sais quel enseignement mystérieux, gonflé d’une supposée recette magique ou d’une connaissance secrète. Il s’agit d’une réflexion scientifique qui d’emblée se met dans la lumière de l’autorité du Magistère catholique et dans celle des plus hautes traditions hébraïque et chrétienne.

En fait, la démarche d’Alain Poret, sans qu’il en ait réalisé la portée ou qu’il l’a voulue, s’inscrit dans la filiation des Pères conciliaires au sujet des religions non-chrétiennes et de leur tentative de réorienter la pastorale dans l’optique de la théologie de l’alliance ; Alliance dans laquelle Dieu propose à tout homme de s’engager.

 

 

DU PRE-MESSIANISME

Par Alain Poret

AVANT-PROPOS

 

Le sujet est tellement vaste à traiter qu’il risque la dispersion entraînant des erreurs et des omissions. C’est pourquoi nous perdrons en étendue pour tenter de survoler certains espaces géographiques en plongeant dans leur histoire spirituelle. Nous essayerons donc de faire percevoir chacun des courants cultuels sans pour autant les réduire dans un syncrétisme qui mélangerait les divers foyers culturels. Enfin, les questions d’origine et de généalogie peuvent être approximativement circonscrites dans le temps.

INTRODUCTION GENERALE

 

Rien ne remplace la tradition ancestrale pour remonter à rebours la voie des dieux sur Terre. On est saisi de vertige en remontant le temps. Dès l’origine, tout nous vient des étoiles où se lève le soleil à minuit. Et « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière » (Ed. Rostand). L’homme vit pour la première fois son ombre en faisant face à l’astre du jour les bras en croix.  Puis l’orant tendra vers le ciel ses deux paumes, dira Virgile. C’est ainsi que les premiers chrétiens se tournèrent vers le Soleil-Levant[1] pour prier.

Les hommes tâtonnèrent dans l’obscurité où lui apparurent sa misère et sa petitesse ; et les ténèbres morales et les brumes spirituelles formèrent de chaque ombre une divinité fantomatique.

 

Le paganisme qui est le résultat de l’éloignement physique du centre géographique de la révélation primordiale, de son effacement mémoriel conçoit un clair-obscur. L’homme cherche le repos de son éternel tourment. Mais où le situer ? Et en quel lieu ? La réponse est : « l’Esprit souffle où il veut et quand il veut ». 

Certes, les anciens ne faisaient pas de théologie : ils n’avaient pas de dogme, mais des rites. Et l’évènement historique, après le déluge noétique, est l’éveil de l’homme à la conscience spirituelle. Dans l’histoire de l’Homo Sapiens comment l’image du Dieu incarné a-t-elle pris forme[2] ? Et comment l’homme est-il devenu « prêtre à l’autel » ?

A l’origine se trouve la Terre, épouse du Ciel. La Terre a besoin du Ciel, l’homme a besoin de sa Mère. « Le Saint Ciel est ivre de pénétrer le corps de la Terre » rappelait Eschyle. Le Ciel est donc l’archétype qui en découle, le culte solaire en dérive[3]. Par la suite, les églises seront orientées vers l’Orient ; l’ostensoir sera un soleil ; le dimanche (sunday en anglais) sera le jour consacré à Notre Seigneur[4]. D’ailleurs le Christ n’est-il pas la « lumière » ? selon l’évangile de Jean. De même en l’honneur de sa Mère n’a-t-on pas dit: « Tu es l’aurore d’un jour, dont ton Fils est le soleil » ? Enfin, la prière la plus populaire du monde est « Notre Père qui est aux Cieux… » La sagesse contemplative pourrait se résumer ainsi :  » Dieu, notre Père, nous t’offrons et te consacrons notre Mère, la Terre ».

 

Dans les pays d’Occident, le Christianisme représente la seule tradition spirituelle orthodoxe[5] encore vivante. Et cette orthodoxie trouve son expression légitime dans l’Eglise Catholique Romaine qui en est le réceptacle. Or, les fondations traditionnelles du Christianisme apparaissent dans une filiation spirituelle, dont il est issu, rappelons-le, non pas « ex nihilo », mais « ex divino ». C’est ce qu’on appelle la Tradition Primordiale[6] « du latin tradere, transmettre et de primordium, commencement ». Et celle-ci n’est pas une momie exhumée du passé, mais un message qui nous vient du fond des âges. Elle donne tout son sens aux symboles, aux rites, à la liturgie et aux dogmes auxquels se réfère l’orthodoxie chrétienne. Enfin, la tradition orale qui a précédé les textes scripturaires est le sang vivifiant de  l’Ecriture qui forme le corps. Ainsi restaurée dans son passé, la Tradition fait découvrir le symbolisme religieux de l’humanité. Pourquoi un chrétien ne serait-il pas informé du symbolisme des religions précédentes qui contiennent toutes une inspiration pré-messianique[7]?

 

Tout peut commencer par le schéma du « cycle de l’humanité adamique » selon la tradition biblique :

 

« Depuis la création du monde, quand Dieu au commencement tira du néant le ciel et la terre, l’an cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf ; depuis le déluge, l’an deux mille neuf cent cinquante-sept ; depuis la naissance d’Abraham, l’an deux mille quinze ; depuis Moïse et la sortie du peuple d’Israël de la terre d’Égypte, l’an quinze cent dix ;depuis le sacre du roi David, l’an mille trente-deux ;dans la soixante-cinquième des semaines d’années prédites par le prophète Daniel ;dans la cent quatre-vingt-quatorzième olympiade ; dans la sept cent cinquante-deuxième année de la fondation de Rome et la quarante-deuxième année de l’empire d’Octavien Auguste ; tout l’univers reposant dans la paix ; au sixième âge du monde, Jésus-Christ, Dieu éternel, et Fils du Père éternel, voulant sanctifier le monde par son miséricordieux avènement, ayant été conçu du Saint Esprit, et neuf mois s’étant écoulés depuis sa conception, naît à Bethléem de Juda, fait homme de la Vierge Marie : La Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ selon la chair.[8] »

Avant d’aborder le pré-messianisme, on peut remarquer que la spiritualité qu’elle soit chinoise, hindouiste, africaine et chamaniste a d’abord occupé l’espace géographique et le temps historique.

Dans « Le Génie du Christianisme », Chateaubriand rappelle « les lois du second Zoroastre, les lois indiennes, les lois égyptiennes, les lois primitives de Rome, les lois des Gaules et des druides, les lois grecques et les lois d’Israël sont les lois de tous les peuples, de tous les climats, de tous les temps ». Il est d’ailleurs possible de rapprocher le chamanisme sibérien étendu jusqu’en Amérique latine, les ascètes de l’Inde, les sages itinérants de la Chine, la culture égyptienne, la foi juive, la mystique celto-druidique, les penseurs grecs et les stoïciens latins. Nul ne peut en effet ignorer que le pré-messianisme semble contenu tout à la fois par les cultures chinoise (sage), hindoue (ascétique), égyptienne (culturel), celte (mystique), juive[9] (croyant), grecque (philosophique) avant d’être romaine (évangélisateur). En voici le fil conducteur selon le plan suivant :

 

1)  Peuples premiers animistes, Chamanisme, Néolithique (-7500 ans[10]), Mégalithisme (-4800 ans)

 

2)  Culture égyptienne : Egypte pharaonique (-3150-2700 ans). Livre des Morts (vers -2000-1500 ans)

 

3)  Ascètes de l’Inde: l’Inde védique et l’hindouisme (-2000 ans)

 

4) Sages itinérants de la Chine: le Tao (IV è siècle av. J.-C.)

5) Penseurs grecs et stoïciens latins: sanctuaire de Delphes (vers -2000 ans). Mystères d’Eleusis (vers -1400 ans)

 

6) Foi juive: le judaïsme et les Prophètes d’Israël (vers -800-600 ans)

 

7) Mystique celto-druidique (-52 ans)

 

8) Conclusion


[1] Le Soleil-Levant est l’une des figures anthropomorphiques du Messie, Jésus-Christ.

[2] Il importe de rappelait ici que c’est le péché originel qui est la cause de l’effacement temporel en l’âme de la mémoire de Dieu. En effet, l’âme créée contemple Dieu, mais dès l’animation immédiatement, après la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde, à cause du péché originel, elle en perd le souvenir.

[3] Le culte solaire est sans doute ce qui se rapproche le plus du souvenir mémoriel d’un Dieu unique, comme le démontre dans ses visions Catherine Emmerich.

[4] Cette symbolique universelle, incorporée à l’ésotérisme chrétien, rappelle le retour du Christ, le Fils de l’Homme venant sur la nuée.

[5] Cet adjectif qualifie les Eglises chrétiennes qui adhérent à l’intégralité de la Révélation : être orthodoxe, c’est être adhérent à la totalité de la Révélation. Il faut également préciser que seules les Eglises instituées sacramentellement, malgré leur éloignement d’avec l’Eglise qui est à Rome, recèlent les plus hautes et honorables traditions.

[6] La Tradition Primordiale – c’est-à-dire adamique – est considérée, selon les Pères de l’Eglise, comme recélant en puissance toute la Révélation comprenant le retour du Christ. C’est sur elle que l’humanité du second âge (post-adamique) va s’appuyer pour renouveler sa vie religieuse, sa vie spirituelle. Elle sera malheureusement très altérée par suite de la confusion des langues et ce qui entraînera la dispersion de l’humanité.

[7] Cette connaissance peut être un point culturel sérieux pour l’évangélisation ou tout au moins pour une meilleure compréhension de chacun avec un respect dynamique.

[8] Martyrologe Romain (texte liturgique). Il existe d’autres traditions quant aux schémas des âges de l’humanité ; mais ces traditions témoignent en fait, de la corruption adamique ou primordiale. Toutefois, elles ne sont pas inintéressantes, car elles contiennent des bribes de la Tradition Adamique :

«Tout peut commencer par le schéma du « cycle de l’humanité adamique » selon les traditions égyptienne, hindouiste, grecque et biblique. Celle-ci est caractérisée par les quatre âges suivants: l’Age d’Or (25 920 ans) du Paradis terrestre avant l’involution dans la Chute; l’Age d’Argent (19 440 ans) de la protohistoire; et l’Age d’Airain (12 960 ans) finissant par le Déluge de Noé et le début de l’écriture. Et le symbolisme astrologique religieux s’articule ainsi avec l’astronomie de la précession des équinoxes qui fut connue avant Hipparque, auquel on attribue la découverte. Dans l’ère du Taureau, le symbolisme est propre aux religions d’Egypte (Taureau), de Grèce (Minotaure), de Chaldée et d’Assyrie (de 4320 à 2160 avant notre ère). Puis, dans l’ère du Bélier (Abraham), Yahvé chez les Hébreux correspondait à Mars, un « dieu vengeur et jaloux ». C’est la religion mosaïque de 2160 ans avant notre ère jusqu’à la naissance du Christianisme avant l’ère des Poissons (Ichtus, symbole de reconnaissance chez les chrétiens), dont la fin se situe 2160 ans après notre ère. Pour l’hindouisme, il y a un déplacement de quatre Yuga, c’est-à-dire les quatre âges d’or, d’argent, de cuivre et de fer qui procèdent du cycle de base, celui de la précession astronomique des équinoxes de 25 920 ans (nombre archétype qui est aussi celui de la Grande Année Platonicienne) se répartissant en 3/4, en 1/2 et en 1/4. La tradition grecque d’Hésiode et latine de Virgile parlent en effet de l’Age d’or qui manifeste le soleil, puis l’Age d’Argent qui manifeste la Lune, ensuite l’Age de Bronze qui manifeste Vénus, et, enfin l’Age de Fer qui manifeste Saturne (celui que les Hindous appellent Kali Yuga, l’âge de la déesse noire Kali).selon les études de Jean Phaure.(Le cycle de l’Humanité Adamique, edit. Dervy-livres)

J. Phaure s’est toutefois trompé, car la tradition biblique dénombre six âges pour l’humanité sur terre, le septième  âge  est le repos des saints au Ciel selon le Pseudo-Eucher dans son commentaire sur la Genèse (I.I P.L, 50,903-904) : « Dieu acheva son œuvre en six jours, et le septième jour, il se reposa. Le genre humain progresse en ce siècle en six âges, d’Adam à Noé, de Noé à Abraham, d’Abraham à David, de David à la captivité de Babylone, de celle-ci à l’humble avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, enfin, de cet avènement à la fin du monde – jusqu’à ce que le Très Haut vienne pour le juger. Le septième jour qui n’aura pas de soir, sera le repos des saints. »

[9] La culture juive sort de l’ensemble des cultures et religions antiques, car là, nous devons bien comprendre, qu’il s’agit de l’A.T. et qu’il contient la Révélation non-accomplie, révélation hébraïque ; elle sera accomplie par le Christ-Jésus le N.T. Mais il semble évident également que la Révélation hébraïque s’incarne dans une communauté d’hommes et de femmes subissant les cultures environnantes ; il semble bien que le peuple hébreux, peuple culturellement nomade ait davantage absorbé les cultures environnementales que d’en avoir créée une originalement propre à lui-même.  En effet, le rayonnement « culturel » juif est essentiellement un rayonnement religieux, la preuve en est que la seule œuvre culturelle et artistique qui aura traversés les siècles sont les livres qui constituent et composent l’Ancien Testament du moins jusqu’à la destruction du second Temple.

[10] Il faut être très prudent quant à la datation du début de l’humanité qui commence avec Adam et Eve ; selon les traditions les plus élevées et sûres, l’âge de l’humanité se situe en dessous de dix mille ans, plutôt vers six mille ans (Cf. calendrier hébreux)

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DU PRE-MESSIANISME

Alain Poret

Chapitre 1er

Une approche « mystico-magique »

chez

les peuples primitifs

Les peuples primitifs1 ont un embryon d’approche « mystico-magique », voire même panthéiste en divinisant la nature et c’est par eux que commence l’évolution religieuse. Elle peut être représentée par cette « force mystique présente partout2« , selon Georges Dumézil3, qui explique ainsi : « Des plus sauvages aux plus raisonnées, les religions ne sont que les mises en œuvre de mana ». Ce mot d’origine mélanésienne est ainsi définie par Mircea Eliade4: « force mystérieuse et active que posséderaient certains individus et généralement les âmes des morts et tous les esprits »5.

Les plus anciennes religions du monde sont celles des chamanes animistes de Sibérie et d’Asie, les « medecine men » d’Amérique du Nord et du Sud et des sages aborigènes d’Australie6. L’animisme7, cette croyance en l’anima, est la religion la plus ancienne, la plus répandue sur la surface de la Terre, en dehors d’un petit groupe de tribus nomades qui conservaient, à l’exemple de son illustre patriarche, Noé, la tradition adamique.

Le chamanisme était également la religion animiste des « peuples chasseurs » du Paléolithique. En effet, l’expérience d’une pensée religieuse au Paléolithique Supérieur8 est quasiment démontrée, même si son contenu nous échappe encore. De plus, l’art paléolithique abonde de signes géométriques.

Les hommes du Néolithique ont continué à s’adresser aux esprits de la nature selon l’exemple de leurs ancêtres du Paléolithique supérieur.

Nos lointains ascendants invoquaient les esprits des disparus élaborant déjà le culte des ancêtres avec des rites.

En entretenant « commerce » avec les morts, on y voit la possibilité de communication avec l’au-delà9. Les premières traces du sentiment religieux10 apparaissent avec les rituels de la mort. Le passage des esprits aux divinités s’est construit au Néolithique (-6500 ans) comme en témoignent les peintures rupestres et les sépultures d’après l’archéologue Jacques Cauvin11.

L’élaboration de symboles peut indiquer une aptitude à la spiritualité ou à la conceptualisation de son environnement où certes, les dieux ont leur place12.

Au début du Néolithique, les représentations féminines dominent, elles seront suivies par la fabrication de statuettes féminines représentant une déesse mère, « figure cosmogonique créatrice du monde ». C’est le culte de la fécondité.

En effet, les sociétés néolithiques adoraient la Terra Mater qu’ils considéraient comme la « génitrice universelle ». Elle était considérée comme la manifestation la plus ancienne du concept de la divinité partout dans le monde, entre le cinquième et le troisième millénaire avant l’ère chrétienne. L’humanité la considérait comme le don sacré reçu de la terre mère nourricière. L’antique dévotion d’une Terre Mère tellurique est le leitmotiv de la mythologie universelle.

La Terre est non seulement le symbole de la maternité, mais aussi le corps de la mère primordiale. Tous les peuples primitifs ont une tradition matriarcale. La transmission orale des traditions, ainsi que l’adoration rendue à la Terre Mère, illustrent cette primauté. A l’époque du Néolithique, le matriarcat était le corollaire d’un culte universel : celui de la Grande Déesse Mère. Et les femmes exerçaient alors la fonction sacerdotale comme prêtresses au foyer13.

A l’époque du mégalithisme14 (mega: grand et lithe: pierre) témoignant d’un gigantesque balisage, les Anciens nommaient « vouivre » les courants magnétiques. On les associait jadis au serpent issu de la Terre Mère. La géobiologie considérait alors notre planète comme un être vivant. Avec les rochers on parle de système osseux, avec l’hydraulique de système sanguin et avec le courant de système nerveux.

On peut donc s’interroger sur les croyances de ces bâtisseurs menant à bien de telles constructions qui représentent encore 50 000 monuments mégalithiques dénombrés de nos jours. Selon le professeur Glyn Daniel, il devait y en avoir autrefois plus de 400 000 en Europe occidentale15. On sait désormais que toutes ces pierres levées, menhirs, dolmens, cromlechs, tumulus et allées couvertes étaient édifiées selon des proportions sacrées et en relation avec le soleil (éclipses), ainsi qu’avec le calendrier (levers et couchers aux solstices et aux équinoxes). Et cette connaissance du calendrier révèle des siècles d’observation et de calcul. Par exemples, Kermario (Ker Mario, la « cité des morts ») est orienté sur le lever solaire au solstice d’été (soit sur l’azimut de 54°, le 21 juin). A Crucuno, un quadrilatère de 22 menhirs a ses côtés orientés aux quatre points cardinaux et ses diagonales aux solstices d’hiver et d’été. Il faut mentionner que, recouverts de terre, les tumulus ne pouvaient servir d’autels. On peut donc reléguer les sacrifices pratiqués sur les tables de dolmens parmi les calomnies mensongères font remarquer unanimement les spécialistes16. Enfin le culte funéraire de l’ère mégalithique, qui va durer plus de 2500 ans, se soucie déjà de l’après-vie. Ainsi le besoin de croire fut à l’origine de la néolithisation17 : nous aurions donc bâti des temples avant des villes !

Les monuments mégalithiques sont toujours en relation avec le culte stellaire; ils sont orientés au levant. Selon le professeur écossais Alexander Thom18, Carnac servait d’observateur astronomique. C’est pourquoi ces religions ont une orientation astronomique, de même qu’elles ont pour origine le zodiaque. A ses débuts, l’astrologie se mêlait étroitement à l’astronomie.19 Les prêtres étaient d’ailleurs des astronomes. D’où le symbolisme astrologique qui s’articule en concomitance avec la précession des équinoxes et celui de la Vierge en rapport avec la constellation zodiacale (1800 ans avant notre ère). Comme quoi la Madone des chrétiens n’est pas sans rapport avec l’astronomie20.

Finalement qu’elles qu’aient été les croyances et les motifs du « Peuple des dolmens », leurs connaissances techniques posent encore une énigme. Les bâtisseurs de mégalithes possédaient en matière d’astronomie et de mathématiques des connaissances surprenantes. Ils connaissaient la théorie pythagoricienne comme l’affirme Thom, et celle de la précession des équinoxes comme le prétend Fred Hoyle21.

Les archéologues reconnaissent que les populations du mégalithique22 connaissaient la géométrie, le génie civil, la topographie et l’astronomie, de même que la performance architecturale qui allie la minutie au colossal. Les constructeurs de mégalithes considéraient les métaux comme une matière première vivante dont ils connaissaient les radiations. Par exemple Locmariaquer en Bretagne, le plus grand menhir du monde, certes cassé mais pesant 350 tonnes, devait irradier. A ce sujet, la Bretagne est le plus bel ensemble de « pierres levées ». Mais la vénération s’est estompée. Il est vrai que les menhirs ont servi de « bornes » et les dolmens se sont mués « en carrière »! Cependant après avoir quitté Carnac, on peut visiter le tumulus Saint-Michel qui fut certainement pendant longtemps le plus énorme monument de la planète!

Sans doute existait-il plus d’un rapport entre la présence de ces courants telluriques et la fondation d’un sanctuaire:  » le lieu saint se définit par la croisée des axes cardinaux est-ouest, nord-sud et un plan circulaire. Les coordonnées topographiques se rapportent au symbolisme cosmique et le plan se rattache à un rite funéraire ». L’expert du mégalithisme en Europe, J.P. Mohen écrit ainsi: « Les bâtisseurs de Stonehenge et d’Avebury avaient une vision céleste qui dépassait celle du monde observable ». Et il nous reste de cette civilisation répandue en Europe occidentale, des côtes du Portugal aux rives écossaises, ces « pierres levées » quasiment indestructibles révélant que les statues menhirs étaient les premières idoles monumentales de l’humanité. Enfin nul ne peut se dire s’il n’existe pas aujourd’hui des milliers de sites mégalithiques engloutis sous la montée des eaux océaniques23

Avant d’aborder la suite, rappelons la chronologie suivante: le royaume babylonien de 625 à 539 (prise de Babylone par Cyrus II le Grand) et fin de la captivité des Juifs, soit à peu près un siècle; puis l’empire perse de 539 à 331 (invasion de la Mésopotamie par Alexandre), soit deux siècles; ensuite, la Grèce hellénistique de 331 (fondation d’Alexandrie) à 30 avant J.-C. (colonisation de l’Egypte grecque par l’empire romain), soit trois siècles; et, enfin, l’empire romain de 27 avant J.-C. à 330 (proclamation du Christianisme, religion d’Etat), soit quatre siècles.

1Le terme primitif est tout à fait approprié aux peuples qui ont une organisation sociale élémentaire et qui sont souvent nomades ; le terme premier se rapporte davantage aux sociétés primitives, mais ayant une organisation sociale plus élaborée avec une culture, un art spécifique et souvent raffiné comme on peut le voir au musée des arts premiers à Paris.

Ceci dit, l’usage exponentiel du terme « premier » procède davantage du politiquement correct que d’une précision scientifique, son emploi doit être ciblé, car ces sociétés et leur culture réfléchissent une décadence liée à l’éloignement du centre de civilisation qui demeure la région mésopotamienne. Moins les peuples ont de relations avec les autres et plus leur isolement est facteur de décadence, d’affaissement, effondrement de la morale et de déviances spirituelles.

2Ressentir cette « force mystique… » semble correspondre à la présence d’immensité de Dieu et à la présence d’une transcendance et d’une immanence liée au fait que la « Création témoigne de la Gloire de Dieu ».

3Linguiste français, comparatiste, philologue et académicien, spécialiste des sociétés et religions indo-européennes. 1898-1986

41907-1986, roumain, spécialistes des l’histoire des religions, mythologue, philosophe.

5Il pourrait s’agir d’une définition proche de la théologie catholique désignant ce qu’on appelle le monde préternaturel.

6Pour la théologie chrétienne, ces anciennes religions – animistes – sont à comprendre comme une décadence par rapport à la tradition adamique qui a perduré après le déluge noétique selon la tradition hébraïque dans la généalogie inventoriée dans l’A. T. et le N.T. . Tradition qui est corrompue par la charge du péché originel et la confusion des langues à Babylone. En fait, les religions animistes et idolâtres sont le témoignage d’un effondrement spirituel, religieux et non pas d’une évolution positive pour aller vers le monothéisme.

7Croyance en une âme, une force vitale, animant les êtres vivants, mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent ou les sources, ainsi qu’en les génies protecteurs. Ces croyants sont souvent riches d’une profonde expérience religieuse malheureusement imprégnée de pratiques occultes, habitées par les forces démoniaques, sataniques avec son cortège de déviances tragiques…

8Selon la tradition hébraïque et les révélations de Jésus faites à Anne-Catherine Emmerich, ce que l’on désigne par le paléolithique supérieur correspondrait au premier âge de l’humanité qui se situe entre la création d’Adam et Eve et le déluge noétique. Certains signes trouvés de cette période pourraient être le témoignage de pratiques magiques résultantes de la corruption de l’humanité dénoncée dans le livre de la Genèse.

9C’est aussi la certitude que l’homme garde la conscience intellectuelle de son être, il pressent une grandeur, une dignité qui le dépassent ; considérant que l’humanité s’enfonce dans la nuit de l’esprit au point d’en arriver aux sacrifices humains et à l’anthropophagie (cannibalisme), les honneurs et le culte rendus aux morts, aux ancêtres, nous apprennent que Dieu, par sa grâce d’immensité et les éléments éparses de la loi morale naturelle, ne cesse de le soutenir. Il ne cesse d’attirer l’âme.

10Ce que l’on convient de qualifier en général de premières traces du sentiment religieux est une interprétation idéologique, car nous le savons, après le déluge Noé continue de conserver et de transmettre à ses descendants la foi en un Dieu Unique. La tradition primordiale qui ne s’impose pas reste néanmoins conservée par le petit nombre qu’illustrent les généalogies détaillées dans les deux Testaments.

La révélation adamique et la foi qui en découle sont premières dans le sentiment religieux ; la foi en un seul Dieu est la première des croyances dans l’histoire des religions, si bien que celles qui viennent par la suite, après la dispersion des langues à Babylone, sont des décadences, des errances de l’esprit et de l’intelligence de l’homme. Le schéma proposé faisant partir l’éclosion religieuse de l’animisme vers le monothéisme est un interprétation liée à la théorie de l’évolution, elle n’est pas conforme à la tradition biblique ni au bon sens historique.

11Ce passage ne semble pas devoir être considéré comme une progression, mais bien une aliénation, une descente, car le culte des esprits conservait une idée du divin proche de la Vérité de la nature de Dieu, tandis que le culte des idoles éloigne l’homme de l’idée de Dieu.

12Ces symboles sont des livres, des clefs ouvrant sur des mystères compréhensibles aux seuls initiés qui transmettent

des connaissances.

13On retrouve encore des peuplades dans lesquelles le matriarcat est un mode de gouvernement, d’organisation singulièrement dans les régions du Sahel pourtant dominées par l’islam et dans le centre de l’Asie, nord de l’Inde, Népal, Tibet. Il y a des exceptions, celles dont témoigne justement le livre de la Genèse. La fidélité à la tradition adamique maintient les peuples qui en demeurent proche dans une structure patriarcale ; c’est vrai pour la civilisation mésopotamienne et hébraïque ; c’est aussi vrai pour l’Égypte, les royaumes de Canaan, ces cultures assez proches sont issues de la tradition noétique – Cham, petit-fils de Noé, fut le fondateur de l’Égypte et de Canaan, restées proches du foyer d’origine même si la magie chamanique (mot peut-être issu de Cham) – devait radicalement ordonner et structurer les sociétés égyptienne et cananéenne.

14Le mégalithique n’est pas une période séparée du Paléolithique supérieur, il en fait partie. Les constructions gigantesques sont citées par A. C. Emmerich, elle les situe dans la période du premier âge de l’humanité ; elle précise que ces peuples de géants sont le résultats des forces sataniques et que ce qu’il reste de leur culture sont des vestiges qui témoignent de leur effondrement moral, spirituel.

15Il semble nécessaire de distinguer deux périodes, le mégalithique du Paléolithique supérieur et celui du néolithique postérieur au déluge noétique. Est-il si invraisemblable d’envisager que la construction de Stonehenge puisse être beaucoup plus ancienne et avoir été récupérée par les celtes ? Nous savons qu’au-delà d’une certaine période les difficultés de dations sont quasi insurmontables d’autant que les tenants de cette théorie partent du principe que l’homo-sapiens n’apparaîtrait que bien après la dérive des continents ce que contredit A. C. Emm. Ainsi que F. Combrette qui affirment que la Pangée était déjà peuplée par eux et c’est le déluge noétique qui y met un terme géologique. La dérive des continents commencerait donc après le déluge de Noé (probable, car alors les datations trouvent leur cohérence avec les vestiges archéologiques).

16Il n’en demeure pas moins qu’il subsiste bien des pierres d’autel datées de la période celtiques qui témoignent des pratiques de sacrifices humains. Un de mes amis prêtres, décédé depuis, me confiait que lors d’une retraite fermée, le prédicateur révéla qu’il avait eu l’occasion de voir des bocaux contenant du sang humain résultant de pratiques sacrificielles de rites celtiques et ce, datant des années trente. Enfin, les sources romaines ne semblent pas contestables, car nous savons que Rome a toujours exécré les sacrifices humains ayant un caractère religieux. C’est d’ailleurs l’une des raisons, en plus d’intérêts économiques, qui opposèrent Rome à Carthage ; les carthaginois pratiquaient allègrement les sacrifices humains. Ce sont eux qui ont inventé le sacrifice de la crucifixion que les romains ont repris, mais qu’ils appliquaient pour la répressions de délinquants de droit commun et non-citoyens romains. Dans les persécutions antichrétiennes, le pouvoir romain distinguait en principe le citoyen romain chrétien des autres ; sauf peut-être pour Néron, mais aucun romain ne fut jamais crucifié, Pierre n’était pas romain fut crucifié, Paul citoyen romain fut décapité.

17C’est une proposition qui n’est pas prouvée.

18Ingénieur écossais 1894-1985 connu pour ses travaux sur les sites mégalithiques.

19Chantal Jègues-Wolkiewiez démontre les liens probables entre le choix de certaines cavernes, leur orientation, leurs peintures rupestres et l’astronomie. En Afrique, un documentaire d’ethnologie démontra les liens entre certains rites animistes et certaines configuration astronomiques. Il y a bien eu un savoir scientifique avant le déluge et après qui fut emporté lors de la confusion des langues à Babylone et qui fut malencontreusement mêlé aux rites religieux.

20Le raccourci est un peu rapide ; on peut envisager que Dieu ait disposé dans la démarche scientifique des hommes de cette période des prophéties ; les premiers évangélisateurs de la région de Chartes, découvrirent que les Carnutes avaient dédié un sanctuaire au culte d’une Vierge qui devait enfanter un enfant-dieu, comment pouvaient-ils le savoir ?

21Cosmologiste et astronome britannique 1915-2001 ; détracteur de la théorie du big-bang contre laquelle il proposait la théorie de l’état stationnaire.

22Selon A. C. Emmerich, les géants auteurs des constructions mégalithiques, étaient instruits des choses de la science quoique très perverses et d’une très grande violence et cruauté.

23Il serait souhaitable qu’on puisse distinguer les deux périodes de construction des sites mégalithiques ; mais il me semble probable que ces vestiges auront résisté au déluge noétique, du moins pour la plupart d’entre eux. Il se pourrait également que ceux-ci aient eu pour objet d’être des sortes de talismans aux bénéfices des puissances infernales, car les populations de géants qui les ont construits s’adonnaient, selon A. C. Emmerich, à des rites sataniques. Il est une série de faits divers assez étranges, on sait que certains de ces lieux sont utilisés pour des bacchanales ; cultes à Lucifer et ses anges déchus singeant la table eucharistique. Certains de ces lieux, ont été appropriés par les chrétiens après qu’ils furent délivrés des puissances infernales qui pouvaient les avoir possédés.

Les tumulus sont sans doute du Néolithique, mais certainement pas du Paléolithique supérieur ; ils n’auraient pas subsisté aux déferlantes du déluge noétique.

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 SUMER

AVERTISSEMENT DE LA REDACTION

Chers lecteurs fidèles, cet article de notre ami et dévoué Alain Poret, est additionnel au premier chapitre « Une approche « mystico-magique » chez les peuples primitifs. » Nous vous invitons à être attentif à sa lecture, car nous sommes convaincus que la civilisation sumérienne constitue l’un des foyers matriciels majeurs pour l’ensemble des civilisations qui jailliront sur la surface de la Terre. Nous devons le considérer comme le témoin primaire de la première société civilisée organisée immédiatement poste-diluvienne. Ses fondations s’élevèrent sur la transmission noétique de la Tradition Première, tradition adamique.

On suppose que les Sumériens viennent d’Iran au IV è millénaire avant J.-C. Ils s’installent en basse Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate (actuel Irak). Ils inventent l’architecture religieuse, l’écriture[1], l’astronomie et le calcul. Les ziggourats, ces tours à plusieurs étages inspireront la Bible. La religion sumérienne qui a influencé la Mésopotamie pendant près de trois mille ans, présente aussi de nombreuses similitudes avec la Genèse, et notamment les onze premiers chapitres de la Bible. Et il faut rappeler qu’Abraham, père du peuple hébreu et fondateur[2] du monothéisme serait, selon la Bible, né à Ur.

Les traits distinctifs de la civilisation sumérienne sont donc l’écriture et l’architecture sacrée. A l’origine, l’écriture se présentait sous la forme de pictogrammes, un peu comme les hiéroglyphes égyptiens avant de devenir l’écriture cunéiforme (qui signifie « en forme de coin »). D’ailleurs l’influence sumérienne est prouvée au moment où l’écriture égyptienne prenait forme. De même une influence sumérienne se décèle à l’origine de la civilisation pharaonique. Enfin lorsque naquit la civilisation sumérienne, ses dieux représentaient encore en partie, les forces de la nature.  Pour compléter le panthéon sumérien les rois et les héros mythiques ou réels pouvaient dans les récits, atteindre à la divinité. Le plus connu est celui de Gilgamesh, roi d’Uruk où il aurait régné vers 2650 avant J.-C. C’est l’épopée de Gilgamesh telle que racontée sur des tablettes retrouvées à Ninive. Gilgamesh décida de trouver le secret de l’immortalité.

Le Déluge est raconté dans la XI è tablette de l’épopée de Gilgamesh. Et ce sont des tablettes d’écriture cunéiforme du VIII è siècle avant J.-C., trouvées lors des fouilles dans la bibliothèque du roi Assurbanipal, à Ninive, qui ont dévoilé, dans les années 1870, cet « autre » récit du Déluge. Mais dans le récit sumérien, plusieurs dieux sont à l’origine du Déluge. Les Hébreux ont très probablement emprunté le mythe du Déluge aux Babyloniens qui eux-mêmes l’ont emprunté aux Sumériens. Il existe aussi une convergence entre la création d’Adam selon la Bible et le récit sumérien sous la forme d’une tablette (« Enûma Elish »). Enfin au British Museum, à Londres, se trouve un cylindre retrouvé en Mésopotamie où l’on voit « la femme, l’homme, le serpent et l’arbre porteur de fruits »[3].

L’émergence de nouvelles cultures comme celle de Babylone viendront à bout de l’empire sumérien vers le II è millénaire avant notre ère. Les Accadiens héritèrent de la civilisation sumérienne la piété envers les dieux. C’est un genre majeur de l’art suméro-accadien d’après l’historien britannique Arnold J.Toynbee. Et celui-ci écrit encore: « L’invention de l’écriture sumérienne fut un chef d’œuvre de génie créateur, mais ce système d’écriture – le plus ancien connu – était compliqué et maladroit. C’est pourquoi il demeure ésotérique. Il répondait au besoin de toute la société mais, en même temps, il confirmait l’ascendant des chefs lettrés sur la majorité illettrée ».

Mais, l’écriture est-elle réellement née à Sumer ? Pourquoi pas à Glozel ?

C’est l’occasion de rappeler que le samedi 1er mars 1924, ont lieu les premières découvertes de Glozel (Ferrières-sur-Sichon près de Vichy dans l’Allier) faites par Claude, Antoine et Emile Fradin. Après avoir loué le champ Duraton, à la famille Fradin, M.Morlet entreprend des fouilles qu’il poursuit jusqu’en 1936. C’est le 1er décembre 1925 que Glozel est évoqué pour la première fois par le Mercure de France (N°659) dans un article de Van Gemap, archéologue, membre de la Société préhistorique française qui écrit: « Si sur l’interprétation des signes gravés et des techniques en usage à Ferrières, il y a matière à discussion, il n’y en a pas en ce qui concerne les conditions et les résultats matériels des fouilles ». Le 19 février 1927, Breuil reconnaît l’authenticité des découvertes et leur âge néolithique. Le 12-14 avril 1928, le Comité d’Etudes fouille à Glozel. Il conclut à l’authenticité et à l’ancienneté néolithique des découvertes. Enfin, en 1972, Henri François, ingénieur au Commissariat à l’Energie Atomique, en visite à Glozel, prélève des échantillons qu’il envoie à trois laboratoires étrangers. On utilisera la méthode de datation au carbone 14 pour les os gravés et la thermoluminescence pour les céramiques et la terre cuite. Verdict sans appel: les ossements ont entre 15 000 et 17 000 ans, les céramiques 5000 ans et les tablettes gravées ont 2500 ans. C’est pourquoi Henri François écrira à Emile Fradin injustement calomnié comme M.Morlet: « …Seuls quelques attardés mal informés pourront prétendre que vous êtes un faussaire, les regroupements des mesures faites indépendamment dans chaque laboratoire sont parfaites et indiscutables ». Ainsi comme cela a été dit: « Glozel ne fait plus gloser »…[4]


[1] Selon Anne-Catherine Emmerich, l’écriture était en usage bien avant le déluge : « Hénoch, l’ancêtre de Noé, a enseigné contre eux. Il a aussi beaucoup écrit et il était un homme très bon, très tourné vers Dieu. En beaucoup d’endroits, il a dressé en pleins champs des autels de pierre, là  où les cultures étaient abondantes, pour rendre grâce à Dieu et lui offrir des sacrifices. » Il se pourrait donc bien que l’écriture trouvée à Sumer soit postérieure à ce foyer de civilisation. Il est possible que le sanskrit contienne des vestiges archaïques de l’écriture primordiale.

[2] Il n’est pas juste de considérer Abraham comme le fondateur du monothéisme comme on fonde une lignée ou une cité. Abraham fut élu, appelé pour préparer la Promesse du Salut, et à ce titre il fut le premier missionnaire du monothéisme. Son ascendance qui vivait sous la tente gardait, tout comme Noé, la Tradition transmise par ses pères. Rappelons que le sens réel des généalogies bibliques est d’affirmer cette filiation de la transmission. Les explications données généralement sur l’appel d’Abraham sont imprégnées du présupposé idéologique évolutionniste ce qui n’a aucun sens, comme le démontrent les travaux de mon ami Pierre-Charles Aubrit Saint Pol sur le Premier Âge, Genèse commentée et méditée à l’aide des révélations d’Anne-Catherine Emmerich et appuyée sur la tradition patristique. Et contrairement à ce qu’on voudrait faire croire ni moi, ni P. C. A. St. P. sommes des tenants crispés d’un fixisme enfantin et apeuré.

[3] Considérer que la rédaction de la Bible était en partie un transfert des traditions culturelles et cultuelles des civilisations sumérienne et babylonienne n’est pas exacte sur le fond. En effet, selon A. C. Em. et les travaux de F. Combrette, ces deux civilisation étaient porteuses d’éléments corrompus de la Tradition Primordiale ; la similitude des récits ne procède pas de ces deux civilisations vers la Bible, mais il s’agit de l’affirmation, de la révélation de cette Tradition Première transmise par Noé après le déluge et que reprend dans sa pureté originale l’Ancien Testament, bien entendu, on doit considérer que les récits primitifs de la Bible passent à travers le vaisseau de la culture environnementale de ces époques.

[4] Les découvertes archéologiques de Glozel sont toujours bizarrement sous éteignoir des esprits conformistes ; il ne fait pas de doute quant à l’antériorité de l’écriture et parmi les différentes écritures trouvées se trouvent des exemplaires de l’hébreu archaïque. La leçon à tirer de ces découvertes majeures, c’est qu’il est urgent de sortir des hypocrisies dogmatiques en ces matières d’histoire, l’humilité et le bons sens sont de bons alliés pour qui est réellement au service de la vérité.

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Chapitre 2e

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE DES PHARAONS

Introduction de la rédaction :

La civilisation égyptienne antique continue d’exercer une certaine fascination au point qu’il est difficile de l’aborder avec recul et rigueur. Les différentes approches sont toutes marquées par un présupposé largement conditionné par évolutionnisme. C’est pourquoi on considère les religions païennes et prés-messianistes comme une évolution qui irait du polythéisme vers le monothéisme ce qui n’est pas du tout conforme à l’histoire religieuse. L’Incarnation du Fils de Dieu en témoigne.

Les Cananéens, dont fait partie l’Égypte sont issus avec les peuples d’Afrique noire de la lignée de Cham, petit-fils de Noé .

Cham, selon les travaux de F. Combrette, une fois chassé de la maison de Noé parce que maudit par son grand-père, trouva refuge dans les terres de Canaan, l’actuelle Palestine, et instaura des rites magiques et maléfiques pour se défendre de cette juste malédiction1. La religion et la culture égyptiennes vont se construire dans cette optique ; ce fut à ce point, que de tous les pays méditerranéens, l’Égypte sera longtemps l’un des plus fermés à l’étranger ; en témoigne son écriture hiéroglyphique qui était réservée d’abord à la classe des prêtres puis à l’élite civile. La lange copte que l’on retrouve dans la liturgie des chrétiens égyptiens, soudanais et jusqu’en Éthiopie était la langue vernaculaire de l’antiquité égyptienne qui n’a guère évoluée.

Du point de vue religieux, l’Égypte est le grand témoin de la décadence religieuse même si dans son panthéon se trouvent des éléments épars de la Tradition Primordiale ; parmi les éléments commun à celle-ci on retrouve l’obsession du salut de l’âme et celle de la rétribution divine des actes humains après la mort. Mais ce qui domine dans la culture égyptienne est la permanence de la foi en l’immortalité de l’âme ; tous ces éléments sont issus de la Tradition Primordial noyés dans un épouvantable fatras idolâtrique inspiré par les anges-démons que fréquentait assidûment l’élite sacerdotale et politique. Il faut garder en mémoire que l’humanité repart avec Noé, aussi les religions païennes postérieures au déluge noétique, sont des décadences par rapport à la Tradition Primordiale que Noé n’aura pas manqué de transmettre.

L’Égypte religieuse dans l’Antiquité

Le professeur J.C. Goyon2 : « L’Égypte est bien moins un don du Nil qu’une miraculeuse création du divin ».

Nous sommes toujours émerveillés, étonnés de découvrir les connaissances astronomiques des prêtres du temple de Dendérah3 et ceux d’Héliopolis4.

Le temple égyptien est ainsi à l’image du ciel par son attachement à des périodes astronomiques5 et à sa mise en harmonie avec la révolution des astres. L’emplacement du choix d’un moment cosmique pour l’établissement d’un temple est précisé par le rituel de fondation. C’est par exemple, le cas d’Edfou6: « Je tourne ma face vers la marche des étoiles. Je dirige mes yeux vers la constellation de la Cuisse du Taureau (l’Ourse) ».

Les Égyptiens avaient un culte stellaire : Osiris7, le dieu pharaon, est symbolisé par la constellation d’Orion ; Isis8, son épouse, par Sirius. Plutarque disait: « L’âme d’Isis est nommée le Chien par les Grecs et l’âme d’Horus est nommée Orion ». Et le Chien, c’est l’étoile Sothis9 annonçant la crue du Nil, qui donna son nom à la chaleur étouffante de l’été, la canicule (Canis Major, celle du Chien), dont le mot nous vient des étoiles. Isis enseignait à Horus que Thot10 (devenu par la suite Hermès grec et Mercure latin), venait des étoiles. Et Isis, la divinité d’Égypte portant Horus sur les genoux, a été identifiée à Marie en Majesté portant l’Enfant Jésus11.

L’éminente égyptologue Christiane Desroches Noblecourt12 écrit aujourd’hui : « la théogamie : l’union d’un dieu et d’une mortelle n’est rien d’autre que l’Annonciation et Marie, la fille spirituelle de la Grande Isis, dont le culte a fonctionné jusqu’en Gaule pendant des siècles ».

En France, nos Vierges noires apparaissent comme des Isis13. L’égyptologue citée écrit encore qu’on retrouve : « la fascinante représentation du Christ en Majesté, entouré sur le dernier demi cercle de son « cadre » extérieur des motifs correspondant aux signes du zodiaque égyptien et, miracle ! Apparaissant suivant l’ordre où ils apparaissaient en Égypte ». De même : « ces deux poissons toujours retenus par la même ligne, constituent aussi le deuxième signe du grand zodiaque qui entoure l’impressionnante image du Christ en Majesté dominant le narthex de la basilique Sainte-Madeleine de Vézelay14 ».

Il faut rappeler que les terres d’Isis recouvrent à la fois Karnac égyptienne et Carnac bretonne, la terre celtique. Le menhir devient ainsi obélisque, le cromlech la pyramide et le dolmen le temple. Enfin la barque15 d’Isis est le blason de Par Isis, notre capitale parisienne. Paris est en effet la nef d’Isis ou navire renversé avec sa devise lutécienne: « Elle flotte mais ne sombre pas » (« Se Fluctuat Nec Mergitur »)16.

En 1905, les terrassiers du métropolitain découvrirent à neuf mètres de profondeur, au-dessus des anciens fossés de la Bastille, une statuette égyptienne de sept centimètres de haut. Des archéologues établirent qu’il s’agissait d’une statuette féminine liée au culte d’Isis (Oushbti). Cette statuette à cause de la profondeur à laquelle elle a été retrouvée remonte aux premiers temps de l’histoire de Paris, à une époque où aucune liaison n’existait entre l’Égypte et les Gaules. Et sa fabrication locale prouve l’existence d’un culte isiaque à Paris. Citons enfin qu’à Metz, en Moselle, du culte d’Isis, il reste une statue17.

 A Paris, l’égyptomania s’y était répandue à la fin du XVIIIe siècle, avec les sphinx qui se multiplient dans la ville. Cela montre la fascination des Français pour l’Égypte qui est le pays le plus présent à travers les noms de rues de Paris. Après celui du Caire, le plus beau musée égyptien du monde est le Louvre avec son important département des antiquités égyptiennes. Et quel triomphe populaire que l’exposition de Toutankhamon au Grand Palais, en 1967 ! Mais ne sommes-nous pas les héritiers de Champollion18et sa pierre de Rosette qui a vaincu les secrets de l’écriture égyptienne, remontant à plus de six mille ans?

On sait que le monothéisme d’Akhenaton19(Aménophis IV qui changea son nom royal) aurait préfiguré celui des chrétiens. Son originalité fut d’instaurer Aton représenté par un disque solaire comme seul dieu d’Égypte. Est-il né deux mille ans trop tôt, s’interrogent de nombreux auteurs ?

L’Égypte pharaonique nous a fait don d’une œuvre philosophique et spirituelle inestimable, elle aura été la première, à ce jour et la plus ancienne, a nous transmettre sa réflexion, son approche et sa croyance en la vie après la mort. Elle a en effet transmis son savoir par son Livre des Morts, un papyrus trouvé près d’une momie. Il s’agit du parcours initiatique dans la barque de Râ20 qui enseigne que l’amalgame se fait entre le Ba (corps d’ombre où réside la conscience individuelle) et le Ka qui n’est plus la force vitale, mais le double du vivant qui subsiste après la mort. Puis le mort comparaît devant « le tribunal divin » présidé par Osiris avec l’étape cruciale de la « pesée du cœur » (plume de Mat). Et cette balance de Mat, lors de la pesée de l’âme deviendra la balance de Saint Michel, lors de la pesée du Jugement Dernier. Selon Christiane Desroches Noblecourt, – tel Anubis, le guide des défunts, qui fait passer les âmes des morts dans l’au-delà, saint Christophe sera le patron des voyageurs. Ajoutons que dans la rosace du croisillon sud de la cathédrale d’Amiens figure un chien-loup, l’Anubis, dont le rôle est repris dans la tradition chrétienne par saint Michel21.

Le Texte des Sarcophages écrit: « Je suis l’Éternel, je suis la lumière (…) Je suis Celui qui a créé le Verbe« . Comment ne pas penser au début de l’Évangile de Saint Jean ? On peut noter qu’à la cathédrale d’Amiens, le Christ écrasant sous ses pieds l’aspic et le basilic est la traduction d’Horus maîtrisant les crocodiles22.

L’Égypte connaît la croix sous forme du tau ; elle est appelée croix de vie et supporte le disque solaire. La croix de vie égyptienne, l’Ankh, qui est le nœud d’Isis, symbolise aujourd’hui les nefs ancrées23 des cathédrales gothiques. Cette croix ansée représente l’alpha triangulaire d’en bas surmonté de l’oméga arrondi en rapport étroit avec l’alpha et l’oméga du Christ. En ce qui concerne le symbolisme du Sphinx, il s’inspire des quatre constellations situées à angle droit sur l’Équateur céleste. Le chrétien y reconnaît aisément les quatre évangélistes correspondant aux quatre animaux saints: le Taureau de Luc, le Verseau (image de l’Homme) de Matthieu, le Lion de Marc et le Scorpion (autre forme de l’Aigle) de Jean. (Cf. la note 18)

La Haute Égypte, avec le rayonnement d’Alexandrie des premiers siècles après J.C., a joué un rôle déterminant dans le développement de la spiritualité chrétienne et de la vie monastique. Dans la région de Thèbes, sur les bords du Nil et ses déserts comme celui de Scéthée près du delta, furent les berceaux des premières fondations monastiques qui rayonnèrent tout au tour du bassin méditerranéen dont en Gaule. Par exemple, saint Antoine24part vivre en ermite dans le désert de la Thébaïde25. De même saint Pacôme qui s’installa dans la vallée du Nil, et qui, avec sa sœur Marie, crée la première communauté monastique féminine en Égypte. Comme l’écrit Christiane Desroches Noblecourt: « Le mouvement monastique est strictement d’origine égyptienne: cet héritage représente la plus grande contribution que l’Egypte copte ait faite à la chrétienté« 26. Signalons aussi qu’en 1930, on découvre un ensemble de documents manichéens au Fayoum et, en 1946, une « bibliothèque » à Nag Hammâdi27. L’Évangile selon Thomas, dont le texte copte a été découvert en Haute Égypte, regroupe plus d’une centaine de « paroles » (dites logions) que Jésus aurait adressées à son disciple Thomas. Ces textes coptes ont été découverts dans une jarre. Et ces papyrus ont trait au Mythe de la Mère divine. (Cf. n. b. 24)

Déjà l’Égypte antique était la « matrice du christianisme » avec le périple égyptien de la Sainte Famille28 réactualisée en 1968 par l’apparition de la Vierge Marie dans un faubourg du Caire, à Zeitoun, situé sur cette route historiquement connue comme celle que la Sainte Famille suivit durant son séjour en Égypte. Signalons encore que Sarah l’Égyptienne, la servante des Saintes Femmes palestiniennes, serait enterrée en Camargue dans la crypte de l’église romane des Saintes-Maries-de-la-Mer. C’est là, qu’en son souvenir, se fait chaque année le pèlerinage et la procession à la mer. Il faut rappeler que le poisson est, à l’origine du mot ichtus, le monogramme emblème des premiers chrétiens d’Égypte. La Bible nous enseigne que « Moïse fut instruit de toute la sagesse des Égyptiens »29.

1Noé n’a pas maudit son petit-fils Cham pour la seule cause de s’être moqué de sa nudité, mais parce que cette moquerie était la conséquence d’autres décisions et pratiques que Dieu condamne, la sorcellerie. Cham s’est sans doute rapproché de Hom son cousin et arrière-petit-fils de Noé, fils de Mosoch (Moloch), fils de Japhet ; Hom est considéré comme le fondateur du Brahmanisme dont le culte a été retrouvé en Afghanistan, Inde, occidentale, Irak et Iran. Il s’agit d’une religion homothéiste qui influencera le manichéisme et la gnose… On comprend pourquoi la culture de l’Égypte pharaonique est très nationaliste. C’est aussi une explication de la divinisation de certains souverains, le pharaon considéré comme un dieu sur Terre, ce qui se retrouvera chez les empereurs romains et dans l’évolution du roi-prêtre sauf chez les Hébreux ; l’épisode du roi Saül illustre l’originalité de la royauté davidique, fondement de la séparation des pouvoirs que confirmera Jésus : « Donnez à César ce qui lui revient et à Dieu ce qui Lui revient. ».

2Professeur émérite d’égyptologie de l’université de Lyon ; directeur scientifique du Centre franco-égyptien d’études des temples de Karnak.

3Ville d’Égypte antique connue pour son zodiaque et son temple consacré à la déesse Hathor.

4Ville du soleil, citée sacrée possédant un temple dédié au Soleil Ré.

5Ces connaissances supposent une maîtrise des mathématiques remarquables.

6Ville égyptienne célèbre pour son temple d’Horus.

7Osiris, le juge des défunts est la principale divinité du panthéon égyptien.

8Isis, épouse d’Osiris et déesse mère de l’enfant Horus ; son temple Philae est à l’entrée du Nil en Égypte. Isis et Osiris, selon les travaux du savant orientaliste F. Combrette, seraient frère et sœur ; Isis aurait assassiné son frère et sans doute, pour échapper à la juste colère de sa communauté, a élaboré le mythe que nous connaissons et sur lequel ont été greffé tout sortes d’apports dans lesquels on trouve des réminiscences de la Tradition Primordiale.

9L’étoile qui guida les Rois Mages, Évangile de saint Matthieu.

10Le « Trois fois Grand » – Thot trismégiste – représenté par une tête d’ibis, est le dieu du Savoir et d’Écriture.

11Il s’agit d’une interprétation tardive ; mais nous savons que dans toutes les religions il y a traces d’une aspiration au Salut qui viendrait d’un « avatar » des dieux : « l’humanité soupirait vers sa libération. »

12Elle écrira : « notre culture est égypto-chrétienne » ; elle fut conservateur honoraire du Département des Antiquités Égyptiennes du Musée du Louvre.

Il faut ici noter que la propension à considérer la civilisation égyptienne comme primordiale quant à son rayonnement sur l’Occident est abusive ; on ne peut ignorer qu’elle fut précédée par la civilisation mésopotamienne qui est la source-mère de toutes les civilisations moyen-orientales et de toutes celles répandues sur la Terre. Elle semble avoir été la matrice des mathématiques et de l’astronomie.

13La similitude des Vierges noires avec la déesse égyptienne est très aléatoire ; il y a deux facteurs qui expliquent celles-ci : le premier vient des représentations gitanes de l’image de la Sainte Vierge Marie que l’on peut considérer comme en lien avec l’antiquité égyptienne ; le second vient de ce que souvent les vierges noires sont soit des statues enterrées pour être préservées des guerres surtout religieuses ou résultantes du vieillissement du bois selon son essence ou de l’influence environnementale de l’encens et des cierges allumés qui furent longtemps en graisse de mouton ou du vieillissement de la polychromie ce qui est le cas pour la plupart des vierges de l’époque romane.

14Les représentations zodiacales dans l’art chrétien se retrouvent dans la plupart des religions antiques de tout la bassin méditerranéen, pour le chrétien l’intrusion du zodiaque n’est rein d’autre que l’affirmation de la primauté du Christ sur l’ensemble de la Création visible et invisible et aussi le témoignage des connaissances mathématiques qui rayonnèrent à partir du bassin mésopotamien. Les interprétations a posteriori reliant les éléments du culte égyptiens à la révélation chrétienne doivent être prudemment présentées comme une éventualité sans ignorer certaines similitudes. Il est évident que dans les premiers siècles de la civilisation égyptienne on trouve des éléments très corrompus de la Tradition Primordiale.

15Cette interprétation est très contestée ; le navire qui représente Paris est le rappel de sa situation géographique. En effet, Lutèce doit sa richesse pour beaucoup au transport fluvial et si le premier site lutécien se trouve sur la commune de la Défense, le second est bien sur l’île Saint Louis dont l’accès ne fut possible que par bateau. Il faudra attendre l’invasion romaine et la conjonction gallo-romaine pour que soit construit le premier pont de la cité qui la relie à la rive gauche.

16S’il doit y avoir un lien entre la civilisation celtique et égyptienne, celui-ci passe moins directement de l’une à l’autre que de la Mésopotamie aux Celtes dont nous savons que leur mouvement migratoire commence par les plateaux anatoliens (Turquie) ce que pourraient confirmer les vestiges archéologiques de Glozel près de Vichy en France. Toutefois les vestiges trouvés en France au sujet du culte d’Isis peuvent avoir été un apport des légionnaires romains qui étaient régulièrement envoyés au repos en Gaule après avoir cantonné en Gypaète et au Moyen-Orient comme en témoignent certaines statues trouvées dans le lit du fleuve côtier le Tech en Roussillon.

17Qu’il y ait eu des temples dédiés au culte des idoles antiques en Gaule en provenance du bassin méditerranéen est plus que probable ; nous savons que déjà du temps de Salomon les côtes de la Gaule, la future Narbonnaise, étaient connues et, il semble bien que le site du mythique port de Pyrène pourrait avoir été localisé en Roussillon. D’autre part, les Philistins qui naviguaient jusqu’en Écosse par cabotage ont pu fort bien accoster sur les côtes de ce qui est aujourd’hui le Nord-Pas-de-Calais ; en effet un fleuve est nommé La Lys qui passe par Armentières – une vallée occupée depuis la préhistoire – et son nom viendrait de la déesse Isis.

18Champollion déchiffra le premier les hiéroglyphes égyptiens grâce au texte inscrit en plusieurs langues sur une pierre appelée Pierre de Rosette. Il est à noter que, selon l’orientaliste Combrette, Champollion se serait trompé.

19Certaines théories courent de nos jours, l’une trouve en ce roi la preuve historique du passage des Hébreux et leur influence religieuse ; c’est peut probable quand on sait l’attachement religieux des égyptiens à leurs idoles. La proposition la plus plausible serait que ce roi ait voulu mettre un terme à l’hégémonie des prêtres du dieu Amont-Râ et qu’il s’agirait donc d’une sorte de coup d’état politico-religieux. Cette explication est d’autant plus plausible que ce pharaon usa de beaucoup de violence pour imposer son nouveau culte et nous savons, d’après les fouilles faites autour des constructions de sa nouvelle capitale qu’il était cruel et fort méprisant vis à vis de son peuple. Dans l’éventualité d’une influence hébraïque, pour autant qu’elle ait eu lieu, elle n’aura pas dépassé le stade de l’opportunité politique.

20Râ ou Rê, dieu solaire de la Basse Égypte devient la « Chaleur qui est en Aton ».

21Nous sommes ici en présence d’un raccourci un peu trop précipité. Les traditions religieuses de l’Égypte antique révèlent le degré de corruption de la Tradition Primordiale transmise de Noé à ses descendants et à son clan, Cham maudit par lui et fondateur de l’Égypte. Toutes les religions après le déluge sont porteuses d’une espérance de vie après la mort et toutes élaborent le concept de justice divine, de rétribution au passage du temps à l’éternité ; nous savons, car c’est l’un des sens majeurs des généalogies hébraïques, que depuis Noé jusqu’à Jésus la Tradition Primordiale a été transmise dans le peuple élu et conservée intacte par lui. Il est peu probable que l’idolâtrie égyptienne ait eu une influence déterminante sur la foi des Hébreux. Les coptes se sont distingués de la communauté chrétienne par leur foi au monophysisme, jusqu’à cette hérésie, les chrétiens égyptiens ne se distinguaient pas de l’Église ; cette distinction est venu de ce que pour affirmer leur foi monophysite et pour s’en distinguer de l’Église, ils utilisèrent le langage parlé de l’antique Égypte, le copte.

La croyance en l’existence des anges est sans doute antérieure aux coptes et à l’Égypte ancienne. Elle se trouve présente clairement exprimée dès le Second Âge de l’humanité ce qui laisse à croire qu’elle faisait partie des connaissances du Premier Âge. Saint Michel n’a pas de filiation avec l’Égypte antique, mais que les bâtisseurs de cathédrales aient repris certains éléments des mythologies antiques est un fait qu’il n’est pas sérieux d’employer pour certifier l’influence des religions anciennes sur la Révélation chrétienne. Les éléments que l’on considère comme susceptibles d’avoir influencer la chrétienté ne sont en fait, pour la plupart, que des vestiges de la Tradition Adamique et peut-être des lumières fugaces inspirées par l’Esprit Saint.

22Il faut y voir là, la corruption affligeante de la Tradition Primordiale.

23La première interprétation demeure la « barque de Pierre » symbole de l’unité ; les liens entre la nef et la symbolique égyptienne sont ici non-recevables, mais confirment que Cham a bien reçu la Tradition Primordiale et qu’elle fut largement corrompue par lui afin de se défendre de la malédiction de Noé ; qu’elle que soit l’élaboration de la religion égyptienne antique, elle n’est d’intention qu’une immense et fastidieuse élaboration magique de Cham contre la malédiction. (Cf. Combrette)

24La Thébaïde, qui avait Thèbes pour capitale, fut aux premiers siècles chrétiens un centre important du monachisme.

25Antoine le Grand fut l’un des fondateurs majeurs de la vie cénobitique ; il bâtit deux monastères.

26Non, le mouvement cénobitique est simultané en Palestine et jusqu’à la frontière irano-arabique.

27Il s’agit d’un site de la Haute Égypte sur l’emplacement de l’ancienne chénoboskion de saint Pacôme où furent découverts cinquante-trois parchemins écrits dans la langue copte dite « sahidique » proche des anciens hiéroglyphes. C’est une collection de 114 logia ou « paroles nues » attribuées à Jésus qu’aurait recueillies Didyme Jude Thomas ; elles sont déclarées apocryphes, c’est-à-dire qu’ils ne font pas partie de la Révélation.

28La fuite de la Sainte Famille en Égypte est ‘événement qui figure dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le Père Meinardus a dressé une carte qui indique l’emplacement des églises qui commémorent cet événement. Selon la tradition le voyage de la Sainte Famille pourrait avoir été à l’identique celui des Hébreux quittant l’Égypte sous Moïse.

29Il a reçu une éducation de prince ce qui lui permit de gouverner les Hébreux pendant quarante ans. Le séjour de Moïse près de son beau-père Jethro, durant plusieurs années, permit à Dieu de le débarrasser des infestations dues à son éducation égyptienne.

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L’Inde et la Chine

Le Védisme et Brahmaïsme

Alain Poret

Au deuxième millénaire avant notre ère, le sanscrit s’impose en Inde, c’est la langue des érudits ainsi que la religion védique (celle des Védas [1]) ; le védisme est à la base de l’hindouisme.

La caste des brahmanes constituée vers 1200 avant notre ère sera à l’origine des livres « les Brahmanas » qui sont une compilation d’homélies expliquant les Védas. C’est au cours de ces enseignements que les brahmanes introduisent des données gnostiques, une corruption malfaisante, du même ordre que les deux  dernières cabalas qui constituent le Talmud surinfecté par la kabbale opérative.

Le yoga fait parti des pratiques védiques, toutefois celle-ci demande beaucoup de prudence, car elle peut ouvrir les chakras qui furent scellés à cause du péché originel et qui ouverts sont autant de passages pour les puissances lucifériennes. La religion védique et l’hindouisme en général ne sont pas initiateurs de prosélytisme, c’est ce qui explique le peu d’intérêt pour le monde extérieur.

L’Inde ancienne entre dans l’histoire, à l’époque de la vie du Bouddha (vers 560-480 av. J.-C.). En effet, le bouddhisme est une philosophie qui a une dynamique « missionnaire ».

D’après le cardinal Daniélou, le Shivaïsme[2] est la religion proto-historique de l’Inde et celle des anciens Dravidiens[3], dont la civilisation atteignit son apogée en Inde entre le sixième et le deuxième millénaire avant notre ère[4].

Les représentants du « védisme » sont les brahmanes (les prêtres) et les yogis (les moines).

La métaphysique hindoue est résumée dans l’adage sanskrit suivant : « l’action commise bonne ou mauvaise, son fruit doit être nécessairement mangé »[5].

Il n’y a de salut, pour l’indouisme, que par le yoga. Le fondateur du Yoga, Patanjali, (2 siècles environ avant notre ère) admet une âme suprême (purcucha) antérieure et supérieure à la matière (prakrti). Cette pratique singulière est le résultat dangereux du développement de la gnose dans le védisme introduite par les brahmanes dès leur prise d’influence sur le védisme.

Dans le Yoga, la discipline de la respiration jointe à la posture corporelle prépare la méditation due à l’ascèse. Les occidentaux ont comparé les différents yogas à des ordres monastiques. Par exemples, les Bénédictins, ainsi que les Dominicains, voués à l’étude ou la prédication, pratiquent le yoga de la connaissance (Jnâna Yoga). Les Chartreux, ermites chrétiens, par le contrôle travaillé de leurs émotions, pratiquent le yoga de l’amour (Bhâkti Yoga). Il en est de même pour les Trappistes, cénobites par leur contemplation mystique.

L’hindouisme enseigne l’exploration intérieure et la prise de conscience de son lien à l’universel. La religion est pour chacun une affaire personnelle, car elle met davantage l’accent sur l’immanence alors que le chrétien insiste sur la transcendance.

Le culte est célébré dans l’intimité. Et l’existence de nombreux chemins intérieurs, spirituels résulte d’une révélation universelle.

Enfin le bouddhisme[6], pour lequel un « vide d’ego » est un « plein de compassion » place l’Eveil au-dessus des dieux. Mais l’Inde des Brahmanes s’est-elle préoccupée de la souffrance individuelle et le bouddhisme d’un dieu d’amour ? L’Inde a créé les parias ou les « intouchables » considérés comme hors castes et punis par leur karma individuel. C’est pourquoi Vivekananda[7] et Aurobindo[8] étaient hantés par l’action charitable. Car, à force de tolérance, a-t-on manqué de charité ?

Mais il semble exister des similitudes entre les « huit sentiers » (Bouddha[9]) et les « huit béatitudes » (Christ). La « Bonne Voie » de l’un et la « Bonne Nouvelle » de l’autre sont déracinés. L’un s’oppose aux Brahmanes, l’autre aux Pharisiens. Jésus n’a pas accepté de monter sur le trône de David, et Bouddha a renoncé à l’héritage paternel, ainsi qu’à sa lignée (son fils sera moine). Le bouddhisme primitif n’a pas supprimé les castes; le christianisme antique n’a pas aboli l’esclavage[10]. Les peines successives de l’un seraient l’enfer de l’autre. Peut-on parler d’une commune mesure entre « notre Dieu transcendant, l’immanence hindoue et l’évanescence[11] bouddhique » ?

Derrière l’esprit cosmique, l’Inde pressent le Dieu biblique et se tait devant lui. Et quelques mille ans avant notre ère, le Cantique du Soleil de François d’Assise était dans les hymnes du Védâ. Marco Polo, après s’être fait conter à Ceylan la vie du Bouddha, concluait ainsi:  » Car s’il avait été chrétien, il eut été un grand saint à la vie édifiante qu’il mena ». D’ailleurs les paroles attribuées au Bouddha Shakyamuni sont évangéliques: « Si on voulait comprendre le fruit des aumônes, on ne mangerait pas sa dernière bouchée de nourriture sans en avoir donné (…) Ma doctrine est une doctrine de miséricorde (…) Au lieu d’immoler les animaux, laissez-les aller ». Alors l’abnégation bouddhiste a mené à l’immolation chrétienne[12]. Enfin d’après l’explorateur de l’Inde ancienne, Charles Malamoud[13], la Parole est « femme », alors que le Verbe chrétien est « masculin ». La Prakti hindoue ressemble à la Shekinah hébreu et à la Sophia grecque. Enfin on ne peut nier la dimension indienne au christianisme[14] se révélant par le fait que l’empire fut successivement perse, hellène et romain et qu’il s’étendait de la Méditerranée à l’Indus, constate Guy Sorman.

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LES ASCETES DE L’INDE

Selon Taine, « les Indiens ont le génie de la métaphysique ». En effet pour le plus grand philosophe de l’Inde classique, Cankara qui vivait à l’époque de Charlemagne, l’Avaïta représente la non dualité dépassant toute opposition conflictuelle. Il faut rappeler que les Vedas, savoir de la sagesse de l’Inde, est une tradition millénaire remise en vigueur par Aurobindo, l’un des plus grands penseurs de l’Inde du XXè siècle.

Les deux piliers sociaux du védantisme sont les brahmanes (les prêtres) et les yogis (les moines). La tradition hindoue est en effet fondée sur les Veda des Rishis (sages védiques), dont la transcription a été précédée d’une transmission orale. Celle-ci a été suivie d’une filiation traditionnelle qui a donné naissance aux Upanishad. Ces derniers sont la réflexion métaphysique des voies convergentes du Yoga. Il n’y a de salut que par le Yoga dont la définition se résume par cette parole de son fondateur Pantajali, : « Le Yoga consiste en l’arrêt des activités spontanées de l’esprit ».

L’hindouisme est une religion fondée sur Hom, personnage mythique qui est arrière-petit-fils de Noé et petit-fils de Jafet. On sait cependant que Rama et Krishna[15] sont les héros des deux grandes épopées, le Ramayana et la Bhagavad-Gîta, littéralement le « Chant du Bienheureux ». Pour cet « évangile de l’hindouisme », le monde de la réincarnation est « comme un arbre géant qu’il s’agit de couper: la hache qui l’abattra est le renoncement »[16]. L’Inde présente en effet le samsâra (cycle des naissances) comme un mal en soi dont il faut s’affranchir. Cela ne prouve pas notre immortalité mais notre impermanence. L’adage karmique est le suivant: « Sème une pensée, tu récoltes un acte. Sème un acte, tu récoltes une habitude. Sème une habitude, tu récoltes un caractère. Sème un caractère, tu récoltes un destin ». L’acte karmique est déjà intentionnel: plus que ce qu’il a fait, l’homme devient ce qu’il a voulu faire. Ainsi la métaphysique hindoue est caractérisée par l’adage sanskrit suivant: « l’action commise bonne ou mauvaise, son fruit doit être nécessairement mangé« .

Mais l’Inde des Brahmanes s’est-elle préoccupée de la souffrance individuelle et le bouddhisme d’un dieu d’amour ? L’Inde a créée les parias ou « intouchables[17] » considérés comme hors castes et punis par leur karma individuel. Ces sont les Aryens qui ont créé une structure sociale basée sur la division de la société en quatre classes, préludes aux castes. Il s’agit des brâmanes, des prêtres; des kshhatria, des guerriers; des vaishaya, des agriculteurs et des marchands; et les shudra, les humbles travailleurs. Seules les trois premières classes comprennent les aryens et donnent accès à la science des Veda. C’est pourquoi Vivekananda et Aurobindo étaient hantés par l’action charitable. Et le bouddhisme à force de « tolérance » a-t-il manqué de « charité » ? Enfin d’après l’explorateur de l’Inde ancienne, Charles Malamoud, la Parole est « femme », alors que le Verbe chrétien est « masculin ».

Les Sages Itinérants de la Chine

Sans les Jésuites, nous ne saurions pas grand-chose des sages itinérants de la Chine ancienne. En effet, le père de la philosophie chinoise, Confucius[18], qui a vécu cinq cents ans avant notre ère, s’est fait connaître en Occident par les Jésuites. Sa sagesse n’est nullement religieuse comme le prouve l’hostilité du confucianisme au bouddhisme et à son monachisme[19]. Mais Confucius croit à un ordre supérieur auquel l’homme doit contribuer par le perfectionnement de sa propre conduite à travers l’ordre social: « La perfection est le Tao du Ciel. Chercher la perfection est le Tao de l’homme ». Avec Confucius c’est le culte des « mânes » (ancêtres): « Il faut révérer les esprits mais ne pas  trop les fréquenter » (Confucius). L’altruisme de Confucius, le jên devient le liên-ngai, l’amour universel qu’il pousse jusqu’au sacrifice de soi-même. En Chine, l’exigence du sage est la disponibilité: renoncer n’est pas cesser d’agir, mais changer d’intention. Et la vie y est vécue comme un destin collectif. Rappelons que les quatre vertus du confucianisme sont le respect, le sens moral, la tolérance et la piété familiale.

Le deuxième pilier majeur de la pensée chinoise est le Tao te King, l’œuvre chinoise la plus traduite dans le monde. Aujourd’hui le taoïsme a peu d’adeptes (40 à 50 millions dans le monde essentiellement regroupés en Asie). Lao-Tseu, cet illustre penseur, se rapprocha du théisme, puisqu’il invoque le Seigneur d’En-Haut, Dieu personnel tout puissant et omniscient: « Le grand motif de bien se conduire, ce doit être la crainte du Seigneur d’En-Haut. Celui qui voit tout ce qui se fait dans les bois, les vallées, les lieux obscurs, là, où ne pénètre l’œil d’aucun homme« . N’est-ce pas en rapport avec la phrase biblique: « Ton Père qui voit dans le secret, te le rendra ». Enfin cet aphorisme à lui seul indique clairement ce qu’est le taoïsme: « La Vie est-elle autre chose qu’un rêve ? Et ne croyons-nous pas à leur réalité aussi longtemps que nous dormons ? Au réveil, nous prenons conscience de notre erreur. Ainsi en est-il du Grand Rêve, la Mort. C’est la Vie qui est le Grand Rêve. Mais nous ne le saurons qu’après ». Enfin en Asie, le Tao[20] chinois a intégré le « voyage des âmes » auquel s’adonne le chamane. De même le shintoïsme japonais, qui sacralise la nature, s’est nourri du vieux fond chamaniste coréen. En Chine le taoïsme et le confucianisme acceptent la devise commune: « L’Un est dans le Tout et le Tout dans l’Un« . Et ce nouveau millénaire est marqué par la spiritualité chinoise comme l’attestent les centres de méditation zen et tibétains. On peut  remarquer que la transmigration des âmes commune au bouddhisme, au taoïsme et au confucianisme[21] est encore la croyance partagée par six-cent millions d’individus.


Les notes de bas de pages sont également tirées des travaux remarquables du Père Nathan édités dans le site : lescatholiquesdu.free.fr

 

[1] Livres sacrés de l’hindouisme sont écrits en sanskrit à partir de 1800 av. J.-C, mais plus tôt entre 1200 et 600 av.J-C. Attribués à la révélation de Brahma, les documents des anciens Aryas, dont on dispose, sont les quatre Védas qui sont les textes les plus intéressants. Celui qui connaît le microcosme de l’âme individuelle et de sa manifestation connait aussi le macrocosme de l’Ame universelle et de Sa manifestation. D’ailleurs les chrétiens savent qu’ils peuvent chercher Dieu au fond de leur cœur aussi bien que comme « Notre Père qui est aux Cieux ».

 Brahma désignerait l’esprit « garant actif » de la cohérence des Védas qui sont la transcription des expériences intérieures des « Spirituels » issus des tribus « Pré-aryens » qui s’établirent en Inde et fondèrent la civilisation de l’Indus environ 4500 avant notre ère. Cette civilisation sera détruite par les « Aryens », tribus indo-européennes à la peau blanche parlant des dialectes européens. Ce sont quelques milliers d’hymnes. C’est le sacrifice qui constitue à lui seul le culte védique qui est aussi consacré à l’entretien du feu sacré. L’âtman est Brahman. C’est la grande formule de l’Inde. Et l’idée de l’immortalité de l’âme est sous-jacente dès l’origine puisque les Védas enseignent qu’il y a une rétribution pour tout acte humain ; ils croient en un enfer.

La théorie de la transmigration est un apport des brahmanes vers le Ve siècle av. J-C pour contrer l’influence du bouddhisme qui est une révolte agnostique contre les brahmanes et contre les castes. Vers le IIIe siècle de notre ère, devant l’avance du bouddhisme et du christianisme, la caste des brahmanes va envoyer des délégations pour comprendre la doctrine chrétienne et y incorporer certains de ses enseignements qu’on retrouve dans les Ithyasas dans lesquelles on trouve la « Bhagavad-Gita aussi appelé le Mahabharata. » Il ne faut pas s’étonner de cet apport extérieur, les brahmanes le concèdent volontiers : « L’apparition du culte de Krishna manifeste la facilité étonnante avec laquelle les prêtres (les brahmanes) peuvent inventer de nouveaux dieux pour le fidèles. Le Swami siddheswaranda AVOUE/ 3Si aux yeux de l’histoire, il n’y a pas eu de Krisna, ceci n’a nullement empêché les adorateurs d’avoir (la vision, non seulement de Krisna, mais encore des marques évidentes de sa présence objectives en divers dieux… C’est par un mythe de ce genre qu’une réalité spirituelle vit, et ce processus… personnes ne peut l’entraver. »Celui qui connaît le microcosme de l’âme individuelle et de sa manifestation connait aussi le macrocosme de l’Ame universelle et de Sa manifestation. D’ailleurs les chrétiens savent qu’ils peuvent chercher Dieu au fond de leur cœur aussi bien que comme « Notre Père qui est aux Cieux ».

[2] Religion proto-historique de l’Inde. Selon les textes shivaïstes, l’humanité court à sa perte. Selon le calendrier traditionnel indien toujours en usage le Kali Yuga débute en 3102 av. J.-C. D’après le Lingä Purânä: « Ce sont les plus bas instincts qui stimulent les hommes du Kali Yuga. Ils choisissent de préférence les idées fausses. Ils n’hésitent pas à persécuter les sages.  Les livres sacrés ne sont plus respectés. Les hommes seront sans morale, irritables et sectaires. Dans l’âge de Kali se répandent de fausses doctrines et des écrits trompeurs. Les gens ont peur, car ils négligent les règles enseignées par les sages et n’accomplissent plus correctement les rites. La plupart des nouveaux chefs est d’origine ouvrière. Ils pourchasseront les prêtres et les tenants du savoir. On tuera les fœtus dans le ventre de leur mère et l’on assassinera les héros. Les Shudra prétendront se comporter comme des Brâmanes et les prêtres comme des ouvriers. Nombreuses seront les femmes qui auront des rapports avec plusieurs hommes. (…) Il y aura beaucoup de mendiants et de sans-travail. Tout le monde emploiera des mots durs et grossiers. On ne pourra se fier à personne. Les gens seront envieux. Beaucoup d’individus seront perfides, lubriques, vils et risque-tout. Les textes sacrés seront adultérés. Les rites seront négligés. Des gens non qualifiés passeront pour des experts en matière de morale et de religion. Des gens de basse extraction revêtiront un costume religieux et, par leur comportement trompeur, se feront respecter. Les hommes établis ne feront plus d’offrandes aux dieux ni de dons aux gens méritants ». L’Apocalypse de Jean présente une vision analogue à celle des Purânä remarque le cardinal Daniélou dans son ouvrage « Le Destin du Monde, d’après la tradition shivaïte »

[3] Dravidiens: apparus dans l’Inde après la dernière époque glacière vers 9000 av. J.-C. ils seraient venus d’un contient englouti par la mer. (Il pourrait s’agir du  déluge Leur civilisation se répandit dans l’Inde du « cap Comorin jusqu’à l’Himalaya ». D’après le cardinal Daniélou les Pélasges de la Grèce pré-hellénique étaient vraisemblablement de culture dravidienne. Selon Anne Catherine Emmerich, le fondateur du védisme-brahmanique serait un certain Hom, fils de Mosoch, fils de Japhet, tombé dans les dépravations qui valurent le déluge. Selon une autre source, les Dravidiens seraient originaires de l’Ethiopie et occuperaient toujours le centre de l’Inde. Hom est le fondateur de l’homothéisme, la divinisation de l’homme.

[4] L’âge de l’humanité n’a pas plus de 10 000 ans et au plus jeune, 6 000  à 7 000 ans. Au-delà de 10 000 ans nous sommes dans l’irrationnel, car il faudrait considérer un nombre si élevé de facteurs chimiques, radioactifs, géologiques qu’il n’est pas recevable en l’état de dater avec autorité.

[5] Le concept de responsabilités fusionne dans une contraction du temps et de l’éternité ; il est intéressant, car il souligne la notion de justice et de réparation ce qui est la marque des religions ayant conservé des éléments de la Tradition Adamique.

[6] Le bouddhisme est un homothéisme extrême.

[7] Vivekananda ( 1863-1902) reçut une éducation universitaire à l’occidentale. Il introduit alors l’hindouisme en occident. Sa renommée est internationale en prêchant en 1893 au Parlement des Religions à Chicago. Son œuvre rassemble les conférences qu’il a prononcées à travers le monde, consacrées à la pratique de différents yogas. Il fut révélé en France par l’auteur Romain Rolland.

[8] AUROBINDO (1872-1950). Athée, a vécu longtemps en Angleterre ; il retrouva Dieu dans la philosophie hindoue sa patrie d’origine. Ce philosophe mystique indien, commentateur des Véda et théoricien du « Yoga intégral » tenta de réconcilier science occidentale et sagesse orientale. Pour lui « la vie divine » est une rédemption « ici et maintenant ». Ce « grand métaphysicien » était hanté par l’action charitable.

[9] Le bouddhisme, quel que soit sa forme, n’est pas une religion au sens commun du mot ; le bouddhisme est une philosophie athée, comme le confirma à plusieurs reprises le Grand Lama et autres représentants. C’est une philosophie à rites. On ne peut pas la considérer comme un accomplissement de l’indouisme. En effet, quelles que puissent être sa séduction et ses attractivités, le bouddhisme est une corruption par apport au védisme qui reconnaît une transcendance même si l’accent est excessivement mis sur l’immanence. Le bouddhisme rejoint, d’un certain point de vue, l’islam, car tous les deux sont des enfermements, tous les deux sont attentatoires à la dignité et à la grandeur de l’homme. Le bouddhisme enferme le sujet dans la succession des réincarnations, l’islam fait du sujet l’esclave d’un Dieu incompréhensible, inapprochable. On ne reconnaît pas au sujet l’usage de la liberté de conscience ni celui du libre arbitre, l’homme n’est pas ici une personne, il en est de même pour le bouddhisme pour qui la personne disparaît dans un grand tout identifié au néant. Dans le christianisme la Personne est appelée à la ressemblance de Dieu, à un vis-à-vis d’amour, et sa liberté de conscience ainsi que l’usage de son libre-arbitre lui sont reconnus et sont même le socle naturel sur lequel se décidera la qualité de l’éternité. Il y a donc bien des liens communs entre l’indouisme védique et le christianisme.

[10] Non, le christianisme, dès le début a dénoncé l’esclavage, mais n’a pas urgé sa fin pour deux considérations objectives : la 1ère, c’est qu’il n’avait aucun pouvoir politique et ne pouvait donc pas influencer dans ce sens ; la 2ème était qu’un changement immédiat aurait eu des conséquences incalculables sur les économies et sur les équilibres sociaux et ces déséquilibres auraient été gravement préjudiciables aux plus pauvres y compris parmi les citoyens romains et de tous les empires pénétrés par l’évangélisation.

[11] Evanescence est un terme philosophique voir idéologique, il n’est pas un concept religieux ; le bouddhisme est, par rapport au védisme, une hérésie ; il ne croit pas en un Dieu créateur, transcendant ni salvateur. Sa doctrine aboutit à la négation de la personne puisque l’homme ne se réalise vraiment qu’en s’anéantissant dans un grand tout informe ; il est tout aussi dangereux que l’islam qui ne reconnaît pas en l’homme une personne. L’anéantissement de la personne dans un tout informe est très proche que la théologie chrétienne donne de la damnation éternelle ; l’âme tombe dans le non-amour de charité, c’est le néant spirituel dans lequel le sujet ne cesse, n’en finit pas de sombrer.

[12] L’attraction du bouddhisme lui confère une dangerosité aussi sévère que l’islam par sa compassion  et une absence réfléchie de tout dogme mis à part la réincarnation et l’incroyance en un Dieu transcendant. L’influence du bouddhisme sur le christianisme est nulle, mais importante sur la société occidentale à partir du romantisme et surtout de la seconde période du XIXe siècle de notre ère. Il faut relever que l’indouisme eut une influence plus ou moins heureuse sur la philosophie occidentale à partir du dernier tiers du XIXe siècle et jusqu’aux années soixante.

[13] Indianiste contemporain auteur réputé sur l’Inde.

[14] Il faut raison gardée ; on ne peut parler d’influence hindouiste sur le christianisme sauf peut-être sur les églises nestoriennes et syro-malabares pour ce qui concerne la liturgie ; mais ce dont nous sommes sûrs, c’est l’existence d’éléments non négligeables de la Révélation et Tradition Primordiale. L’apport du christianisme dans les Ithyasas, recueil de grands poèmes épiques (la chanson de Rama) rédigé en 250 après J-C. en témoigne.

[15] Il s’agit de divinités inventées au 3e siècle après J-C pour contrer l’avancée du christianisme et du bouddhisme.

[16] La croyance en la réincarnation date du 3e siècle après J-C, introduite dans le védisme par la caste brahmane toujours pour contrer le bouddhisme. Le brahmaïsme a introduit la gnose dans le védisme original ; du point de vue spirituel les Védas seuls sont à considérer, quant aux brahmanas, ils doivent être maniés avec prudence puisqu’ils se chargent de la gnose dès cette époque.

[17] La caste des « intouchables » fut une technique des brahmanes pour garder le pouvoir politique et sans aucun doute pour des raisons économiques ; pour autant, on ne peut ignorer l’aspect raciste de cette discrimination ; les Aryens ne pouvaient envisager de perdre leur pouvoir, leur domination d’où des adaptations fluctuantes dans le domaine de la doctrine védique et donc l’introduction de la gnose.

[18] Confucius est,  pour certains esprits mystiques, une intelligence suscitée par Dieu comme le fut Socrate pour la Grèce pour l’Occident. Il ne fait pas de doute que la main de Dieu était sur lui. Son emprunte sur le peuple chinois est indélébile. Le bouddhisme aura été pour la Chine une lèpre. Les mandarins, nous le savons par l’éminent sinologue Van Gülick, spécialiste de la Chine médiévale et romancier, croyaient en un Dieu unique et universel ; ils croyaient aussi à la rétribution après la mort, ils croyaient à l’enfer. Le confucianisme rejette les pratiques magiques, les sacrifices humains, la sorcellerie.

[19] Non, ceci ne constitue pas une preuve de non-religiosité, leur foi était dominée par une exigence à double visage : l’amour de la patrie considérée comme une grande famille unie et l’amour de la famille domestique d’où le culte des ancêtres et un grand attachement au respect de la loi morale naturelle ; c’est en s’appuyant sur le confucianisme que la dynastie des Tang a interdit tout acte de sorcellerie, les sacrifices humains et a toujours privilégié la scolarisation des enfants s’ils révélaient des aptitudes quelle qu’ait été l’origine sociale, confère Van Gulick.

[20] Tao et taoïsme: le Tao révèle à travers son dessin les deux germes (blanc pour la partie noire et noir pour la partie blanche), chacun contenant en lui une dualité qui n’est pas une opposition mais une complémentarité.  D’où un mélange variable de yin/yang, montrant que le changement est la seule loi immuable de l’univers. En effet les deux points du diagramme indiquent que chaque fois que l’une des forces atteint son extrême, elle contient déjà en elle-même le point opposé. Le Tao est ainsi la « voie médiane » qui les équilibre par un flot perpétuel. Il y a encore l’idée taoïste selon laquelle lorsque le Ciel est déréglé, les gouvernements en place, reflet des électeurs, sont mauvais. De même les anciens Chinois interprètent les catastrophes naturelles comme un dysfonctionnement social et la maladie comme la résultante d’un déséquilibre mental. Sait-on encore qu’afin de respecter l’idéogramme chinois « taï kong » (« vide suprême »), les pilotes chinois de l’espace sont appelés les « taïkonautes » comme le signale C. Javary. Il y a enfin le Tao de l’habitat qui est un lieu riche en Feng Shui (fer à cheval formé par le yin/yang). Selon la cosmo-géologie chinoise, le Ki ou « pouls de la terre » est activé par les courants telluriques nommés les « veines du dragon ». Et pour développer son ki énergétique, il faut se centrer dans son Hara, à l’aide de profondes respirations abdominales.

Le taoïsme est une religion homothéiste où la gnose s’y sent chez elle, c’est aussi une philosophie.

[21] La croyance en l’incarnation dans le confucianisme est très tardive, elle provient de l’influence et de la domination du bouddhisme ; il n’est pas certains que tous les confucianistes y croient. Dans la Chine médiévale, il ne semble pas que les adeptes du confucianisme y croyaient.

 

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